La tombe de Maria Primatchenko dans le cimetière de son village. La mosaïque reproduit l’une de ses oeuvres. Photo : Galia Ackerman

La tombe de Maria Primatchenko dans le cimetière de son village. La mosaïque reproduit l’une de ses oeuvres. Photo : Galia Ackerman

Sauver le patrimoine ukrainien !
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Maria Primatchenko (1908-1997) était une célèbre artiste peintre naïve ukrainienne. Il y a quelques jours, 25 précieuses œuvres de l’artiste ont brûlé, en même temps que le musée d’Ivankiv, une petite ville de 10 000 âmes qui se trouve sur la route menant de Tchernobyl à Kyïv.

Simple kolkhozienne autodidacte, Primatchenko avait un talent immense, comme le Français Douanier Rousseau ou le Géorgien Niko Pirosmani. Des motifs colorés, des animaux et des monstres, un monde fantastique tantôt joyeux, tantôt menaçant. Elle a vécu sa vie durant dans le village de Bolotnia, non loin de la région de Tchernobyl. Elle était handicapée, souffrant de poliomyélite, ce qui lui avait permis de développer son don artistique, au lieu d’être embrigadée dans des travaux des champs. En 2006, lorsque j’ai été commissaire de l’exposition « Il était une fois Tchernobyl », au CCCB (Centre de culture contemporaine de Barcelone), j’ai pu exposer une douzaine de ses œuvres consacrées à la catastrophe. L’année précédente, j’avais visité, en compagnie de Lina Kostenko, Maria, la plus grande poétesse ukrainienne vivante, au village où vivait également son fils Fedir, devenu peintre naïf lui aussi.

Lina Kostenko avec Fiodor Primatchenko, 2005

Lina Kostenko avec Fiodor Primatchenko, 2005

Ce petit village respirait la paix. La paix régnait également au cimetière où nous nous sommes rendus pour voir le tombeau de Maria. Nul ne pouvait savoir que certaines de ses œuvres étaient prémonitoires, qu’elles annonçaient non seulement Tchernobyl, mais le cataclysme que vit l’Ukraine en ce moment. Il y a quelques jours, 25 précieuses œuvres de l’artiste ont brûlé en même temps que le musée d’Ivankiv, une petite ville de 10 000 âmes qui se trouve sur la route menant de Tchernobyl à Kyïv. Une route empruntée par les chars russes fonçant sur la capitale ukrainienne depuis le Bélarus.

Ce bombardement criminel pose le problème plus général de la préservation de l’art et, plus largement encore, de la culture ukrainienne. Poutine veut détruire non seulement le pays, mais également l’identité ukrainienne, sous prétexte de « dénazification ». C’est en cela que l’Europe peut et doit aider le peuple ukrainien. Subventionner des traductions littéraires, organiser des concerts et des expositions, stocker dans nos musées les œuvres menacées de destruction, enseigner la langue ukrainienne dans des écoles et des universités, héberger des créateurs. C’est aux Ukrainiens de l’Ukraine et de la diaspora, à nous tous, qu’incombe l’énorme tâche de sauver le patrimoine national de ce pays menacé par des hordes barbares.

J’ai une boule dans le ventre en pensant à Lina Kostenko, qui a tant contribué à la conservation de l’art et de l’artisanat de la Polésie, cette région frappée par la catastrophe de Tchernobyl, dont les populations rurales, porteuses de la mémoire et des traditions nationales, ont été évacuées et déracinées. Elle considérait qu’elle participait au sauvetage de « l’Atlantide ukrainienne »1. Aujourd’hui, Lina Kostenko, 92 ans, vit enfermée dans son appartement, en plein centre de Kyïv. Elle dit qu’elle n’ira nulle part…

  1. Voir mon livre Traverser Tchernobyl, Premier Parallèle, nouvelle édition augmentée, 2022. 


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