Le Kremlin sans Kozak : le temps des juristes est révolu

Les médias occidentaux ont copieusement commenté la démission de Dmitri Kozak, chef de cabinet adjoint du président russe, en y voyant le signe d’un durcissement du régime : la dernière personne qui s’opposait à la guerre en Ukraine aurait été obligée de quitter le navire. À cette occasion, on a même parlé de « disgrâce ». Taskin et Lea proposent une analyse différente en retraçant le parcours édifiant de Kozak, l’architecte de la politique russe dans les « points chauds » de l’ex-empire : l’Abkhazie, la Transnistrie, la Crimée, le Donbass. Et si cette démission n’était qu’une opération de couverture ?

Dmitri Kozak, juriste d’origine ukrainienne et conseiller de confiance de Vladimir Poutine, est un véritable grand maître parmi les « joueurs d’échecs » du Kremlin : un virtuose dans l’art de repérer, créer et exploiter des pièges juridiques, auteur d’études offrant une légitimité de façade pour couvrir l’agression géopolitique. C’est précisément un homme de ce genre qui s’est retrouvé victime d’une nouvelle « partie d’échecs ».

Le rôle crucial joué par Dmitri Kozak dans l’annexion de la Crimée en 2014 lui a valu la réputation de « sorcier silencieux » ayant orchestré le triomphe de la guerre hybride qui a modifié les frontières de la Russie. Sa démission le 18 septembre 2025 marque peut-être l’effondrement de ce système juridique, certes lacunaire, mais toujours en vigueur, et plus généralement le changement de doctrine du légalisme sur lequel Poutine s’est appuyé pendant les 26 années de son règne.

La démission de Kozak, architecte des annexions territoriales de la Russie et de l’ image approuvée par le Kremlin d’un État paria, mais pragmatique, est un événement marquant, comparable seulement au retrait de Vladislav Sourkov de l’administration Poutine (un autre architecte des annexions territoriales) il y a 14 ans. Après le départ de Sourkov, le régime s’est lancé dans une spirale de violence sans limite contre ses citoyens – la politique glamour interne de Sourkov était tout de même plus élégante. Aujourd’hui, le départ de Kozak signale la transformation définitive du régime en un État totalitaire qui n’a besoin d’aucune justification pour recourir à la violence, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Sans Kozak, il n’est même plus nécessaire de discuter formellement de la question des normes juridiques internationales – il ne reste plus que la « rationalité révolutionnaire » et les directives de la Loubianka.

Kozak est né en 1958 dans le village de Bandourovo, dans la région de Kirovograd, en Ukraine soviétique. Après l’école, il a servi dans les forces spéciales du GRU, puis a étudié à l’université polytechnique de Vinnytsa. Kozak a ensuite étudié à la faculté de droit de l’université d’État de Leningrad, qu’il a terminée avant Dmitri Medvedev, mais après Vladimir Poutine. Il a ensuite travaillé comme procureur, puis comme juriste d’entreprise dans une grande société immobilière, avant de rejoindre les autorités exécutives de la ville de Leningrad, où il a suivi la meilleure formation pour intégrer l’élite poutinienne.

Essayons de comprendre les activités de ce patricien du Kremlin.

La Moldavie et la Géorgie : terrain d’essai pour des schémas conflictuels

Au début des années 2000, Kozak a développé le concept de fédéralisme asymétrique pour la Transnistrie, un conflit juridique créé pour garantir une influence russe à long terme en Moldavie sous le couvert du fédéralisme. En novembre 2003, il a proposé à Chișinău de créer une chambre haute du Parlement avec un droit de veto pour les petites entités : 13 sénateurs de la Moldavie principale, 9 des séparatistes de Transnistrie et 4 de l’entité nationale de Gagaouzie ; ce projet prévoyait la prolongation formelle du séjour des troupes russes, au nombre de 2 000 soldats sans armement lourd, jusqu’en 2020. Or il était en contradiction avec l’article 11 de la Constitution moldave sur la neutralité permanente : le mémorandum de Kozak légalisait en fait la présence de troupes étrangères (russes), alors que Chișinău avait promis de s’en débarrasser. Le document annulait de facto les engagements pris par la Russie lors du sommet de l’OSCE à Istanbul en 1999 (retirer les armes et les contingents des territoires moldaves) et transformait la « période de transition » en une norme illimitée dans le temps.

Le « statut spécial » prévu dans le mémorandum donnait aux séparatistes de Transnistrie et à la formation nationale de Gagaouzie un droit de veto sur la politique étrangère et la défense, ce qui signifiait un veto minoritaire sur toute initiative de la Moldavie en faveur de l’intégration européenne. Enfin, le concept de Kozak ne prévoyait pas de garants extérieurs pour la Moldavie et contournait la procédure de modification constitutionnelle (par référendum ou décision de la Cour constitutionnelle) : un accord politique devait remplacer la procédure juridique.

C’est précisément cela qui a été le « chiffon rouge » pour l’UE et les États-Unis. En apparence, ce concept semblait être un compromis, mais en réalité, il cimentait juridiquement le droit de la périphérie, qui était de facto sous le contrôle de la Russie, de bloquer les décisions de Chișinău, et plaçait l’armée russe comme garante du nouveau système. La Transnistrie, qui ressemble sur la carte à un coin placé le long de la frontière ukrainienne, avec l’armée russe et un gouvernement fantoche, transformait le concept de Kozak d’un plan de paix en un instrument à long terme de contrôle sur l’ensemble du contour régional. Le président moldave, le communiste Vladimir Voronine, a finalement refusé de signer le document au dernier moment, et la visite de Poutine à Chișinău a été annulée.

C’était la première fois qu’un « grand coup géopolitique » préparé à l’avance par le Kremlin, à savoir une tentative de légaliser la présence militaire à l’étranger sous le prétexte d’un « règlement », fut publiquement torpillé. Cet échec a été une expérience très traumatisante pour Moscou : dans les récits du Kremlin, il a été mis sur le même plan que les « révolutions de couleur », et le modèle du « statut spécial » établi dans le cas moldave a ensuite été entièrement transposé dans le dossier ukrainien. En juillet 2018, Kozak a de nouveau reçu un mandat officiel pour la Moldavie, celui de représentant spécial du président pour les relations commerciales et économiques avec la Moldavie. Il est revenu dans la région sous une apparence « technocratique » et a continué à superviser le dossier moldave jusqu’en 2021, lorsqu’il a préparé la rencontre, qui n’a finalement pas eu lieu, entre Poutine et la présidente moldave Maia Sandu.

Grâce à son expérience en Moldavie, Kozak a appris à attiser et à exploiter avec succès les conflits frontaliers post-soviétiques, inspirés par Anatoli Loukianov (avec l’approbation totale de Mikhaïl Gorbatchev), car la Transnistrie et l’Ossétie du Sud étaient des limitrophes soviétiques. Ces stratégies ont été perfectionnées pendant la guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008 : Kozak était responsable de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud et soutenait les « conflits gelés » afin de bloquer l’intégration de ces « républiques » à la Géorgie et de les maintenir sous l’influence russe.

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Dmitri Kozak, en visite dans la soi-disant « république de Transnistrie », avec son « président » Vadim Krasnosselski, en avril 2019 // president.gospmr.org

Bélarus : l’étau énergétique

Après les cas moldave et géorgien, Kozak est devenu, au début des années 2010, le principal architecte d’une autre expansion « silencieuse » de la Russie : le rapprochement économique du Bélarus et de la Russie par le biais du pétrole, du gaz, des engrais et des mécanismes juridiques de l’État d’union. Si en Moldavie, il proposait une fédéralisation asymétrique, au Bélarus, Kozak supervisait les « feuilles de route » de l’intégration et de la conformité fiscale et tarifaire afin de rendre institutionnelle la dépendance de Minsk vis-à-vis de Moscou. Les programmes de l’État d’union et le système de transferts interétatiques ont en fait créé un cadre réglementaire supranational – un « marché commun » et une unification des règles : Kozak a tenté de traduire l’intégration politique en termes juridiques et tarifaires, principalement dans le domaine de l’énergie, car il était également vice-Premier ministre du gouvernement russe chargé de l’énergie et des ressources naturelles. Il a tenté d’assurer l’absorption du Bélarus dans le champ juridique russe : entre 2019 et 2021, 28 « feuilles de route » de l’État d’union ont été signées, et Kozak a mené en permanence des négociations à huis clos sur les conditions de livraison du pétrole et du gaz, s’occupant de fixer des prix exclusifs et de distribuer des subventions.

C’est là que le style caractéristique de Kozak s’est clairement manifesté : non pas une rhétorique publique, mais une construction juridique transformant toute relation en un instrument de contrôle. L’expérience bélarusse lui a fourni la matière pour de futurs modèles : là où il est impossible d’imposer la fédéralisation, on peut mettre en place un étranglement économique : les prix, les subventions et les normes communes deviennent un droit de veto intégré.

Ukraine : collision des normes internationales

Kozak est devenu l’architecte clé de la « couverture juridique » de l’annexion de la Crimée et de l’invasion russe à grande échelle.

Dans le cas de la Crimée, Kozak s’est appuyé sur toute la palette du droit des conflits de lois : de la contestation du transfert de la Crimée de la RSFSR à l’URSS en 1954 à l’utilisation des accords de 1997 et des accords de Kharkiv de 2010 sur la flotte de la mer Noire comme base rhétorique de la « légalité » de la présence de la Fédération de Russie.

Pour certaines régions des oblasts de Donetsk et de Louhansk, annexées en 2014, la langue russe et le « droit à l’autodétermination » sont devenus des instruments d’ « intégration ». Notons ici que Kozak était également responsable de l’ « intégration » de la Tchétchénie, à laquelle le droit à l’autodétermination a été justement refusé par le biais de meurtres et de destructions.

Ainsi, Kozak a cette fois-ci utilisé la langue et le droit à l’autodétermination comme argument déterminant pour le « droit à la défense » des séparatistes, bien que la résolution 68/262 de l’Assemblée générale des Nations Unies, comme de nombreux accords et mémorandums entre la Russie, l’Ukraine et de nombreux pays occidentaux, ait maintes fois confirmé l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Dans les décisions de l’UE et des États-Unis concernant les sanctions, Kozak est désigné comme responsable de « l’intégration de la République de Crimée », notamment des projets d’infrastructure, parmi lesquels la construction du pont de Crimée, d’un coût de 3,7 milliards de dollars, et les zones économiques spéciales de Crimée.

Depuis janvier 2020, Kozak est devenu chef adjoint de l’administration présidentielle et représentant principal pour l’Ukraine, succédant à Sourkov à ce poste, et a pris le contrôle des négociations dans les formats de Minsk et « normand ».

Au cours des premières semaines de l’invasion à grande échelle, il a présenté à Poutine une option d’accord sur le statut neutre de l’Ukraine – en fait, une réincarnation du modèle moldave de « compromis » , mais le Kremlin a rejeté cette décision comme « trop modérée » et s’est engagé dans une guerre totale, convaincu de la faiblesse de « l’Occident collectif » et de sa propre puissance.

« Statuts spéciaux » et « garanties juridiques » sont les expressions favorites de Kozak, mais à chaque nouveau cas, son champ d’action s’est rétréci et la volonté politique de Moscou s’est radicalisée sous l’influence du bloc militaire. Kozak a justifié et organisé une « collision juridique » afin de présenter l’annexion comme une réunification par consentement mutuel. La fuite du président Viktor Ianoukovitch de Kyïv sans une destitution préalable votée par la Rada, le Parlement ukrainien, a créé un vide constitutionnel, annulé les pouvoirs de la Rada et permis de présenter (du moins aux Russes) l’Ukraine comme un « État insolvable ». La lettre de Ianoukovitch, qui s’est réfugié en Russie, demandant l’intervention de celle-ci, combinée à l’accord de 1997 autorisant la présence de 25 000 militaires en Crimée, justifiait la présence des « petits hommes verts » qui ont assuré l’occupation sans heurts de la péninsule avec un minimum d’effusion de sang. Kozak a invoqué l’article 1 de la Charte des Nations Unies sur l’autodétermination, en se référant à l’indépendance du Kosovo en 2008 à laquelle la Russie s’était d’ailleurs opposée. L’idée de Kozak reposait sur cette dualité : l’agression, présentée comme la restitution de la Crimée, illégalement cédée à l’Ukraine par Khrouchtchev en 1954, dans la rhétorique du Kremlin, était une « réparation d’une injustice historique ».

L’annexion s’est déroulée presque sans coups de feu, mais elle a tout de même coûté la vie à six Ukrainiens. Elle est devenue un modèle de guerre hybride, combinant des stratégies juridiques, militaires et économiques. Mais Poutine n’a pas réussi à surpasser Hitler lors de l’Anschluss de l’Autriche où il n’y avait pas eu de victimes.

Kozak élabore la façade juridique du ruscisme1

Il ne fait aucun doute que l’annexion de la Crimée s’est déroulée selon la méthode hitlérienne. L’Anschluss de l’Autriche et l’annexion de la Crimée, bien qu’étant des actes de force brute, ont été soigneusement dissimulés sous un acte juridique. D’un point de vue juridique, l’Allemagne et la Russie ont manipulé la règle de conflit de lois relative à l’autodétermination. Ils ont créé un faux « champ d’application » (relations sociales nécessitant une libération) et un « facteur de lien » fabriqué de toutes pièces (la volonté du peuple), en utilisant des référendums sous une pression évidente pour établir un lien de référence avec leur souveraineté. Il ne s’agissait pas d’une application authentique du droit international, mais plutôt d’une exploitation cynique de celui-ci afin de contourner l’interdiction d’acquérir des territoires par la force. Sur le plan rhétorique, ils ont tous deux utilisé les mêmes facteurs de cohésion que sont la parenté ethnique ( « peuple divisé » – Volksdeutsche, « un seul peuple » – « monde russe ») et le ressentiment historique (honte de Versailles, « cadeau » de Khrouchtchev) pour se justifier.

L’invasion était (et est toujours) présentée comme la résolution d’un « conflit » juridique : l’agresseur n’est pas du tout un agresseur, mais un arbitre doté de la juridiction appropriée. En Ukraine, Kozak a maîtrisé l’art de l’aïkido polémique, présentant l’histoire comme un « conflit » éternel et les frontières comme des illusions ethniques. Le Maïdan était présenté comme un « coup d’État fasciste » et le référendum en Crimée comme une expression démocratique de la volonté populaire, ce qui permettait d’entraîner les diplomates occidentaux dans des débats interminables et absurdes. La conception de Kozak sur la Crimée, qui semblait initialement gagnante, comportait une vulnérabilité à long terme propre à des constructions conflictuelles : la résolution 68/262 de l’Assemblée générale des Nations Unies a déclaré l’annexion illégale, et la résistance de l’Ukraine a prouvé les erreurs stratégiques de la Russie. En 2014, l’OTAN a condamné cette annexion, mais s’est abstenue d’agir, tandis que la Chine et l’Inde ont gagné du temps pour la Russie au Conseil de sécurité. La collision de Kozak reposait sur le chaos informationnel, paralysant le discours factuel et créant l’apparence d’un espace juridique pour l’irréversibilité des actions de la Russie.

« Parapluie juridique » pour l’économie de l’expansion russe

Derrière la façade des projets géopolitiques du Kremlin, Kozak jouait le rôle de « parapluie juridique » pour les oligarques qui fournissaient l’infrastructure financière nécessaire à la réalisation de ces projets. L’exemple le plus frappant est celui de Vladimir Evtouchenkov et de l’AFK Sistema. Lorsque, en 2014, une procédure pénale a été engagée contre Evtouchenkov dans l’affaire Bashneft et que ses actifs ont été saisis, c’est Kozak qui s’est activement posé en médiateur et en défenseur : sans faire de déclarations publiques, uniquement par le biais de négociations officielles, il a tenté de maintenir l’équilibre entre les forces de l’ordre et les entreprises affiliées à des projets géopolitiques quasi étatiques. La logique de cette intervention est simple : Evtouchenkov était lié depuis de nombreuses années à l’Ukraine, il a en partie financé les campagnes électorales de Ianoukovitch, il était à ses côtés lors de toutes ses réunions informelles jusqu’aux derniers jours avant la « révolution Orange » de 2004, et ses entreprises étaient des partenaires importants des structures étatiques russes dans de nombreux pays post-soviétiques. Ainsi, le soutien de Kozak à Evtouchenkov, tombé temporairement en disgrâce, est indissociable du soutien aux instruments d’expansion douce du Kremlin, des plateformes économiques aux oligarques « favorables ».

Fausse opposition à l’invasion de l’Ukraine

On dit que la démission de Kozak était prévue depuis le moment où il aurait exprimé son désaccord personnel avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Poutine en 2022. Des campagnes de désinformation ont été lancées, reprises en chœur par les médias russophones et non russophones : Kozak aurait averti Poutine de la résistance farouche des Ukrainiens et de l’introduction par l’Occident de sanctions paralysant l’économie russe, et serait entré en conflit avec les « faucons » du Kremlin. En 2023, Sergueï Kirienko, partisan de la ligne dure, a usurpé l’influence sur les régions limitrophes post-soviétiques (l’Abkhazie, d’où il est originaire, l’Ossétie du Sud, la Transnistrie, la Gagaouzie) et a retiré les budgets à Kozak, le marginalisant encore davantage.

Au début de l’année 2025, Kozak aurait appelé à des négociations de paix et à des réformes internes, notamment à la limitation des activités des forces de sécurité russes et au renforcement de l’indépendance du système judiciaire, des mesures que Poutine a probablement jugées presque hérétiques. Et lorsque Kozak s’est vu proposer le poste de représentant du président dans le district fédéral nord-ouest, il a refusé, présentant sa démission – que Dmitri Peskov a qualifiée de « volontaire ». Cependant, les médias d’opposition continuent de diffuser les fausses informations du Kremlin sur l’élimination des pragmatiques, le renforcement des positions des partisans de la « ligne dure » et l’affaiblissement des espoirs de désescalade.

Nous pensons quant à nous qu’il s’agit d’une opération de couverture et que Kozak est en train de se constituer en tant qu’« agent dormant », au cas où des négociations sur l’Ukraine seraient nécessaires en dehors des exigences actuelles du Kremlin, et qu’il sera personnellement très sollicité.

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Poutine et Kozak à Sotchi, novembre 2013 // kremlin.ru

La route s’est effondrée, les acteurs tombent dans le marécage : un mécanicien sans manifeste

La démission de Kozak est un indicateur de changement de modèle, aussi certain que le départ de la fonction publique d’Alexeï Koudrine, autrefois protecteur de Poutine. La façade juridique criméenne de Kozak, logique dans son exécution (si tant est qu’on puisse admirer le talent d’un bourreau), a finalement été détruite par la désobéissance de l’Ukraine et la condamnation mondiale de la guerre du Kremlin.

Kozak avait sans aucun doute des raisons formelles de refuser dès maintenant de troquer son poste confortable dans l’administration Poutine contre un autre beaucoup moins prestigieux : des rumeurs circulent depuis longtemps sur son cancer qu’il est allé soigner en Israël avec l’autorisation de Poutine.

Kozak ne restera pas sans sinécure, il a d’excellentes relations dans le monde financier et entrepreneurial, notamment avec Herman Gref, AFK Sistema, il est ami de longue date avec Koudrine – on le retrouvera sans doute dans les conseils d’administration des grandes entreprises russes.

La société qu’il intégrera permettra de juger de sa volonté de se distancier de la guerre : s’il entre au conseil d’administration de Rostekh ou d’une autre structure liée à l’industrie militaire, la rumeur de sa dissidence tacite pourra être considérée comme réfutée ; s’il intègre une société d’industrie civile, cela montrera quelle nouvelle tâche le Kremlin lui a réellement confiée. Il est possible qu’il devienne simplement « retraité », mais on ne peut exclure sa participation au règlement du conflit ukrainien – sinon, pourquoi y aurait-il eu des rumeurs sur ses désaccords avec Poutine ?

Mais tout cela ne changera rien au fait que la démission de Kozak symbolise le passage du Kremlin à une autre justification politico-juridique de l’agression sans fin de la Fédération de Russie, bien plus primitive. Kozak a été écarté de l’échiquier du Kremlin, mais il reste un général de la réserve active de Poutine, même si, à Moscou, les arguties juridiques n’intéressent plus grand monde : on peut désormais s’en donner à cœur joie avec les couteaux et les missiles Kalibr.

Traduit du russe par Desk Russie

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Borukh Taskin est un analyste financier indépendant.

Programmeur et juriste, il a travaillé comme consultant et a été conseiller de plusieurs ministres et hauts responsables libéraux russes au niveau fédéral, contraints de quitter la Russie ou emprisonnés sur ordre du régime de Vladimir Poutine en raison de leurs convictions politiques.

Notes

  1. Pour en savoir plus sur ce terme, voir cet article

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