Alexeï Navalny en visioconférence lors de l’audience du 17 mai. Photo : service de presse du tribunal de la ville de Moscou.

Alexeï Navalny en visioconférence lors de l’audience du 17 mai. Photo : service de presse du tribunal de la ville de Moscou.

Navalny, journal de prison (suite)
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Les publications d’Alexeï Navalny se font plus rares. Sans surprise, mardi 24 mai, le tribunal de Moscou a confirmé, en appel, le jugement prononcé en mars dernier, qui le condamne à neuf ans de prison supplémentaires. Bien que ses avocats aient aussitôt annoncé qu’ils formeraient un pourvoi, on peut craindre que le transfert du célèbre prisonnier vers un lieu de détention à « régime sévère » soit imminent. Pourtant, dès le début du mois de mai, l’attente de son transfert lui avait inspiré une boutade : l’opposant qui défie Poutine ne se départit jamais de sa dérision et de son courage hors pair.

4 mai

Le verdict qui me condamne n’est pas encore entré en vigueur, mais les détenus de la colonie à régime sévère de Melekhovo écrivent qu’on y aménage une « prison dans la prison » à mon intention. Ils disent que si on googlise Melekhovo, on tombe sur des récits de détenus selon lesquels là-bas on arrache les ongles. Bon, au moins, j’aurai une excuse pour utiliser un emoji à la mode 💅

18 mai

Parfois, il m’apparaît clairement que ma détention n’est pas du tout un voyage dans l’espace. Et je n’ai pas débarqué dans le cosmos, mais sur un point d’anomalie spatiale [terme de jeux vidéo, NDT]. Tu arrives à Pokrov, une ville dans la région de Vladimir, et en fait tu te retrouves près du fleuve Amazone ou en Sibérie orientale.

Les moustiques.

Comprenez-moi bien. J’ai grandi dans des villes militaires fermées, toujours environnées par la forêt. Les moustiques me sont très, très familiers.

Mais je n’en avais jamais vu de semblables.

Ça m’a surpris pour la première fois l’année dernière, en mars, alors que, regardant les congères au-dehors par la fenêtre de mon baraquement, j’ai remarqué qu’il y avait des moustiques sur la vitre À L’EXTÉRIEUR. Balèzes en plus.

« Ils ont dû geler », me suis-je dit.

Lisant manifestement dans mes pensées, l’un des moustiques a remué les pattes et il m’a semblé qu’il me disait en souriant : « Attends voir, tu vas pas tarder à geler toi-même. »

Eh non, ils n’avaient pas gelé. Des moustiques malfaisants, infernaux, insatiables, intrépides surgissent ici dès la fin du mois de mars.

Ils disparaissent à la fin du mois de novembre. C’est du vécu. À la fin de l’automne, tu es debout dehors pour l’inspection : ton nez et tes oreilles sont gelés. De la vapeur sort de ta bouche. Et tu regardes la nuque du zek devant toi, y sont collés une dizaine de moustiques.

Dormir avec ces moustiques relève carrément de la fable. Vers 5 heures du matin, tu es à bout.

D’ailleurs, la stratégie du « je me découvre, ils n’ont qu’à boire tout le sang qu’ils veulent, quand ils auront fait le plein, je dormirai un peu » ne fonctionne pas. J’ai vérifié.

Heureusement que ces spirales antimoustiques fumantes aident un peu.

Il paraît que, vue d’en haut, ma colonie est entourée par un immense marécage. Ce qui explique les moustiques.

Mais que de telles créatures puissent exister en Russie centrale, je l’exclus. C’est certainement une anomalie due à un téléporteur vers l’Amazone ou la Sibérie orientale. Je ne doute pas qu’on trouve aussi des piranhas et des pétroliers dans le marécage.

Traduit du russe par Ève Sorin

© Desk Russie

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