L’artiste ukrainienne Anastasia Ivanova devant son oeuvre: un abri pour enfants à Marioupol

L’artiste ukrainienne Anastasia Ivanova devant son oeuvre: un abri pour enfants à Marioupol

À Paris, des artistes pour l’Ukraine
4 min de lecture

Rubrique

L’Europe se mobilise pour l’Ukraine de multiples manières, et les artistes ne sont pas en reste. Dimanche dernier, un événement spécial, Art for Ukraine, s’est tenu à Paris. L’objectif : réunir des artistes de plusieurs pays prêts à céder le produit de la vente de leurs œuvres à l’aide humanitaire pour la population ukrainienne.

En ce dimanche estival, de jeunes artistes venus d’Ukraine et d’ailleurs, ainsi que des invités et de simples passants, se sont rencontrés à la galerie d’art Étienne de Causans, du VIe arrondissement de Paris, non loin du pont des Arts. Les artistes avaient apporté leurs œuvres pour une exposition éphémère, destinée à devenir une galerie virtuelle. Ils souhaitent que la vente de leurs œuvres vienne en aide aux habitants de l’Ukraine.

« Attention, la peinture est encore fraîche », m’avertit une jeune Ukrainienne alors que je me tiens trop près d’un tableau lumineux et coloré représentant de petits enfants dormant en rangées sur des matelas à même le sol.

« C’est ainsi que j’imaginais les enfants dans un refuge souterrain à Marioupol », raconte l’artiste ukrainienne Anastasia Ivanova. Russophones, nous avons toutes les deux choisi de parler anglais sur ce sujet douloureux. « Ce sont des enfants vivants. Je les vois comme un espoir pour l’avenir de notre pays », explique-t-elle.

Anastasia est arrivée de Suisse où elle a trouvé refuge avec sa mère. Au cours de la soirée, son tableau a été vendu, ainsi que quelques autres œuvres.

À côté d’elles, un autre peintre présente ses œuvres. Andreï Bicer, un jeune Ukrainien installé à Paris depuis 2010, a mis en avant « La fête ukrainienne », un tableau plein de joie et de vie qu’il a dessiné bien avant la guerre, en 2009.

« J’aime l’Ukraine de tout mon cœur. J’ai des proches et des amis restés en Ukraine, certains se battent maintenant dans l’armée ukrainienne. Je ne sais pas précisément où ils sont, peut-être à Kyïv, peut-être à Louhansk. On se donne des nouvelles très brièvement par SMS, juste pour que je puisse savoir s’ils vont bien. Depuis que la guerre a commencé, j’essaie d’aider comme je peux », raconte Andreï.

Jesus Dupaux, artiste et comédien argentin vivant à Paris, a apporté à la galerie ses collages spéciaux qu’il a créés sur la guerre en Ukraine. « J’ai eu tellement envie de m’unir à nos frères ukrainiens. Il faut les aider avec les moyens qu’on a, et dans mon cas, c’est mon art, c’est ma manière de m’exprimer, avec mon cœur, j’ai donné ces œuvres pour que quelqu’un puisse les acheter, et que l’argent puisse aller aux hôpitaux en Ukraine », dit-il.

Paul Wiffen, réalisateur et musicien britannique, en route pour le Festival de Cannes, a fait étape à Paris spécialement pour jouer sa musique devant les invités de l’exposition. Il leur fait découvrir la bande-son du film qu’il va bientôt tourner, Le Dernier Train de Kyïv. Le début de tournage a été retardé à cause de la guerre.

« Ce sera une sorte de Liste de Schindler ukrainienne, raconte le réalisateur britannique. L’an dernier, je m’étais rendu en Ukraine avec mon scénario. Ce film parlera des partisans ukrainiens ayant sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Quand l’opération Barbarossa a rendu impossible l’exfiltration des Juifs, ces partisans ont volé un train et se sont dirigés vers l’est, avec des Juifs à bord. Ils ont fini par arriver en Chine, et depuis la Chine, ils ont réussi à évacuer ces gens vers l’Amérique. »

Avant la guerre, Paul Wiffen a passé trois mois à Odessa. Il a absolument voulu recruter des Ukrainiens pour travailler sur son film, et le directeur de la photographie qu’il a choisi était un Russe marié à une Ukrainienne, vivant avec son épouse et leurs deux enfants à Odessa. « Désormais, il a quitté l’Ukraine car ses proches sont en Hongrie. C’est lui qui a tout organisé pour qu’on puisse commencer le tournage en Hongrie », raconte le cinéaste britannique. « Les groupes de partisans ukrainiens comptaient aussi des femmes. Nous disposons de nombreuses photos montrant de jolies jeunes filles tenant des fusils. Elles se sont battues contre les nazis. Et à présent, on voit à la télévision des Ukrainiennes qui se battent. Les Ukrainiens ont connu cette égalité hommes-femmes parmi les partisans, à une époque où les Américains considéraient que les femmes n’étaient pas capables de combattre… »

Ne disposant plus du soutien financier du gouvernement ukrainien pour son film, en raison de la guerre, Paul Wiffen ne se décourage pas : « Évidemment, les Ukrainiens ont à présent bien d’autres priorités que de dépenser l’argent pour un film. » Il compte sur le soutien de Daniel Muszkat, un homme d’affaires israélien, qui vit à Kyïv depuis trois ans et a quitté l’Ukraine pour Paris à la veille de la guerre.

« J’ai reçu une lettre du maire de Kharkiv détaillant les besoins des habitants de la ville. J’ai donc décidé d’organiser cette exposition, de faire venir des artistes prêts à donner leurs œuvres. L’argent de cette vente permettra d’acheter des équipements humanitaires et de les envoyer aux hôpitaux à Kharkiv. J’espère pouvoir organiser d’autres événements, et récolter de l’argent via notre site internet, actuellement en construction, pour aider d’autres localités gravement touchées, comme Boutcha, Irpin, et, par la suite, si cela est possible, Marioupol », explique Daniel Muszkat. Dès son arrivée à Paris, il a créé une association française, « We Stand For U », qui sera chargée de réaliser ce projet à la fois artistique et humanitaire.

Partager cet article

LinkedIn Reddit

À lire également