© Sviatlana Tsikhanouskaya

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Du 15 au 18 septembre, Sviatlana Tsikhanouskaya, Présidente élue du Bélarus et leader en exil, a effectué une visite en France à l’invitation de Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires Étrangères, afin d’évoquer la crise politique au Bélarus. Il ne s’agissait pas du premier contact de Mme Tsikhanouskaya avec les hauts responsables français : le 29 septembre 2020, Emmanuel Macron l’avait rencontrée lors de sa visite en Lituanie. Peu après, elle s’était exprimée devant la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, par Zoom. Mais c’était la première fois qu’elle se rendait en France. Alice Syrakvash, une opposante de longue date au régime de Loukachenko, l’a suivie pendant toute sa visite et nous en fait un compte-rendu.

Depuis l’élection présidentielle frauduleuse d’août 2020, la France restait en retrait face à la crise au Bélarus, en comparaison avec l’implication de la Lituanie et de la Pologne, mais aussi des Etats-Unis ou de l’Allemagne. Certes, Emmanuel Macron s’est entretenu de la situation au Bélarus avec Poutine, mais sans que cela donne des résultats tangibles. Néanmoins, après le détournement d’avion Ryanair, et le passage illégal de migrants iraniens et irakiens vers la Pologne et la Lituanie depuis la frontière bélarusse, orchestré par Loukachenko, la France s’est engagée aux côtés de ces partenaires européens pour leur venir en aide et appuyer les sanctions contre Loukachenko. Encourager le gouvernement et les élus français d’aider davantage le peuple belarusse, tel fut l’objectif de la visite de Sviatlana Tsikhanouskaya en France.

A son arrivée, le 15 septembre, elle a inauguré l’exposition Si près, si proche, Bélarus : un an de lutte vue par les photojournalistes, preparée par l’Institut polonais, l’ambassade de Lituanie et la Communauté des Bélarusses à Paris, en partenariat avec la Maison des journalistes et la mairie du 10ème arrondissement. L’exposition, présentée sur la façade de la Maison des journalistes (35 rue Cauchy dans le 15eme, Paris) et sur les grilles du jardin Villemin, regroupe des photos de la lutte pacifique des Bélarusses pour les élections libres, la démocratie et la dignité. En présence de photojournalistes bélarusses, venues présenter l’exposition, Sviatlana Tsikhanouskaya a donné une conférence de presse.

Le même jour, elle a rencontré Jean-Yves Le Drian, pour lui transmettre une liste de propositions de l’opposition bélarusse :

  • Les prisonniers politiques ne doivent pas servir de monnaie d’échange dans les négociations avec Loukachenko. Tous les prisonniers politiques doivent être libérés et réhabilités en tant que condition préalable à toute discussion avec le régime bélarusse.
  • L’isolement diplomatique du régime doit être maintenu, les ambassadeurs ne doivent en aucun cas remettre des lettres de créance ;
  • La société civile bélarusse doit être soutenue et aidée. Il faut simplifier l’obtention des visas pour les opposants, y compris la délivrance de visas humanitaires pour ceux qui se trouvent en danger au Bélarus ;
  • La suspension de l’adhésion du Bélarus à Interpol devrait être examinée car ce régime utilise instrumentalise Interpol, comme le font d’autres régimes dictatoriaux, pour traquer ses opposants.

« Il est très important que la France, les pays de l’UE, toutes les démocraties parlent d’une seule voix, soutiennent le Bélarus sur la scène internationale — au Conseil de sécurité de l’ONU, au sommet du G20 », a déclaré Tsikhanouskaya.

De son côté, Jean-Yves Le Drian a déclaré que la France soutenait l’imposition de nouvelles sanctions contre le régime. Selon le ministre, la France continuera à soutenir la société civile. A l’issue de la rencontre, Le Drian a fait une déclaration officielle.

Tsikhanouskaya a également rencontré le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, la présidente de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale Sabine Thiele, le président du Sénat Gérard Larcher, le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius, l’ambassadeur des États-Unis en France Brian Aggeler et plusieurs autres ambassadeurs, ainsi que les députés Frédéric Petit, Pieyre Alexandre Anglade et Jean-Louis Bourlanges, le président de la conférence des présidents d’université Manuel Tunon de Lara et d’autres personnalités.

Voici ce qui a été discuté lors de ces différentes réunions :

  • Poursuivre la politique de non-reconnaissance. Sviatlana Tsikhanouskaya a suggéré que les Parlements des pays amis prennent une position claire sur la non-reconnaissance du régime au Bélarus.
  • Envoyer le projet d’une nouvelle Constitution, rédigée par l’état-major de l’opposition, à la Commission de Venise (du Conseil de l’Europe) pour évaluation.
  • Envisager de lancer une enquête internationale contre le régime devant la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice.
  • Soutenir les avocats qui défendent les opposants et tous ceux et celles qui ont perdu l’opportunité d’exercer leur profession au Bélarus.
  • Inciter la France à interdire les principaux produits d’importation en provenance du Bélarus: des engrais azotés et du bois.
  • Lancer un programme de soutien financier pour les étudiants en licence, master et doctorat exclus de leurs universités en raison de leurs opinions politiques.
  • Accompagner des personnalités du monde de la culture, créer des résidences culturelles et des programmes de réhabilitation.
  • Soulever la question du Bélarus dans les assemblées parlementaires de l’OSCE et du Conseil de l’Europe, au Conseil de sécurité des Nations Unies et à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Enfin, lors de cette visite, Tsikhanouskaya a accordé de nombreux entretiens à des médias français et étrangers. Elle a aussi participé à un rassemblement des Bélarusses place de la Bastille. Si Sviatlana Tsikhanouskaya alerte sur la répression politique dans son pays, elle appelle surtout l’Europe et le monde à ne pas oublier la cause des Bélarusses.

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