Comment se préparer au pire

La tension monte depuis plusieurs jours en Ukraine. Comment les gens la vivent-ils ? Les réseaux sociaux abondent en réactions et en récits. Nous avons choisi celui d’Elena Finberg, médecin à Kyïv, grand-mère de six enfants, qui avait soigné les blessés pendant l’Euromaïdan de 2013-2014. Ce texte est un bel exemple de la grande résilience du peuple ukrainien.

Quoi de neuf ?

Une demi-journée à répondre oralement et par écrit à des questions que personne ne m’a jamais posées auparavant.

« Va-t-il attaquer ou non ? »
« Que faire ? »
« Faut-il partir, ou pas ? »
« S’il faut partir, où aller ? »
« Que dois-je mettre dans ma “valise d’urgence” ? »

Ce sont des gens qui d’habitude me consultent pour une aide médicale, et qui, probablement par inertie, composent mon numéro.

Je vais essayer de résumer mes réponses.

  1. Il y a longtemps que j’ai cessé de m’inquiéter des choses sur lesquelles je n’ai aucune prise. Je m’inquiète si j’échoue à faire ce qui dépend de moi.
  2. Je n’irai nulle part. Après une semaine d’isolement à cause du Covid, j’ai prévu beaucoup de choses urgentes pour la semaine prochaine. Je regarde les informations disponibles, j’écoute et je lis des experts. Je comprends qu’une invasion directe est peu probable, mais que l’approvisionnement en ressources nécessaires peut être perturbé pendant un certain temps.
  3. Mes respects à Biden ! Si j’étais lui, je ferais la même chose. Si je voyais un fou jouer avec le feu, j’appellerais les pompiers, la police, une ambulance. En espérant que l’équipe psychiatrique arrivera la première. Le départ du personnel de plusieurs ambassades et les mesures d’avertissement des compagnies aériennes sont compréhensibles. L’histoire du vol MH-17 et la question afghane ont appris aux gens de différents pays à prendre des mesures préventives.
  4. À propos de la « valise d’urgence », je recommande :
  5. des réservoirs d’essence pleins dans les voitures ;
  6. tous les téléphones mobiles chargés + des piles ;
  7. une réserve de nourriture pour 3 jours ;
  8. une réserve de médicaments essentiels pour quelques semaines ;
  9. un peu d’argent + ses papiers d’identité ;
  10. une réserve de bougies à la maison, et savoir où se trouve la fontaine d’eau la plus proche.
  11. Penser à ceux qui ne peuvent pas quitter la maison et subvenir à leurs besoins. Prévoir de communiquer, de s’entraider.
  12. Hier, nous avons discuté avec mon fils de l’endroit et de la manière dont nous pourrions nous voir au cas où les liaisons téléphoniques et Internet seraient interrompus.
  13. Les attaques de panique, les psychoses et le Covid ne sont pas nos alliés.
  14. Les concerts, les expositions, les réunions, le jardinage en vue du printemps, l’achat de robes d’été ne sont pas annulés.
  15. Si les choses évoluent, nous prendrons d’autres décisions et agirons en fonction des circonstances. (Comme nous l’avons fait en 2014.)

Merci aux amis de différents pays qui appellent, proposent leur aide, nous invitent chez eux. Plus on s’éloigne de l’épicentre des événements, plus on a peur. On ne peut se fuir soi-même.

(Le texte a été publié sur la page Facebook de l’autrice, le 13 janvier 2022.)

Elena Finberg ne nous a malheureusement pas communiqué d'informations biographiques.

Abonnez-vous pour recevoir notre prochaine édition

Toutes les deux semaines

Voir également

L’angoisse des Européens face à l’Ukraine

Les craintes européennes à l'égard de l'Ukraine ont des raisons économiques et géopolitiques. À cela s'ajoute une vision du pays et de son histoire dominée par le récit russe.

Ne pas céder un pouce du territoire ukrainien !

Deux ans de guerre totale, c’est un sinistre anniversaire pour les Ukrainiens. Certes, ils ont repoussé l’assaut russe...

Les plus lus

Le deuxième front : comment la Russie veut saper le soutien occidental à l’Ukraine

La Russie mène un travail de sape auprès des Ukrainiens eux-mêmes, mais aussi en infiltrant les cercles de décision occidentaux, à Washington et dans les capitales européennes. Empêcher le soutien occidental à une victoire finale de l’Ukraine et décourager les Ukrainiens de se battre jusqu’à la victoire, tels sont les objectifs russes qu’analyse et dénonce notre autrice.

La réouverture du front Hamas-Hezbollah contre Israël : un diabolique jeu de poupées russo-iraniennes

La réouverture d’un front sanglant contre Israël par Hamas et le Hezbollah n’est pas une énième péripétie proche-orientale. La Russie, l’Iran et le régime de Damas sont à l’arrière-plan, avec des objectifs variés mais solidaires les uns des autres.