Concert à l’occasion de l’annexion, le 30 septembre dernier // kremlin.ru, capture d’écran

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La matrice autocratique en Russie : une fatale attraction
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Rubrique

Depuis quelques semaines, le régime poutinien semble tituber vers sa fin. Le monde étonné se demande comment le peuple russe a toléré si longtemps un chef qui manifestement le mène à sa perte, qui détruit systématiquement ce qui faisait sa fierté il y a un an encore : l’armée russe, l’empire européen de Gazprom.

Cette énigme débouche sur un autre mystère, non moins souvent évoqué aujourd’hui : comment Poutine, ce jeune homme obséquieux qui s’honorait de porter la serviette de ses chefs, et dont l’unique objectif semblait l’enrichissement, comment ce sybarite falot répugnant à l’effort s’est-il transformé en dictateur omnipotent faisant la pluie et le beau temps en Russie ?

De nombreux témoignages attestent en effet que le jeune Poutine était avant tout un exécutant zélé, choisi par l’entourage de Boris Eltsine précisément pour cette qualité. Tel est notamment le portrait que fait de lui le banquier Pougatchev qui était proche de lui durant la période eltsinienne et au début des années 2000. « C’était un être vide comme un bocal de cornichons », constate le journaliste Dmitri Goubine qui l’a fréquenté en 2000 au moment de sa campagne électorale. L’humoriste Chenderovitch qui l’a rencontré au début des années 2000 se rappelle : « Poutine était une nonentité. C’était un jeune cynique, un peu truand sur les bords, aux yeux malins et rusés. On devinait déjà en lui une susceptibilité maladive. Il était totalement dépourvu d’idéologie. […] Mais la nature a horreur du vide. Petit à petit la logique du pouvoir autocratique a fait de lui un grand criminel »1. L’histoire semble se répéter : Brejnev a connu une ascension semblable pour les mêmes raisons : c’était le type même de l’apparatchik empressé semblant incapable de menacer personne. Et pourtant cet intérimaire régna de longues années, neutralisant et mettant à l’écart des rivaux redoutables, les « hommes forts » du KGB, tels Chelepine et Semitchastny, qui semblaient mieux placés que lui pour l’emporter.

Les événements actuels sont l’aboutissement logique d’un processus enclenché dès septembre 1999, après les quatre attentats à l’explosif dans des immeubles de plusieurs villes russes qui font au moins 290 morts et un millier de blessés, et qui serviront de prétexte à la deuxième guerre contre la Tchétchénie. À partir de cette date, qui est aussi celle de l’accession réelle de Poutine au pouvoir, la Russie s’engage dans un processus continu d’involution dont le point culminant est visible aujourd’hui. La guerre contre la Tchétchénie, menée sous l’étendard de la « guerre contre le terrorisme », incite les Russes à abandonner sans combattre les libertés acquises sous Gorbatchev et Eltsine. Le Kremlin prend le contrôle des flux financiers, des médias et des partis. Les institutions qui avaient commencé à se mettre en place cahin-caha sous Boris Eltsine sont vidées de leur contenu : la Douma devient une chambre d’enregistrement, les partis sont des effigies manipulées par le Kremlin, le fédéralisme disparaît au profit d’une centralisation croissante, la justice est plus que jamais à la botte du pouvoir.

Les transformations réalisées par le régime poutinien sont un remake soft de la politique des bolcheviks lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir. Lénine a créé une machine de guerre contre l’État d’ancien régime. Or le système qu’il mit en place est conçu pour empêcher la résurgence d’un nouvel État quel qu’il fût. Car il fit en sorte qu’aucune institution ne puisse être installée. Une institution politique présuppose en effet la délimitation des pouvoirs et la définition des compétences. Ceci était incompatible avec la « dictature du prolétariat » voulue par Lénine. La désinstitutionalisation du pouvoir est inscrite dans L’État et la Révolution, son ouvrage programmatique. On y lit : « L’idée de Marx est que la classe ouvrière doit briser, démolir la “machine de l’État toute prête”, et ne pas se borner à en prendre possession. » À partir de novembre 1917 le noyau du pouvoir bolchevik est le Sovnarkom dirigé par Lénine, qui cumule pouvoir législatif et exécutif. Dès les premiers jours Lénine détruit l’idée même de représentation : en 1917-8 les bolcheviks liquident les anciens partis politiques, cadets, mencheviks, SR ; ils suppriment la liberté de la presse. Le 6 janvier 1918 ils dissolvent l’Assemblée constituante qui vient d’être élue et où ils sont en minorité. Ils ont donc méthodiquement démantelé l’État russe qu’ils ont remplacé par une « verticale du pouvoir », le parti bolchevik. Poutine a fait de même, sans éprouver de difficultés, justement parce que l’État post-communiste n’avait pas eu le temps de s’enraciner et que le pli ancien n’était pas effacé. Sous Lénine/Staline comme sous Poutine, le pouvoir est concentré dans un groupe informel non élu mais coopté. Poutine, comme Lénine et Staline, est un chef de bande qui ne se sent à l’aise que dans une organisation sociale pré-étatique. Le chef de bande crée des organismes ad hoc auxquels il confie des tâches à accomplir selon les besoins du moment.

Or il existe une relation symbiotique entre désinstitutionalisation et radicalisation. En effet, l’autorité charismatique sur laquelle repose nécessairement un régime désinstitutionalisé est intrinsèquement instable et nécessite constamment de nouveaux succès pour se maintenir. Se sentant illégitimes, donc constamment menacés, soit par les grands du régime, soit par les masses volatiles, les dictateurs modernes pratiquent la fuite en avant pour conforter leur pouvoir: Hitler et Poutine de préférence en politique étrangère, Staline et Mao en politique intérieure. En annulant ses précédents mandats en 2020, Poutine se dépouille de tout semblant de légitimité et fait le choix de la montée aux extrêmes dans sa politique étrangère.

Concert à l’occasion de l'annexion, le 30 septembre dernier

Concert à l’occasion de l’annexion, le 30 septembre dernier // kremlin.ru, capture d’écran

Ici nous arrivons au cœur du paradoxe évoqué plus haut. Poutine, qui se croit probablement sincèrement conservateur, est happé depuis le début de son règne dans un engrenage de radicalisation révolutionnaire, parce qu’il est le produit à la fois de la révolution et de l’autocratie qui l’a engendrée. Les diatribes anticolonialistes qu’il multiplie ces derniers temps révèlent le substrat révolutionnaire de l’idéologie polymorphe du poutinisme. On pense à cette réflexion pénétrante du penseur russe D. Merejkovski (1906) : « Dans l’autocratie russe qui semblait jusque-là une force uniquement réactionnaire, un frein, se cache une immense force destructrice. La révolution n’est que l’envers de l’autocratie ; l’autocratie n’est que l’envers de la révolution. L’anarchie et la monarchie sont deux états différents de la même matière première : la violence comme principe du pouvoir — la violence de l’un exercée contre tous, la monarchie, ou la violence de tous contre l’un, l’anarchie »2. La révolution russe s’est coulée dans le moule de l’autocratie léninienne puis stalinienne. Les années turbulentes qui ont suivi l’effondrement de l’URSS ont connu la même trajectoire : sous Poutine le régime pseudo démocratique est revenu à la matrice autocratique du pouvoir russe, tout cela sous le slogan de la « stabilité ».

Or la menace d’une guerre, ou une guerre limitée, constituent le meilleur moyen d’approcher du pouvoir illimité dans lequel les autocrates illégitimes croient trouver leur sécurité. Les bolcheviks ont placé la guerre et le mythe de la forteresse assiégée au cœur de leur système dès le début. Ils ont compris qu’ils pouvaient en faire le moteur de leur dictature. « Toute grande révolution, et surtout toute révolution socialiste, est impensable sans guerre intérieure, c’est-à-dire sans guerre civile », écrit Lénine en août 1918. Il explique dans une lettre adressée à Piatakov : « La guerre civile est aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger la violence en lieu et place du droit »3. Les conséquences ne lui font pas peur : « Est-il concevable qu’une guerre durant des années ne s’accompagne pas d’en ensauvagement des troupes et des masses populaires ? Bien sûr que non. Il est inévitable que toute une génération s’en ressente »4. Le 9 juin 1918 est décidée l’introduction du service militaire obligatoire. « Pour vaincre nos ennemis, nous avons besoin de notre propre militarisme socialiste »5, écrit Zinoviev en septembre 1918. L’armée va permettre d’absorber le prolétariat après la fermeture d’une grande partie des usines ruinées par la politique bolchevique et surtout d’enrégimenter la population : « La masse laborieuse ne peut pas être la Russie errante. Il faut qu’on puisse l’expédier, la détacher, la diriger comme des soldats », déclarait Trotski au IXe Congrès du parti (mars avril 1920)6. Pour Lénine qui admire le « socialisme de guerre » allemand (le contrôle par l’État de la production et de la distribution), la mobilisation totale requise par la guerre moderne est une forme d’organisation économique qui approche de l’essence du socialisme. C’est au cours de la guerre civile que les bolcheviks, prenant le contrôle des soviets et des syndicats, asservissant la main d’œuvre, mettent en place la hiérarchie verticale qui va devenir la nomenklatura.

Après s’être hissé à la tête du parti après la mort de Lénine, Staline va entreprendre de bétonner sa dictature par les mêmes moyens. La rupture des relations diplomatiques avec l’Angleterre à l’été 1927 fournit à la propagande officielle le prétexte pour porter à son paroxysme la psychose de guerre. « L’Union soviétique est menacée d’une agression armée et dans ces conditions il faut que notre Parti forme un bloc solide et que la masse qui l’entoure serre aussi les rangs », déclare Kroupskaïa, la veuve de Lénine, le 2 août 1927. Ce chantage à l’unité du parti face à la menace d’une guerre permet à Staline de mettre fin à la NEP et d’organiser la collectivisation. La gravité de la crise qu’il provoque, loin de diminuer son pouvoir, renforce sa position. Elle lui donne un moyen de pression contre les opposants éventuels : qui sinon un traître irait provoquer une scission quand le pays est au bord de l’abîme ? Le cas de Boukharine illustre le succès de cette tactique. En août 1928 Boukharine écrit à Staline : « Je t’ai déjà dit que je ne me battrai pas et que je ne veux pas me battre. Je ne sais que trop bien ce que peut coûter une bagarre, surtout dans la situation grave dans laquelle se trouvent le pays et le Parti ». Dans son adresse au Politburo du 30 janvier 1929, Boukharine ne mâche pas ses mots pour critiquer la politique paysanne de Staline, mais il conclut en ces termes : « Les difficultés auxquelles le pays doit faire face sont si immenses que perdre ses forces et son temps à la lutte au sommet serait véritablement criminel »7.

Mao disait : « Le désordre total amène la stabilité totale », ou encore « Le chaos est contre l’ennemi, il sert à tremper les masses »8. Il y a quelque chose de cette logique chez Poutine lorsqu’il lance la guerre contre la Géorgie, procède à l’annexion de la Crimée, défie l’Occident, s’engage en Syrie puis déclenche « l’opération militaire spéciale » contre l’Ukraine le 24 février 2022, tout en travaillant à ruiner l’économie des pays occidentaux. En novembre 2021, Vladislav Sourkov, l’un des idéologues du poutinisme, conseillait « l’exportation du chaos » pour stabiliser la situation intérieure en Russie. Car, selon lui, « l’expansion extérieure permet de remédier aux tensions intérieures ». Poutine ne craint pas les sanctions occidentales, d’abord parce qu’il en sous-estime l’impact, mais plus profondément parce qu’il pense que la rupture avec l’Occident et la crise renforceront son pouvoir. Depuis 2012 il travaille à ruiner la classe moyenne russe que l’aisance rend frondeuse. Là encore Mao explique mieux que tout autre l’intérêt qu’a le despote à régner sur une population famélique : « Les 600 millions d’habitants de la Chine ont deux particularités remarquables ; premièrement ils sont pauvres, et, deuxièmement ils forment une page blanche. Les gens pauvres veulent le changement,… ils veulent la révolution. Une page blanche n’a aucune tache, on peut y peindre les images les plus nouvelles et les plus belles »9. Une réalité alternative est plus facile à plaquer sur une population misérable obsédée de survie que sur un peuple de citoyens prospères capables de demander des comptes au pouvoir.

Mais la dictature moderne porte en elle les mécanismes qui la mènent à sa perte. La description donnée par Ian Kershaw de la structure du gouvernement de l’Allemagne nazie s’applique point par point à celle de l’URSS de la fin du règne de Staline et celle de la Russie à la fin du règne de Poutine : « un agrégat désordonné et constamment mouvant de centres de pouvoir et de factions rivales [qui] renferme les germes de sa propre destruction »10. La terreur et la servilité des grands aggravent le phénomène de « radicalisation cumulative » entraîné par la surenchère des instances bureaucratiques rivales qui cherchent à se propulser sur les « buts négatifs » chers au dictateur, note Kershaw à propos de l’hitlérisme. Chaque apparatchik veut se faire bien voir en haut lieu en en rajoutant sur les instructions venues de la hiérarchie et en les poussant à l’absurde. On l’a vu récemment à l’exemple de la mobilisation en Russie. Ce mécanisme a fort bien été décrit par un dissident chinois : « La volonté des couches supérieures est amplifiée à mesure qu’on descend dans les échelons et, en sens inverse, la voix des couches inférieures est un peu plus étouffée à chaque degré vers le haut. Ainsi les fautes de la hiérarchie étaient amplifiées, augmentant la portée des mauvaises politiques, et la situation réelle des couches inférieures était occultée d’une strate à l’autre, rendant la catastrophe inévitable »11. Dans ce contexte un tyran peut aller très loin dans l’autodestruction du régime sans que les élites sur lesquelles il règne, constituées d’exécutants dociles, ne songent à se révolter et à prendre les choses en main pour éviter le naufrage. On l’a vu avec Gorbatchev honni par le parti mais jamais lâché par lui ; on le voit aujourd’hui avec Poutine, considéré par ses proches comme un malade mental mais toujours aux commandes. « Il inspire une peur à faire dans la culotte, mais on a perdu tout respect pour lui depuis deux ou trois ans », confie un proche du gouvernement à un journaliste de Meduza.

Le despotisme moderne se caractérise par la volonté de créer l’irréversible, de manière à ce qu’il ne reste que la fuite en avant. L’exécution de Louis XVI est suivie de la formation de la Première Coalition des puissances européennes contre la France révolutionnaire ; du coup la Convention décrète une levée de 300 000 hommes (24 février 1793). La collectivisation lancée par Staline a été justifiée par le bolchevik Bauman par la nécessité de « faire sauter les ponts du retour en arrière » en extirpant définitivement le capitalisme dans les campagnes. Goebbels perçoit la solution finale dans la même optique. Il note dans son Journal le 2 mars 1943 : « Nous nous sommes tellement engagés, surtout dans la question juive, qu’il n’est plus possible de reculer désormais. Et cela vaut mieux ainsi. Un mouvement et un peuple qui ont coupé les ponts derrière eux combattent plus résolument que ceux qui ont encore une possibilité de retraite »12 ; et le 14 novembre 1943: « Nous avons coupé les ponts… Nous entrerons dans l’histoire comme les plus grands hommes d’État ou comme les plus grands criminels de tous les temps. »

Les décisions annoncées par Poutine le 21 septembre 2022 ont été accueillies par nombre de commentateurs dans des termes étonnamment similaires. Le 25 septembre 2022, Igor Guirkine, officier du FSB, ancien « ministre de la Défense » de la « république populaire du Donetsk », en 2014 la cheville ouvrière de l’annexion de la Crimée et l’artisan du projet de « Novorossiïa », présente ainsi sur son blog la décision d’organiser des référendums dans les régions de Lougansk, Donetsk, Zaporojie et Kherson sur l’incorporation de ces territoires dans la fédération de Russie. « Cet acte nous fait franchir le Rubicon. Après cela il nous sera impossible de revenir en arrière. […] » Guirkine constate avec soulagement qu’enfin la Russie a proclamé une idéologie claire. Du coup, se félicite-t-il, elle a perdu la marge de manœuvre qu’elle avait tant qu’elle restait dans le vague quant à ses objectifs. « Le 27 septembre ces territoires seront incorporés dans la Grande Russie. Et le Kremlin sera le dos au mur. […] La Russie sera forcée de défendre ces territoires quoi qu’il en coûte car les perdre serait subir une défaite qu’il sera impossible de camoufler […] » Et de suggérer la suite : après le 27 septembre la Russie doit présenter un ultimatum à Kiev : ou bien Kiev évacue son armée de ces territoires ou bien la Russie lui déclare la guerre sous le prétexte que les troupes ukrainiennes occupent des terres russes. Quoi qu’il en soit, la mobilisation est maintenant irréversible : « Nous entrons maintenant dans une nouvelle réalité : ou bien l’Ukraine capitule, ce qu’elle ne fera pas, ou bien la Russie entrera en guerre contre elle pour libérer de nouveaux territoires. Aucun accord diplomatique n’est possible. »

Ce thème est repris par les propagandistes de la télévision russe : « Ou nous vaincrons ou c’est la guerre nucléaire », clame l’infatigable Margarita Simonian. « Le 24 février la Russie a franchi le Rubicon. En déclarant la mobilisation et l’incorporation des territoires nous avons brûlé les ponts. Nous ne pouvons plus reculer […] Ou nous serons vainqueurs, ou nous disparaîtrons ». On pense à une note de Goebbels dans son Journal (1943): « Nous avons tant de choses sur la conscience que nous devons vaincre, sinon tout notre peuple sera effacé »13.

Ainsi celui qui était longtemps salué en Occident comme un « pragmatique » avec lequel on peut faire affaire en arrive-t-il à terroriser le monde par la perspective d’une apocalypse nucléaire, rendue crédible par sa propension à l’escalade manifestée depuis des années. Les événements des derniers mois nous font en même temps découvrir une Russie que nous pensions disparue, et qui ressurgit subitement comme un texte ancien sur un palimpseste : la Russie despotique, expansionniste, mais aussi la Russie du chaos et des villages Potemkine, des imposteurs et des faux-semblants, des fonctionnaires corrompus et du mensonge omniprésent, la Russie misérable et la Russie gaspilleuse de vies humaines, la Russie tétanisée par un tyran. L’expérience des vingt dernières années nous appelle à penser l’après-Poutine sans tarder. Elle nous fait toucher du doigt l’extraordinaire résilience de la matrice autocratique russe, avec tout ce qu’elle implique, l’obsession de la puissance conçue comme l’expansion territoriale, le messianisme, le culte de la force, le mépris du droit, la mentalité obsidionale. Poutine était en 1999 un « artefact », selon l’expression du politologue Gleb Pavlovski, un pur produit médiatique fabriqué de toutes pièces. Le tropisme autocratique russe, renforcé par ses prédispositions à la délinquance, en a fait un dangereux tyran. La disparition de Poutine ne résoudra aucun des maux affrontés par la Russie ou causés par elle. Elle peut déclencher un nouveau cycle, un temps des troubles suivi par le retour d’un despotisme menaçant l’Europe. La guérison ne commencera que quand la Russie se donnera et appliquera une constitution qui impose la séparation des pouvoirs, un fédéralisme réel, la décentralisation, la garantie des libertés fondamentales, une constitution qui la mettra à l’abri d’une récidive autocratique en la transformant en république parlementaire. Ce sera aux Occidentaux d’encourager cette évolution et de demeurer vigilants. Il ne faudrait pas qu’une fois encore la peur du chaos en Russie nous incite à fermer les yeux sur la résurgence d’un régime autocratique centralisé qui ferait verser la Russie dans ses vieilles ornières.

  1. Interview sur Belsat, 7/10/22 

  2. Cité in : Iou. Pivovarov, « Rousskaïa vlast i publitchnaïa politika », Polis, n°2, 2006, p. 19 

  3. Cité in : Stéphane Courtois, Communisme et totalitarisme, Tempus 2009, p. 31 

  4. Cité in : E. Rozine, Leninskaïa mifologiïa gossoudarstva, Moscou, Iourist, 1994, p. 64-5 

  5. Cité in : Jörg Baberowski, Verbrannte Erde, Fischer 2014, p. 63 

  6. Cité in : D. Volkogonov, Stalin, Novosti, Moscou, 1996, vol. 1, p. 162 

  7. A.V. Kvachonkine et alii (éd), Sovetskoïe Roukovodstvo Perepiska 1928-1941, Moscou,1941 p. 40. Ce livre est consultable sur Internet 

  8. Deng Rong, Deng Hsiao Ping and the cultural revolution, Foreign Languages Press, Beijing, 2012, pp. 17 et 54 

  9. Cité in : R. Macfarqhar, M. Schoenhals, La dernière révolution de Mao, Gallimard 2009, p. 21 

  10. Ian Kershaw, Qu’est-ce que le nazisme ? Gallimard, 1997, p. 136 

  11. Yang Jisheng, Stèles, Seuil, 2012, p. 29 

  12. J. Goebbels, Journal, 1943-1945, Tallandier, 2005, p. 78-9 

  13. J. Goebbels, Journal, op.cit., p. 310. Note du 16 juin 1941 

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