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Champion de la propagande russe : Dmitri Kisselev
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Dmitri Kisselev est l’un des journalistes les plus influents de Russie. Il est directeur général de l’agence internationale d’information Russia Today, et anime une émission hebdomadaire « Vesti nedeli » (Les Nouvelles de la semaine), sur la première chaîne de télévision russe, Rossiïa-1, qui fait partie de la Société d’État de radiotélévision russe (VGTRK). Pour son soutien actif à l’annexion de la Crimée, Dmitri Kisselev se trouve sous le coup de sanctions de l’UE et des États-Unis. « Vesti nedeli », qu’on peut qualifier d’infotainment à coloration fortement propagandiste, serait l’émission préférée de Vladimir Poutine. Chaque semaine, Kisselev présente, entre autres, une « Page culturelle », un monologue souvent illustré d’images et de vidéos sur un sujet d’actualité. Ainsi, le 11 avril 2021, au moment où les troupes russes étaient massées à la frontière ukrainienne et que l’attaque russe semblait imminente, Kisselev a consacré sa « Page culturelle » à… la « dénazification de l’Ukraine ». Desk Russie propose une traduction de ses propos. Véritable plongée dans un univers parallèle.

Le pouvoir de Kiev est résolument en marche vers le nazisme

Dmitri Kisselev Киевские власти уверенно идут к нацизму (vesti.ru)

Toute l’histoire néo-ukrainienne comporte un aspect culturel. Par le mot « culture », j’entends un système de cultes, un système de représentations du bien et du mal, du beau et du terrible. Lorsque l’élément clé d’une culture devient la représentation de la supériorité de la nation elle-même, et que dans une société on alimente le culte de la force et, partant, un vif désir de combattre, apparaît ce qui s’appelle le nazisme. Tout cela est manifestement présent en Ukraine. Les parallèles avec le nazisme hitlérien sont directement visibles. […] Et, pour tous les voisins de l’Ukraine, à l’ouest comme à l’est, le moment est venu de comprendre ceci : tôt ou tard, l’Ukraine doit s’attendre à être dénazifiée.

Comme nous l’enseigne l’histoire, la dénazification n’est jamais volontaire ; l’Ukraine doit donc s’attendre à une dénazification forcée. Et, en définitive, ce ne sera pas sans douleur. L’Europe doit consentir à s’atteler à ce processus : comment pourrait-il en être autrement ? En effet, la nazification de l’Ukraine, au cours de ces dernières années, s’est faite avec la complaisance voire l’assentiment de la partie prétendument civilisée de l’humanité : Berlin et Paris, Bruxelles et Londres l’ont cautionnée.

Il est clair que la dénazification d’un État est habituellement précédée par sa débâcle, économique et militaire. C’est ce qui est arrivé, par exemple, à l’Allemagne hitlérienne en 1945. La dénazification a été décidée à la conférence de Potsdam par les Alliés, réunis en une coalition anti-Hitler. Ils ont d’abord passé au crible les criminels de guerre et les séides du régime nazi dans leurs zones d’occupation respectives, pour les faire comparaître devant des tribunaux spéciaux, et ils ont aussi montré à la majeure partie de la population des films sur les monstruosités du IIIe Reich : la présence à ces séances de cinéma relevait, pour ainsi dire, du volontariat contraint ; si l’on n’y assistait pas, on pouvait être privé de carte de rationnement.

De plus, par décision des États vainqueurs, les programmes scolaires ont été modifiés en conséquence ; les symboles et les structures nazis se sont trouvés strictement frappés d’interdit. Il a fallu de longues années pour dénazifier l’Allemagne, et le sujet y reste d’actualité jusqu’à nos jours.

Pour en revenir à l’Ukraine contemporaine, nous dirons qu’elle prend exactement le même chemin, avec la même ligne de mire. La nazification a déjà eu lieu, avec ses spécificités il est vrai. Le pays est gouverné de l’intérieur par le noyau nazi d’une myriade d’organisations, de bataillons et de formations d’un genre très particulier. « Pravy sektor » (interdit en Russie), « S-14 » (interdit en Russie), « Azov » (interdit en Russie) et « Natskorpus » (interdit en Russie) symbolisent d’ores et déjà ces crimes.

Ils saccagent et incendient les chaînes de télévision et les rédactions des journaux, ils terrorisent les magistrats et les députés à tous les niveaux. Ils tuent en toute impunité les journalistes les plus brillants et c’est à peine s’ils n’attaquent pas l’administration présidentielle. Ils traitent impitoyablement les opposants : passages à tabac, incendies, explosions, coups de feu, listes de proscription — ainsi maintiennent-ils l’Ukraine tout entière dans la peur.

Ils ont introduit une censure des plus sévères. Ils glorifient les criminels de guerre nazis de la Seconde Guerre mondiale ; ils rabaissent et humilient les vétérans soviétiques de la Grande Guerre patriotique, ceux-là mêmes qui ont brisé l’échine de l’hydre fasciste. Le 9 Mai, on a peur de déposer des fleurs, sans parler du ruban de Saint-Georges, dont le port est tout bonnement considéré comme un crime.

L’Ukraine est en proie à de véritables « escadrons de la mort », et les cortèges aux flambeaux qui défilent sous le slogan « Bandera est notre héros ! » sont devenus sa signature. C’est précisément ce noyau nazi qui pousse le pays à s’engager dans une guerre fratricide contre le Donbass. Et ce sont justement à ces nazis que la Crimée et le Donbass n’étaient pas prêts à se soumettre au lendemain du coup d’État nazi de février 2014. À la suite de son rattachement à la Russie, la Crimée a échappé à la guerre. Mais c’est alors qu’a commencé une expédition punitive de grande envergure contre le Donbass, au cours de laquelle toutes sortes de bataillons volontaires de nazillons ont commis des crimes de masse. Une partie considérable de ces crimes de guerre sont documentés, entre autres par le Comité d’enquête de la Fédération de Russie. Les tonnes de volumes réunissant ces documents serviront dans le cadre de la dénazification.

En tout état de cause, en ce 75e anniversaire de Nuremberg, l’Europe a intérêt à se remémorer son expérience personnelle, à se réveiller pour voir ce que Kiev a fait croître. Éviter de remarquer, par gêne, ce qui empeste grossièrement — ça suffit. Et que dites-vous du stade de Lvov qui fait le salut hitlérien à l’unisson ?

À présent, alors que l’impression d’une guerre imminente au Donbass est à son comble, il est temps de comprendre, si les nazis ukrainiens en viennent à mettre le feu aux poudres, ce que sera la nature du conflit, qui combattra qui, et dans quel but.

Traduit du russe par Ève Sorin

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