Garry Kasparov. // Sa page Facebook

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Cessez d'appeler Poutine « président » !
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La guerre de Poutine contre l’Ukraine est entrée dans sa deuxième phase, celle de la destruction et du massacre de civils. Cette guerre est aussi celle de Poutine contre le monde du droit international, de la démocratie, contre toute menace à son pouvoir — une guerre qu’il a déclarée il y a longtemps. Nous publions un « fil » Twitter de Garry Kasparov, l’un des leaders intellectuels de l’opposition russe en exil, fil qu’il a publié le 3 mars 2022.

Le déni de cette guerre par le monde libre et des décennies d’apaisement ont permis à Poutine de menacer et de faire des conquêtes à l’étranger tout en transformant la Russie en un État policier. Le prix à payer pour l’arrêter a augmenté chaque fois qu’il a progressé sans être contesté. Les Ukrainiens paient ce prix dans le sang.

Si Poutine n’est pas arrêté maintenant, si on ne l’empêche pas de détruire l’Ukraine et de commettre un génocide contre le peuple ukrainien, il y aura une prochaine fois et ce sera contre l’OTAN, avec une menace nucléaire sans précédent. Ne laissez pas Poutine provoquer une nouvelle escalade au moment et à l’endroit de son choix.

Tout le monde cite mon livre de 2015 Winter Is Coming pour dire que j’avais raison et qu’il faut « écouter Kasparov ». Mais écouterez-vous toujours quand je dis que cela va demander des sacrifices et des risques ? Il ne s’agit pas seulement du blé et du prix de l’essence, pas seulement des chalets vides et des lobbyistes au chômage. La facilité est terminée.

Ou direz-vous que je suis irrationnel, aveuglé par la haine, comme je l’ai entendu en 2015 ? J’espère que non. Poutine doit être arrêté car l’impensable est désormais possible. Le monde s’est réveillé, enfin, et de nombreuses mesures que j’ai recommandées la semaine dernière sont prises. Ce n’est pas suffisant.

Je ne peux pas exiger que l’OTAN attaque directement les forces russes, mais je peux parler en m’appuyant sur l’histoire et ma connaissance de Poutine. On ne peut empêcher un dictateur qui a déjà franchi toutes les limites de s’engager dans une escalade avec retenue. S’il détruit l’Ukraine, il ne s’arrêtera pas.

Nous n’essayons pas d’en appeler au meurtrier dans son bunker de l’Oural. Ce message s’adresse à ceux qui exécutent ses ordres. Le feront-ils ? Souhaitent-ils tous mourir ? Poutine va de toute façon poursuivre son escalade si on ne l’arrête pas maintenant. Il le fera, comme il l’a toujours fait auparavant, et le prix à payer sera plus élevé.

Il faut renvoyer la Russie à l’âge de pierre technologique. Pas de soutien, pas de pièces détachées, pas de services. Les boycotts pétroliers ne sont pas nécessaires si la technologie pétrolière n’est pas disponible. L’industrie s’arrêtera. Cela signifie qu’en temps de guerre on doit sacrifier, réorganiser et augmenter la production en Occident pour parer à tout commerce avec la Russie. C’est la guerre.

Il est toujours tragique que les Russes ordinaires souffrent, mais ils ne sont pas bombardés dans leurs maisons comme les Ukrainiens. Chaque composante de la société russe qui peut faire pression sur Poutine doit savoir qu’elle doit choisir entre lui et tout le reste. Certains s’accrocheront à lui, mais pour combien de temps ?

Faites comprendre clairement aux généraux russes qu’ils seront anéantis s’ils touchent à un pouce du territoire de l’OTAN. Envoyez à l’Ukraine toutes les armes, y compris les jets russes qui ont été bloqués sur le sol européen. Cessez de deviner les réactions de Poutine et faites ce qu’il faut.

Chaque jour que l’Ukraine endure donne l’occasion de communiquer sur cette catastrophe aux seules personnes qui peuvent vraiment arrêter Poutine, le peuple russe, des oligarques aux commandants et aux opposants. Que tous ceux qui font partie de la « verticale du pouvoir » sachent qu’ils seront traités comme des criminels de guerre. Parce que c’est ce qu’ils sont.

Ne laissez rien en réserve. La rapidité est essentielle pour arrêter les transferts d’argent et les intercepter, ainsi que les actifs des oligarques, avant qu’ils ne les cachent. Les menaces de sanctions ne fonctionnent pas si Poutine ne vous croit pas. Montrez-lui. Et montrez aux Russes qu’il n’y a pas de retour possible avec Poutine.

Débusquez les politiciens corrompus, les hommes d’affaires et l’argent noir qui a corrompu une génération pour qu’elle ferme les yeux ou serve des régimes autoritaires. Suivez les dons, les paiements, les cadeaux, l’influence. Demandez-leur des comptes.

Je m’adresse à tous les responsables et à tous les médias occidentaux : CESSEZ D’APPELER POUTINE « PRÉSIDENT » ! C’est un dictateur. Les mots ont du pouvoir. Il ne mérite pas un titre démocratique. C’est le « dictateur russe Vladimir Poutine ».

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