Iouri Skouratov (deuxième à droite), le 17 mars 1999, jour du vote en faveur de sa démission au Sénat. Photo : Vitali Saveliev. / Archives de RIA Novosti

Iouri Skouratov (deuxième à droite), le 17 mars 1999, jour du vote en faveur de sa démission au Sénat. Photo : Vitali Saveliev. / Archives de RIA Novosti

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Dans ce texte, l’éminent historien du communisme dévoile les techniques très particulières utilisées par le patron du Kremlin à l’encontre des opposants et des personnes gênantes pour son régime. Une plongée à la fois dans la personnalité de Vladimir Poutine et dans ses méthodes héritées du KGB.

L’apparition sur la scène de l’Histoire de Vladimir Poutine est sans doute l’un des événements les plus incongrus des trente dernières années. Ce petit homme sans charisme est né en 1952 à Saint-Pétersbourg, dans une famille d’un milieu très modeste, profondément marquée par les 872 jours du siège de Leningrad par les Allemands, son père étant blessé sur le front et sa mère laissée pour morte de faim. Adolescent très sportif et turbulent, il termina des études de droit à l’université de Leningrad, sous la direction du professeur Anatoli Sobtchak. Fasciné par la puissance du KGB, il fit tout pour y être recruté, au bas de l’échelle dont il allait gravir les premiers échelons, jusqu’à devenir officier responsable de la lutte contre les dissidents de la région de Leningrad. Après un stage d’un an à l’Institut Andropov — du nom du chef du KGB qui avait été en 1956 l’organisateur de l’écrasement de la révolution anticommuniste en Hongrie, avant d’être coopté secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique (PCUS) après la mort de Leonid Brejnev en 1982 —, Poutine prit une autre direction et passa au service du renseignement extérieur. Il fut envoyé en 1985 en République démocratique allemande (RDA), à Dresde, sous couverture diplomatique et comme responsable des Amitiés RDA/URSS.

Après la chute du mur de Berlin, désormais lieutenant-colonel du KGB, Poutine retrouva un poste à la direction locale du KGB de Leningrad, comme conseiller aux affaires internationales du recteur de l’université, le même Sobtchak qui en 1991, alors que Gorbatchev avait organisé les premières élections en partie libres en URSS, fut élu maire de la ville, redevenue Saint-Pétersbourg. Sobtchak cherchait quelqu’un de confiance pour l’assister et le général du KGB qui commandait la région lui conseilla Poutine. Bonne pioche ! Celui-ci se montra à la fois totalement fidèle, très discret et prêt à tout. Dans le chaos général qui suivit l’implosion de l’URSS en décembre 1991, il sut se rendre indispensable et devint l’éminence grise de Sobtchak qui le fit même nommer premier adjoint au maire. À l’époque, la ville était la capitale du crime organisé, une sorte de Chicago des années 1930 à la russe, et Sobtchak, un homme très corrompu. Poutine était chargé de le protéger, à la fois comme juriste et comme kgébiste, en entretenant des liens tant avec les mafias locales qu’avec les instances de l’État — en particulier le FSB, successeur du KGB — et en inaugurant un modèle de corruption organisée. C’est alors qu’il commença à prendre goût au pouvoir — comme le montre un film à sa gloire tourné en 1992 et intitulé Le Pouvoir —, mais à un pouvoir secret, discrétionnaire et… fort rémunérateur. Il n’avait que 39 ans.

En 1996, cette belle ascension fut brisée net. La gestion de Saint-Pétersbourg était tellement calamiteuse que Sobtchak ne réussit pas à s’y faire réélire et, par loyauté, Poutine décida de le suivre dans sa disgrâce. D’un coup, il perdait tout, mais retint une leçon majeure : il n’était pas raisonnable de laisser le pouvoir à la merci d’une élection démocratique. À quelque chose malheur fut bon puisque, peu après, un homme du Kremlin lui proposa de rejoindre l’administration présidentielle de Boris Eltsine, déjà très malade. Il s’y montra si travailleur et loyal au président qu’en 1998 celui-ci le nomma à la tête du FSB pour toute la Fédération de Russie. Quelle phénoménale ascension pour ce jeune officier qui, lors de sa prise de fonction, déclara : « Pour moi, venir travailler dans les services de sécurité, c’est comme retrouver ma maison natale. » Sans doute cette promotion fulgurante n’était-elle pas étrangère à un accord passé par Eltsine avec la haute hiérarchie d’un KGB dissous en 1992 mais dont les structures secrètes étaient toujours actives. Quand, des années plus tard, je m’étonnais de cet itinéraire devant le dissident Vladimir Boukovski, celui-ci s’étonna à son tour avec malice : « Comment ! Tu ne sais pas qu’au-dessus des lieutenants-colonels il y a des généraux ? »

C’est alors que la carrière de Poutine prit définitivement son envol. En effet, en 1997 le procureur général de Russie, Iouri Skouratov, avait lancé plusieurs enquêtes anticorruption concernant en particulier la société suisse Mabetex, une firme de construction soupçonnée d’avoir versé d’importants pots-de-vin à des proches d’Eltsine afin d’obtenir de juteux marchés de rénovation du Kremlin, de la Maison Blanche — le Parlement russe — et d’autres bâtiments publics. Eltsine et ses deux filles étaient directement visés et une procédure de destitution du président était engagée devant la Douma, qui, si elle aboutissait, renverrait celui-ci et sa famille devant la justice. Or, le 18 mars 1999 intervint un formidable coup de théâtre : une chaîne de télévision diffusa une vidéo intitulée « Trois au lit ». On y apercevait un homme filmé de dos en train de se déshabiller, puis de se mettre au lit avec deux jeunes femmes nues. Cet homme était désigné : Skouratov. Celui-ci eut beau protester, niant être l’homme de la vidéo, Poutine intervint immédiatement, attesta l’authenticité de cette vidéo et déclara que cet homme était bien le procureur Skouratov en compagnie de deux prostituées. Le procureur général fut suspendu, puis en avril limogé.

Dans la foulée, le 9 août, Eltsine nomma Poutine président par intérim. En retour, celui-ci signa immédiatement un décret garantissant l’immunité judiciaire à Eltsine et à sa famille ; en même temps il nomma à la place de Skouratov un certain Vladimir Oustinov, dont la première décision fut de clore le dossier Mabetex. Poutine avait tenu ses promesses à Eltsine et Skouratov déclara à ce propos qu’Oustinov était « une arme fiable entre les mains du président et du pouvoir exécutif, qui a oublié qu’il y avait une exigence de respect de la loi ».

L’affaire Skouratov est un cas d’école de ce qu’en russe on nomme le kompromat, cette pratique familière aux hommes du KGB pendant des dizaines d’années — depuis la création de la Tcheka en décembre 1917 sur ordre de Lénine, et ses sigles ultérieurs, GPU, puis NKVD et MGB sous Staline. Cet art consiste à diffuser des informations compromettantes à l’encontre de personnes susceptibles de gêner le pouvoir, y compris en ayant préalablement monté une « opération active » qui permette de placer ces personnes dans une situation donnant prise au chantage, que cette situation soit réelle ou montée de toutes pièces. L’objectif est donc de se débarrasser « en douceur » d’un adversaire, d’un simple gêneur, ou même d’un collaborateur peu obéissant. Soit par la calomnie, soit avec l’aide d’un système judiciaire complice, sans avoir à l’éliminer physiquement — ce qui était la méthode sous Lénine et Staline —, mais en le faisant chanter et en le discréditant aux yeux de l’opinion publique. Les techniques modernes permettent à cet effet d’utiliser aussi bien des photos ou films pris à l’insu de la personne que des enregistrements audio, ou des écrits autographes volés ou falsifiés. La plupart du temps, le kompromat s’intéresse à la vie privée de la cible visée, en particulier à ses pratiques sexuelles — détails dont les organisateurs du kompromat savent que le public voyeur est toujours friand —, ce qui permet de mettre de son côté aussi bien les rieurs que les pères et mères « la morale », tout en laissant planer une menace permanente sur les opposants.

Dans l’affaire Skouratov, le média allemand Correctiv, qui fit une enquête approfondie, estima que le scandale avait été monté de toutes pièces par des hommes du FSB sur ordre de Poutine. On se demande en effet comment Skouratov — à supposer que ce fût lui sur la vidéo ! — avait pu se retrouver filmé dans une chambre anonyme avec ces deux femmes sans qu’un piège lui eût été tendu. Quoi qu’il en soit, Poutine jouait sur le velours d’un double chantage. D’un côté, il « tenait » Eltsine, contraint de l’adouber au sommet du pouvoir en échange du limogeage de Skouratov. De l’autre, il « tenait » Skouratov et à travers lui tout l’appareil judiciaire. Un coup trop beau pour être le fait d’un petit lieutenant-colonel. Nul doute que les généraux du KGB avaient actionné leur marionnette… laquelle ne tarda pas à leur échapper, tout en ayant retenu l’efficacité du kompromat sexuel.

Le 26 mars 2000 devait se tenir une élection présidentielle dont Poutine était certes le favori, même s’il était à ce moment-là sans garantie absolue d’être élu puisqu’il se présentait pour la première fois et que le pouvoir d’Eltsine, auquel il était associé, était totalement discrédité. Or le Kremlin n’avait pas pu empêcher, le 21 février, le dépôt de candidature de Skouratov qui promettait de mener sa campagne sur le thème de la corruption. À la suite d’une intense opération de propagande, Poutine fut élu dès le premier tour et, le 19 avril 2000, les membres du Conseil de la Fédération de Russie regroupant les élus régionaux, qui avaient rejeté par trois fois la demande du président Eltsine de confirmer le limogeage du procureur, finirent, dans un revirement spectaculaire, par le voter en masse par 133 voix contre 10 et 6 abstentions. Ce vote massif des sénateurs était clairement lié à un deal avec le Kremlin, les responsables régionaux dépendant du pouvoir central pour l’attribution des fonds à leur région et pour l’obtention de divers privilèges, y compris personnels. Fatigué de la guérilla politique, judiciaire et médiatique qui était menée contre lui, le procureur Skouratov accepta cette décision, tout en réitérant ses accusations contre « le groupe de criminels qui continuent de figurer dans l’entourage présidentiel ».

Confirmé comme procureur général en titre après l’élection de Poutine à la présidence en mai 2000, c’est ce même Oustinov qui, en 2003, dirigea les poursuites contre Mikhaïl Khodorkovski, un richissime homme d’affaires russe qui avait décidé de se lancer en politique sur une ligne libérale, et qui, après un procès entièrement truqué, suivi d’un autre procès truqué, fut condamné à presque onze années de prison et dépouillé de tous ses biens, distribués aux amis de Poutine, avant d’être « gracié » par son bourreau en 2013 (il a purgé la presque totalité de sa peine) et contraint de se réfugier à l’étranger. Mais, comme Staline qui fit liquider Nikolaï Iejov — l’exécuteur de la Grande Terreur de 1937-1938 —, le maître du Kremlin n’aime pas les témoins trop informés et, en mai 2006, Oustinov fut limogé par le Conseil de la Fédération, sur requête de Poutine qui appliqua contre lui la même procédure que contre Skouratov. Manque d’imagination ou preuve d’une formidable continuité de pensée et d’action ?

À partir de son élection à la présidence, Poutine se sentit pousser des ailes et commença à rêver d’un pouvoir personnel absolu, héritier à la fois du tsar et du secrétaire général du PCUS. Et il manifesta un formidable ressentiment, déclarant en particulier : « L’effondrement de l’URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle. » Évidemment, l’avis des Lituaniens, des Estoniens, des Lettons, des Moldaves, des Ukrainiens, des Polonais, des Tchèques, des Hongrois, des Roumains, des Bulgares, etc., était à l’exact opposé, tant ces peuples avaient eu à souffrir de l’oppression et de la terreur soviétiques durant un demi-siècle. Et trois réalités fondamentales étaient apparues en pleine lumière après l’effondrement de 1991. D’une part, l’URSS, qui en 1945 était devenue la deuxième superpuissance mondiale et qui en 1979 dominait un camp communiste à l’apogée de sa puissance et de son extension territoriale, avait en dix ans totalement perdu la guerre froide face aux Américains. D’autre part, l’absurdité du système communiste de rejet de la propriété privée — aussi bien des moyens de production que de la propriété individuelle — et de l’économie de marché avait, au début des années 1980, mené l’URSS à la ruine. Enfin, la dictature totalitaire installée en 1917 avait cédé sous la pression des aspirations naturelles de l’homme à la liberté, aussi bien individuelle, de chaque citoyen, que collective, des nations captives du système soviétique. C’est la conjonction de ces trois réalités qui provoqua en décembre 1991 l’effondrement de l’URSS sur elle-même, puis de l’ensemble du camp communiste. Or, ces réalités, Poutine refusa de les admettre et d’en tirer des conséquences géopolitiques et démocratiques. Au contraire, il se raidit dans la posture typique du kgébiste : une paranoïa qui voit des ennemis partout, une volonté de toute-puissance et l’adhésion au principe « soumission ou liquidation » des autres. Et quand son pouvoir fut menacé par des gens décidés à organiser des élections libres, il décida de liquider certains comptes et le premier visé fut Vladimir Boukovski.

Né en 1942, expulsé de son école de Moscou en 1959 pour avoir publié une revue non autorisée, Boukovski fut continuellement persécuté par le KGB à partir de 1963, soit jeté en prison, soit soumis à la torture chimique en hôpital psychiatrique. Mais l’homme était coriace et résistait à coups de grèves de la faim et de campagnes d’opinion. Parmi ses exploits, il réussit à faire passer à l’Ouest un long manuscrit décrivant l’utilisation des hôpitaux psychiatriques comme moyen de répression politique contre les dissidents. En décembre 1976, excédés de cette résistance, Brejnev et le KGB décidèrent de l’expulser d’URSS — deux ans après Alexandre Soljenitsyne —, en échange du chef du parti communiste chilien détenu par le régime de Pinochet. Installé en Angleterre, Boukovski poursuivit son combat et fut, en 1992, pressenti par Eltsine d’abord pour devenir vice-président, puis pour être expert auprès de la Cour constitutionnelle de Russie en prévision d’un procès devant être intenté au PCUS qui venait d’être dissous et accusé d’être une organisation criminelle. L’ex-dissident en profita pour accéder à de très nombreux documents confidentiels, en particulier du KGB et de son 1er département, qui était le canal par lequel le pouvoir soviétique finançait beaucoup d’organisations de par le monde, dont les partis communistes, et en particulier le Parti communiste français. Il mit ces archives à disposition du public sur Internet et en publia une part dans son livre Jugement à Moscou (Robert Laffont, 1994), chez le même éditeur qui allait en 1997 publier Le Livre noir du communisme.

En 2004, Boukovski décida de se mobiliser pour tenter d’imposer des élections libres à la prochaine élection présidentielle de Russie, en créant le Comité 2008. Poussé par de nombreuses personnalités, il décida même de s’y présenter, mais bien que toutes les procédures aient été respectées, sa candidature fut annulée par la Cour constitutionnelle de Russie sous prétexte qu’il n’avait pas résidé en Russie lors de la dernière décennie et qu’il avait la double nationalité russe et britannique. Toujours très bien renseigné, ne craignant personne et ayant l’habitude de parler ouvertement, Boukovski n’avait pas que des amis, car s’il était très critique à l’encontre du régime soviétique puis du pouvoir poutinien, il n’était pas tendre non plus avec l’Union européenne qu’il comparait souvent à l’URSS en raison de sa bureaucratie proliférante.

Cependant, ce fut un coup de tonnerre quand, le 27 avril 2015, le Crown Prosecution Service (CPS) britannique — l’équivalent du parquet — publia un communiqué livrant en pâture aux médias son nom et les charges retenues contre lui : détention d’images pédopornographiques dans son ordinateur. Une procédure tout à fait inhabituelle puisque le CPS ne publie de communiqué qu’après la fin des procès. En dépit de son affaiblissement physique, puisqu’il venait de subir en Allemagne une grave opération à cœur ouvert, Boukovski réagit avec sa vigueur bien connue. Il nia « catégoriquement avoir pris la moindre photo indécente ou interdite, pseudo-photo ou vidéo d’enfants. De fait, je n’ai eu aucun contact avec aucun enfant depuis des années ». Persuadé que des hackers commandités par le FSB avaient en son absence introduit ces photos dans son ordinateur, il s’interrogea aussi sur la manière dont la police britannique avait été alertée : « Je suppose que les autorités russes ont complaisamment fourni à la police britannique des informations […]. » Il alla même jusqu’à déposer plainte contre le CPS pour diffamation, dont les audiences furent repoussées à trois reprises. Extrêmement malade, Boukovski décéda d’un arrêt cardiaque le 27 octobre 2019. Une chose est certaine : l’un des plus grands et des plus intraitables opposants au régime soviétique a été diffamé et discrédité sans pouvoir se défendre. À qui donc profite ce crime sinon, en priorité, à ceux que, depuis ses 18 ans, il n’avait cessé de dénoncer comme d’abominables criminels ?

Il se trouve que j’ai assez bien connu Boukovski. Nous nous sommes rencontrés à la suite de la publication du Livre noir du communisme qui, en 1997, avait attiré l’attention sur la dimension intrinsèquement criminelle des mouvements et régimes communistes, et en particulier sur l’URSS et le bras armé du PCUS, le KGB. J’ai même vécu en sa compagnie lors d’une session de formation de l’Académie civique roumaine qui se tenait dans la petite ville de Sighet, à la frontière ukrainienne. En effet, pendant une dizaine d’années, j’ai été le « recteur » de cette « école d’été » qui prenait en charge gratuitement, pendant une grosse semaine de juillet, une centaine de jeunes de 15 à 18 ans, filles et garçons, sélectionnés dans tous les lycées de Roumanie sur la base d’un concours — du type du « concours de la Résistance » — consacré au thème de la démocratie. De très nombreux historiens du communisme et témoins ou victimes de ce système sont intervenus à Sighet. Boukovski y fut invité pour parler de la répression en URSS, de la dissidence et de sa propre expérience de la torture chimique dans les hôpitaux psychiatriques soviétiques. Sa conférence avait incroyablement marqué tous les jeunes et il était clairement heureux de se retrouver dans ce climat détendu et amical, d’autant que cette année-là étaient présents une vingtaine de jeunes de Chisinau en Moldavie, qui parlaient russe, une langue qui manquait beaucoup à Boukovski en Angleterre. Le soir, après les cours et le dîner, la moitié des jeunes partaient au bord de la rivière, la Tisa, et y passaient une partie de la nuit à discuter, chanter, se baigner et boire un coup. Boukovski n’était pas le dernier et buvait sec de la vodka achetée chez l’épicier du coin. Durant tout ce séjour au milieu de filles et garçons de 15 à 18 ans — et en dépit d’un état alcoolique propice à tous les dérapages —, je n’ai jamais constaté le moindre geste déplacé de sa part et je n’ai eu l’écho d’aucune remarque désobligeante. Bien entendu, il ne s’agit que d’un témoignage, mais j’ai revu Boukovski à de nombreuses autres reprises et je n’ai jamais entendu parler à son propos d’images pédopornographiques, avant les poursuites dont il a fait l’objet en 2015.

Vladimir Boukovski

Vladimir Boukovski. Photo : RFERL

Pour mieux comprendre cette affaire il convient d’abord de revenir au Comité 2008 qui pour Poutine était un crime de lèse-président. Boukovski l’avait créé avec le champion d’échecs Garry Kasparov, avec Boris Nemtsov — ministre de l’Économie en 1997-1998 sous Eltsine, puis opposant à Poutine — qui fut exécuté devant le Kremlin le 27 février 2015, et avec Vladimir Kara-Murza — chef de file en 2015 du Parti de la liberté du peuple — qui survécut de justesse à un empoisonnement en mai 2015. Autre crime de lèse-Poutine encore plus grave, Boukovski était très ami avec Alexandre Litvinenko, un membre du FSB qui en 1998 avait alerté la presse russe sur le fait qu’il avait reçu l’ordre illégal d’exécuter Boris Berezovski — l’homme qui avait recommandé Poutine à Eltsine. Expulsé du FSB par Poutine, réfugié en Angleterre, il y fut empoisonné au polonium 210 en novembre 2006, selon une tradition du KGB remontant aux années 1930 — l’enlèvement ou l’assassinat d’opposants à l’étranger. Quand la justice britannique ouvrit une enquête sur cette mort, Boukovski témoigna le 17 mars 2015 devant la Haute Cour de justice de Londres pour dire sa conviction que Litvinenko avait été exécuté sur ordre de Poutine, selon la vieille tradition du KGB qui voulait que tout tchékiste ayant trahi le service fût liquidé.

Cependant, cette exacerbation du Kremlin contre ses opposants doit être replacée dans le contexte international de l’époque. En effet, en février 2014, la révolte de la place Maïdan, réprimée dans le sang par le pouvoir ukrainien pro-russe, qui fit plus de 80 morts et des centaines de blessés par balles, avait provoqué la fuite en Russie du président Viktor Ianoukovytch, un homme qui du temps de l’URSS avait été condamné pour viol et autres délits, et était bien connu du KGB. En réaction, Poutine fit envahir puis annexer la Crimée en mars. Puis ce fut l’invasion masquée du Donbass où il activa les prétendus « séparatistes » afin de disposer d’un moyen de pression permanent sur l’Ukraine. Et l’on assista à une forte montée en puissance des mouvements ultranationalistes en Russie. Cette « obsession » ukrainienne, qui lui mit à dos une grande partie de l’opinion européenne, suscita chez Poutine une rage qui depuis n’est allée qu’en s’intensifiant.

Cependant, j’ai commencé à repenser à cette histoire quand a éclaté l’affaire de Yoann Barbereau et que la France, éberluée, appris cette histoire à la fois rocambolesque et terrifiante, quand il en témoigna dans l’émission « Envoyé spécial » du 9 novembre 2017, puis la raconta dans un livre remarquable, Dans les geôles de Sibérie, publié en 2020 (Stock). Ce jeune Nantais, né en 1978, avait suivi des études de philosophie à la Sorbonne avant de s’enticher de la Russie où il pérégrina au début des années 2000, jusqu’à participer à la création de l’Alliance française à Rostov-sur-le-Don, où il organisa des rencontres littéraires et créa une troupe de théâtre. Il y rencontra aussi sa femme, une Russe avec laquelle il eut une petite fille. Après un retour en France, il revint officiellement en Russie en 2011 comme directeur de l’Alliance française — à titre de contractuel du ministère français des Affaires étrangères — à Irkoutsk, la capitale de la Sibérie orientale, une région dont il était amoureux. Pour l’inauguration de cette antenne, il organisa, en plein accord avec le maire d’Irkoutsk, une superbe réception en présence de nombreuses personnalités régionales et même de l’ambassadeur de France, venu de Moscou. Tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand, le 11 février 2015, il fut brutalement arrêté chez lui devant sa femme et sa fille par des agents du FSB. Jeté en prison, il fut immédiatement accusé d’activité pédocriminelle sur sa fille, dénoncé par une femme qui aurait vu dans son ordinateur des photos de la petite fille nue. Dans un premier temps, Barbereau fut totalement assommé, d’autant qu’il se trouvait en cellule avec de vrais bandits russes, plutôt méchants et prêts à « se faire » le petit Français. Mais le garçon avait trois avantages : il parlait russe, il était sportif et dur au mal, et il était un Breton têtu et surtout intelligent. Il comprit très vite qu’il était victime d’un kompromat, sans savoir exactement qui était visé à travers lui. Le maire d’Irkoutsk qui aurait déplu au Kremlin — il est vrai qu’il avait été élu contre le candidat du pouvoir ? Ou qui serait victime d’un concurrent régional ? Ou bien l’ambassadeur de France venu inaugurer l’Alliance française ? Ou bien l’existence même de l’Alliance française, symbole de liberté du peuple — Voltaire, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, Hugo, et tant d’autres ? Ou bien tout ça à la fois ?

Convaincu qu’il serait obligé de s’en sortir seul — sans oublier que sa femme et sa fille étaient à la merci des sbires —, il commença par se faire respecter de ses codétenus et même des gardiens — et des gardiennes ! Puis il obtint de la « justice », après des mois de prison et d’hôpital psychiatrique — encore ! —, de se faire assigner à résidence dans son appartement sous bracelet électronique, en attendant le procès qui lui promettait dix ans de camp. Dès lors, il ne songea qu’à préparer son évasion de Russie. Grâce à l’aide de quelques amis russes qui prirent de très gros risques, il inventa un dispositif technique capable de neutraliser le bracelet et attendit le moment propice avant de s’enfuir d’Irkoutsk. Au lieu d’aller vers l’est pour essayer de rejoindre un port et le Japon ou les États-Unis, il partit droit vers Moscou où il arriva sans encombre après quelques jours et se faufila à l’ambassade. Son arrivée y sema la panique, d’autant que, depuis des mois, le Quai d’Orsay prônait le calme et n’avait à peu près rien fait pour le tirer de ce très mauvais pas. On l’obligea à rester au secret et à ne sortir qu’à la nuit au sein de l’ambassade. On fit même venir deux hommes des services français qui lui expliquèrent comment ils allaient l’exfiltrer. Affolé par leur incompétence, et toujours aidé par des amis russes, il s’évada de l’ambassade par une nuit sans lune et parvint, à travers bois et en suivant des sentiers secrets, jusqu’à la frontière avec l’Estonie, retrouvant le monde libre.

Yoann Barbereau

Yoann Barbereau. // France 5, capture d’écran

On ne peut qu’être frappé par les coïncidences de ce printemps 2015 entre l’affaire Boukovski, l’affaire Barbereau et l’assassinat ou la tentative contre Nemtsov et Kara-Murza. À croire qu’un ordre avait été donné de se débarrasser définitivement d’opposants et de gêneurs. Le plus intéressant est l’utilisation du motif « pédocriminalité ». En effet, le KGB accompagna souvent ses tentatives de kompromat de campagnes de propagande destinées à anesthésier d’éventuelles réactions de l’opinion occidentale. Dans les années 1970, quand l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis devint un thème de plus en plus prégnant, il n’hésita pas à monter de fausses campagnes antisémites en Allemagne de l’Ouest. Dans les années 1990, il commença à utiliser le terme « génocide » pour stigmatiser des pays étrangers — comme vient encore de le faire Poutine lors de sa mensongère et provocatrice conférence du lundi 21 février où il a accusé le gouvernement ukrainien de « génocide » contre les russophones d’Ukraine. Mais depuis une dizaine d’années, l’accent mis dans les démocraties — à juste titre — sur les crimes sexuels, et en particulier sur la pédophilie, a inspiré au FSB cette possibilité de kompromat, d’autant plus difficile à récuser qu’il ne s’agit pas d’actes effectifs mais d’images figurant sur un ordinateur très facile à infiltrer.

La preuve en fut donnée encore tout récemment avec l’affaire Iouri Dmitriev. En 1990, lors des premières élections en partie libres d’URSS, un certain Ivan Tchoukhine est élu député au Soviet suprême. Ce colonel de réserve était inspecteur-chef chargé des dossiers sensibles du MVD (le ministère de l’Intérieur) de Carélie, une région au nord de Leningrad, coincée entre la Finlande et la mer Blanche. Dès ce moment, dans la plus grande discrétion, il chercha à établir l’histoire de la répression stalinienne dans la région et, au milieu des années 1990, il mit la main sur des archives très confidentielles concernant la Grande Terreur, avec le nombre d’exécutés, les lieux d’exécution et le nom des membres du NKVD qui en étaient chargés. Soit au total près de 12 500 personnes exécutées d’une balle dans la tête. En 1997, Tchoukhine mourut brutalement mais le travail de recherche fut poursuivi par son proche ami, Iouri Dmitriev, président de la branche de Carélie de Mémorial, une organisation créée en 1989 par le célèbre dissident Andreï Sakharov, qui se consacrait à établir les faits de répression du temps de l’URSS afin de préserver la mémoire des victimes. Ce fut finalement à l’automne 1996 que Dmitriev et d’autres membres de Mémorial de Carélie réussirent à localiser le lieu des exécutions : Sandormokh, lieu-dit où se trouvait une carrière de sable, dans le district de Medvejegorsk. Ils décidèrent alors d’y créer un mémorial aux victimes, en 1997, pour le 60e anniversaire du début de la Grande Terreur. Ce mémorial, officiellement classé « site historique » par un décret du 8 août 2000 du gouvernement de la république de Carélie, devint rapidement un mémorial à toutes les victimes de la Grande Terreur, renvoyant aussi bien à la religion des victimes — orthodoxes, musulmans, juifs — qu’à leurs origines ethno-territoriales — Ukrainiens, Estoniens, Lituaniens, Polonais, Tchétchènes, Ingouches, Finlandais, Moldaves, Roumains, Tatars, Géorgiens, Azéris. Ils drainèrent sur place chaque année, le 5 août, de nombreuses délégations.

Or, soudain, le 13 décembre 2016, Iouri Dmitriev a été arrêté après l’envoi à la police d’une lettre anonyme et une « visite » de son ordinateur personnel en son absence. L’inculpation suivit sans attendre : article 242.2, « Utilisation d’un mineur dans le but de fabriquer des matériaux ou objets pornographiques », et article 135, « Actes de débauche sans violence sur une personne majeure ou mineure ». Étaient concernées des photos de sa fille nue quand elle avait 5 ou 6 ans ! En dépit de toutes les protestations, Dmitriev fit seize mois de détention préventive, fut soumis à des expertises psychiatriques — encore ! — et, oh surprise et fait exceptionnel dans les annales judiciaires russes pour ce type d’affaires, il fut acquitté le 5 avril 2018, le tribunal reconnaissant que les accusations étaient « totalement infondées », les photos saisies sur l’ordinateur étant des photos de suivi médical de sa fille en partie handicapée, sur ordre de son médecin et des autorités de tutelle de cette fille adoptive.

À peine était-il sorti de prison que le 14 juin 1918 la Cour suprême de Carélie, saisie en appel par le parquet, cassa le jugement et, dès le 27 juin, Dmitriev fut à nouveau incarcéré à la suite d’un « interrogatoire informel », mené en dehors de tout cadre légal, de sa fille âgée de 13 ans et coupée de toute relation familiale depuis dix-huit mois ! l’inculpation fut modifiée à dessein : « Violences à caractère sexuel commises par une personne majeure sur un mineur ». Coût : quinze ans de réclusion criminelle ! Le 22 juin 2020, le tribunal rendit son verdict : « partiellement coupable », trois ans et demi de détention dans une colonie pénitentiaire à régime sévère, alors que le parquet avait requis quinze ans ! Décidément, même une justice aux ordres avait du mal à obéir à des ordres absurdes et criminels dénoncés par une vaste campagne internationale de soutien à Dmitriev. Qu’à cela ne tienne, la Cour suprême de Carélie cassa à nouveau le jugement et condamna Dmitriev le 29 septembre 2020 à treize ans de détention. Pour cet homme de 65 ans, cet arrêt équivaut à un arrêt de mort. Le remarquable livre de sa collègue de Mémorial Irina Flige — Sandormokh. Le livre noir d’un lieu de mémoire (Les Belles Lettres, 2021) — rend un compte rendu détaillé de cette tragique histoire.

Cependant, l’affaire ne s’est pas arrêtée là. En effet, l’attaque judiciaire fut accompagnée, début 2017, d’une contre-offensive mémorielle menée par le pouvoir, l’association Mémorial étant accusée par un journaliste d’une « formidable falsification historique ». Faisant fi de toutes les archives mises au jour par Tchoukhine et Dmitriev, il affirmait que les cadavres découverts à Sandormokh étaient ceux de prisonniers de guerre soviétiques assassinés par les Finlandais lors de l’attaque de l’URSS contre la Finlande durant l’hiver 1939-1940. C’était une sorte de remake de l’affaire de Katyn où, en dépit des archives, les Soviétiques affirmaient que les responsables du massacre avaient été les Allemands. Et déjà, en août 2014, aucune délégation ukrainienne n’avait été autorisée à venir se recueillir à Sandormokh.

Bien entendu, Poutine ne pouvait pas se contenter du cas Dmitriev. En bon petit soldat du KGB, il mène ce qui se nommait, du temps de l’URSS, « la bataille idéologique » et il s’est construit une sorte de « roman national-soviétique » qu’il tente depuis des années d’imposer tant à la nation russe qu’à l’étranger. Celui-ci repose sur deux piliers : la grandeur fantasmée de la Russie tsariste et le triomphe de l’Armée rouge dans la « Grande Guerre patriotique » qui, pour les Soviétiques, puis les Russes, renvoie à la guerre avec le IIIe Reich. Ce qui lui permet au passage de réhabiliter Staline, « le grand manager », mais l’oblige à occulter totalement l’alliance de Staline avec Hitler d’août-septembre 1939, qui non seulement déclencha la Seconde Guerre mondiale, mais aboutit à la destruction de l’État polonais, puis à l’annexion des trois États baltes, de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord roumaines. Une alliance désastreuse pour les peuples de l’URSS, qui la payèrent de la vie de 12 millions de militaires et de 15 millions de civils. Cette alliance entre les deux grands régimes totalitaires reste encore aujourd’hui le point aveugle de l’histoire européenne au XXe siècle. Et on lira à ce propos avec profit l’ouvrage collectif intitulé La Seconde Guerre mondiale dans le discours politique russe à la lumière du conflit russo-ukrainien (L’Harmattan, 2016).

Dans ce cadre, l’association Mémorial est un gros caillou dans la chaussure poutinienne, qui, à travers un énorme travail d’archivage, d’histoire et de mémoire, elle ne cesse de rappeler le caractère criminel du régime communiste et de Staline en particulier, et déconstruit la mythologie mensongère élaborée par Poutine. En outre, Mémorial se mobilise en permanence pour la défense des droits de l’homme. C’est la raison pour laquelle, le 28 décembre 2020, la Cour suprême de Russie a prononcé la dissolution de Mémorial International, la plus ancienne ONG russe. L’accusation du procureur a été particulièrement significative : « Il est évident que Mémorial, en spéculant sur le thème des répressions au XXe siècle, crée une image mensongère de l’URSS comme État terroriste. » Et pour faire bon poids, il ajouta que Mémorial cherchait à « blanchir et [à] réhabiliter les criminels nazis ». Je me suis senti personnellement concerné tant cette accusation me fut imputée par les communistes, toute l’extrême gauche et une partie de la gauche en 1997, quand fut publié Le Livre noir du communisme. Tout membre de Mémorial risque la prison et l’histoire de l’URSS est aujourd’hui définitivement verrouillée en Russie. Elle ne se fera désormais que clandestinement, comme du temps du samizdat et des dissidents Soljenitsyne et Boukovski. Retour à la case départ…

Reste à comprendre que cette propension poutinienne au kompromat sexuel vient de loin. Les activités du lieutenant-colonel du KGB Poutine en RDA y étaient consacrées. Il tenta d’abord de contraindre un professeur de médecine à lui communiquer des informations sur des poisons mortels capables de ne laisser aucune trace, en le faisant chanter avec des documents pornographiques. Plus généralement, une personne particulièrement bien informée des activités des services secrets de l’Est en RDA ne m’a pas caché que l’une des principales cibles de Poutine était la vaste foire industrielle de Leipzig qui se tenait tous les deux ans et servait de « vitrine » au camp communiste. S’y précipitaient des dizaines d’hommes d’affaires occidentaux espérant engranger de juteux contrats. C’est parmi eux que Poutine cherchait des cibles intéressantes du point de vue des technologies de pointe, qu’il finissait par « harponner » selon les méthodes les plus classiques de ses services : un bataillon de jolies filles toute prêtes à distraire ces gentils patrons. Avec à la clef, « clic-clac Kodak », quelques belles photos qui permettaient d’engager un dialogue « asymétrique », plus couramment nommé chantage sexuel. Quand on va à la pêche, on finit toujours par attraper des poissons…

Bien entendu, affichant son habituel petit air goguenard, M. Poutine va nous apostropher, comme il a eu le culot de le faire en conférence de presse face à Angela Merkel qui accusait la Russie de manipuler le groupe Wagner, ou face à Emmanuel Macron qui reprochait à Russia Today d’avoir tenté de manipuler sa campagne présidentielle de 2017 : « Où sont vos preuves ? Vous n’avez pas de preuves ! Vous n’êtes pas sérieux. » Ses affidés habituels — l’inénarrable Konstantin Malofeïev ou Vladimir Iakounine — vont plus loin : « Obama est fou », « Clinton est folle »… Cet argumentaire, nous l’avons déjà entendu durant des décennies dans la bouche des communistes du monde entier, par exemple à propos du massacre de près de 22 000 officiers et responsables polonais à Katyn et dans d’autres lieux au printemps 1940 sur ordre direct de l’ensemble du Politburo signé le 5 mars 1940. Et c’est le premier commandement de tous les services secrets, mais aussi de toutes les mafias, même quand ils sont pris la main dans le sac : « N’admettez rien, niez tout, faites des contre-accusations. » Ce que firent Staline et Molotov quand, en 1942, ils rencontrèrent à Moscou le chef du gouvernement polonais qui cherchait ses officiers.

Pourtant une fois le régime soviétique écroulé, les archives et les témoins ont commencé à « parler » et peu à peu la vérité historique est apparue dans toute sa nudité : le régime fondé par Lénine — premier régime totalitaire de l’Histoire — et pérennisé par Staline a été un régime intrinsèquement criminel, utilisant dès janvier 1918 la terreur de masse comme moyen de gouvernement, en particulier à travers l’action du bras armé du Parti communiste, les tchékistes. Ce régime a définitivement déshonoré l’histoire soviétique au XXe siècle, tout comme le régime nazi, par ses crimes contre l’humanité et ses génocides, a déshonoré l’Allemagne.

Monsieur Poutine, vous n’êtes pas éternel et vous êtes en train de déshonorer la Russie dans ce début de XXIe siècle. Dès votre disparition politique (ou disparition tout court), les archives s’ouvriront, les bouches parleront et les historiens vous rattraperont. Les historiens sont des gens très patients qui finiront par démasquer vos déshonorants kompromat sexuels.

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