Photo : capture d’écran tirée du film d’Alexeï Navalny, Le Palais de Poutine.

Les perles : notre sélection de propos qui en disent long
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Le président Poutine ne manque jamais une occasion de parler de la Russie comme d’une forteresse assiégée. Un exemple récent: le 20 mai, lors d’une séance du comité Pobéda (Victoire) qui chapeaute l’éducation patriotique des jeunes Russes, il s’est « lâché » : « Notre potentiel est colossal, notre territoire reste le plus grand du monde. […] certains osent même dire publiquement qu’il est injuste que la Russie possède les richesses d’une région comme la Sibérie […] Tout le monde veut nous mordre et nous arracher des morceaux. Mais que ce soit clair, nous casserons les dents à ceux qui s’y risqueront afin de leur faire passer l’envie de mordre. » L’armée russe dispose des forces de dissuasion nucléaire les plus modernes, a rappelé le président russe. Voilà qui nous rassure !

Le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrouchev, estime que la « russophobie » serait apparue il y a plusieurs siècles. Dans un entretien publié le 30 avril par l’hebdomadaire Argoumenty i fakty, il affirme que le tsar Ivan IV, « le Terrible », avait été victime de récits hostiles de chroniqueurs occidentaux au prétexte qu’il « rejetait le leadership politique et moral de l’Occident ». L’ancien directeur du FSB voit là : « une analogie claire avec notre époque : aux États-Unis et dans l’UE, on étouffe l’hétérodoxie et on limite les droits civiques de ceux qui refusent de soutenir les soi-disant valeurs occidentales, tout en continuant de dépeindre notre pays comme la principale menace pesant sur la liberté et la tolérance. »

Le 18 mai, la Douma (chambre basse du Parlement russe) s’est réunie pour célébrer le 800e anniversaire de la naissance du prince Alexandre Nevski (1221-1263), immortalisé par Sergueï Eisenstein. À cette occasion, son président, Viatcheslav Volodine, a prononcé un discours enflammé, affirmant que le choix d’Alexandre Nevski de s’allier aux Mongols contre les chevaliers teutoniques avait déterminé le développement futur de la Russie. « C’est Alexandre Nevski qui a préservé notre identité orthodoxe. Il a non seulement vaincu l’armée des chevaliers de l’ordre de Livonie, mais aussi défendu notre monde russe. » Volodine dresse une analogie avec le présent : « De nos jours, nous sommes à nouveau mis au défi. Cette fois, l’ennemi est différent. Il ne brandit pas une épée, il envahit les esprits et les âmes, tendant ses filets informationnels […] empoisonnés par le venin du mensonge. » Le chef du Parti communiste russe, Guennadi Ziouganov, a pour sa part renchéri : « Nous sommes le peuple de la victoire, nous sommes nés grâce à nos sept grandes victoires, à commencer par celle d’Alexandre Nevski qui a appris aux Allemands et aux Teutons que la vérité russe est plus forte et plus importante que leur insolence et leur mensonge. »

Début mai, RFI a publié un rapport sur les crimes et les exactions des mercenaires russes de la compagnie militaire privée Wagner en République centrafricaine. La compagnie Wagner est entretenue par l’Etat (de façon officieuse) et par un proche de Poutine, l’homme d’affaires pétersbourgeois Evgueni Prigojine, également connu comme sponsor de l’« usine à trolls » de Saint-Pétersbourg et persécuteur acharné d’Alexeï Navalny. Pour blanchir les mercenaires (qui obéissent en réalité à l’état-major russe), Prigojine a financé un film, Le Touriste, qui vient de passer à la télévision russe. Quand une journaliste du site indépendant Meduza, Lilia Iapparova, a essayé de lui poser une question sur ce film, Prigojine a explosé : « Voici ma réponse à la journaliste antirusse qui collabore à un média agent de l’étranger. Citoyenne Iapparova, à l’époque soviétique, il y avait des ennemis du peuple. On les fusillait. Vous appartenez à une catégorie similaire. […] Votre tâche principale, c’est de souiller tout ce qui est grand et bon, créé par la Russie et les Russes, et de blanchir les crimes occidentaux. »

Hubert Védrine sur CNews le 21 mai 2021 (peu avant la minute 27) : « La Russie d’aujourd’hui est moins dangereuse, moins armée ; elle tue des gens, mais moins que l’URSS. »

On rappellera aussi que Hubert Védrine a fait déjà au moins sept apparitions sur Russia Today France (dite RT France) que Twitter qualifie de « Média affilié à un État, Russie » et dont Emmanuel Macron avait affirmé le 29 mai 2017 qu’il était un « organe d’influence et de propagande mensongère ».

Pour un décryptage de la pensée de Hubert Védrine, lire l’article dans Political (18 octobre 2020) de Galia Ackerman, Nicolas Tenzer, Françoise Thom et Cécile Vaissié (à l’initiative de Sophie Bélaïch) : « Le discours de Hubert Védrine analysé par des spécialistes ».

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