André Glucksmann à l’exposition de Reporters sans frontières, Paris, 2010 // Photo de Vladimir Bazan

André Glucksmann à l’exposition de Reporters sans frontières, Paris, 2010 // Photo de Vladimir Bazan

Relire André Glucksmann sur Poutine
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Par Desk Russie et † André Glucksmann

Il y a bientôt sept ans, le 10 novembre 2015, le philosophe André Glucksmann nous quittait. Clairvoyant sur Poutine et la guerre comme matrice de son régime, limpide sur les errements et fourvoiements de nos dirigeants successifs qui pensaient traiter astucieusement avec le Kremlin mais se sont aveuglés, André Glucksmann avait déjà tout dit de longue date. Il avait tiré très tôt la sonnette d’alarme sur le nihilisme et l’impérialisme guerrier régnant à Moscou. Le relire aujourd’hui, c’est faire le constat de cette extrême lucidité. Pour rendre hommage à ce grand penseur, défenseur infatigable des principes humanistes, et parce que ses écrits nous aident encore aujourd’hui à penser les événements, Desk Russie publie un extrait du livre qu’il avait publié en 2011, La République, la Pantoufle et les Petits Lapins (éditions Desclée de Brouwer).

Quand le mirage russe tourne vision du monde

Mon rêve serait que les braves gens, les faux naïfs, les gros malins qui se croient plus malins que la réalité, bref, que les Occidentaux dans leur ensemble cessent de rêver russe. Qu’ils se frottent les yeux et renoncent à imaginer la Russie telle qu’ils la voudraient au gré de leurs utopies et de leurs calculs. Qu’ils consentent plutôt à la dévisager telle qu’elle est, fondamentalement incertaine, et par instants suprêmement inquiétante. Libéraux ou altermondialistes, atlantistes ou américanophobes, la plupart des militants, des commentateurs et des politiques professionnels rêvent debout devant Poutine. George W. Bush s’est éperdu et perdu dans ses prunelles, il n’y a vu que du bleu. Berlusconi l’absout des massacres, des tortures, des villes rasées de Tchétchénie — simples « légendes », jure-t-il. Chirac coopte l’homme du KGB dans son « camp de la paix » — Paris-Berlin-Moscou —, déroule le tapis rouge aux pieds de l’assassin, claironnant que Moscou cavale en « première ligne des démocraties ».

Les charmes personnels du numéro 1 de Moscou n’y sont pour rien et comptent pour du beurre. Depuis trois siècles, l’élite occidentale s’intoxique et se came au mirage russe. Captive de son propre conte de fées, elle progresse de déconvenues en déconvenues. À peine Pierre le Grand eut-il complimenté Leibniz, puis l’eut convié dans ses palais, que l’Académie française se mit à tresser des couronnes au « tsar modernisateur ». Les salons parisiens renchérirent, Voltaire en tête, lequel, sans grande gêne rétrospective, encensa le tsar parricide qui torturait à mort son héritier chéri. Seul, Diderot prit la peine et le temps d’une visite sur les terres de la « Sémiramis du Nord » et conclut que l’empire de la Grande Catherine avait pourri, par le knout et l’esclavage, avant que d’être mûr. Au siècle suivant, bourgeois et galonnés prirent le relais et Paris investit dans les mirifiques « emprunts russes » pour mieux se retrouver les poches percées, Gros-Jean comme devant. Au XXème siècle, tout le monde fredonne la sinistre chanson, intellectuels engagés, militants de base et d’en haut, damnés de la terre et déçus du ciel sacrifièrent leur bon sens, leur coeur, leur morale et surtout des millions, des dizaines de millions de vies humaines au « Soleil qui se levait à l’est », tandis que les officiels les plus rassis et les nantis les plus précautionneux tombaient dans le même panneau. Le délicieux « Oncle Jo » avalait à Yalta la moitié de l’Europe, stalinisée sans pudeur ni scrupules.

À peine le Mur tombé et l’empire soviétique effondré, la folie occidentale a repris de plus belle. Elle accorda le bon Dieu sans confession au repreneur du Kremlin, à sa « famille » et aux clans mafieux qui pillent l’économie russe, détournant à leur seul profit une démocratie embryonnaire trop fragile pour résister. Les yeux fermés, les grands de notre monde arrosent de leurs compliments et de leurs crédits les fines équipes qui se succèdent au Kremlin. « La banque mondiale et le FMI s’étaient fermement prononcés contre tout prêt aux États corrompus, mais ce n’était qu’une apparence : il y avait deux poids et deux mesures. Tandis que de petits pays non stratégiques comme le Kenya s’étaient vus interdits de prêts pour corruption, la Russie, où la corruption opérait à une échelle infiniment supérieure, recevait sans cesse de l’argent. […] Quand on mit le FMI face à la réalité — les milliards de dollars qu’il avait donnés à la Russie étaient réapparus sur des comptes en banque chypriotes et suisses quelques jours seulement après le prêt —, il prétendit que ce n’était pas ses dollars… Certains d’entre nous observèrent, ironiques, que le FMI leur aurait facilité la vie à tous s’il avait viré l’argent directement sur les comptes suisses et chypriotes. »1

Loin de nettoyer les écuries d’Augias-Eltsine, le nouvel homme à poigne, Poutine, en quatre années de pouvoir de moins en moins contesté, n’a procédé qu’à une redistribution des privilèges entre grands fauves. Goussinski, Berezovski, Khodorkovski, les têtes des oligarques volent, mais le dépeçage continue. D’autres prédateurs succèdent, sur fond d’une permanente Saint-Valentin des clans auxquels s’agglutinent les appareils corrompus et policiers, dans une bouillie incongrue et par là terrifiante capitalisto-stalinienne. Dopés par les prix élevés du baril, les nouveaux seigneurs russes prospèrent grassement sur la rente pétrolière tandis que la majorité patauge à perpétuité dans la misère postcommuniste, n’ayant pour tout droit que de baisser les yeux et d’aduler le maître. Et l’Occident rêveur de fêter par anticipation une nouvelle Arabie Saoudite, plus sûre que l’ancienne, qui, du Caucase à la Sibérie, assurera sécurité et stabilité énergétique à la planète.

Le nouvel Eldorado eurasiatique fait rêver hard. Depuis plusieurs années, Prodi et sa commission de Bruxelles s’époumonent, proposant d’investir dans les pipelines et les forages sibériens. Les compagnies privées, évaluant risques et incertitudes, hésitent. L’Europe officielle insiste. Qu’importent les droits de l’homme, la liberté d’expression, l’incontrôlabilité des oukazes, l’imprévisibilité des luttes au couteau dans les antichambres du Kremlin. Tout pour la modernisation de l’hinterland européen ! En avant vers le partenariat énergétique, stratégique et nucléaire ! La Douma a déjà voté, les industries nucléaires allemandes programment et les écolos consentent : les encombrants déchets nucléaires ne susciteront plus de spectaculaires démonstrations, plus de trains pris d’assaut, plus d’hystérie à la frontière franco-allemande, les déchets honnis seront stockés dans l’Oural sous bonne garde d’un État qu’on espère solidement policier. Sécurité oblige ! Notre santé l’impose, crèvent les enfants de Russie ! Foin des bons sentiments. Une pincée d’esprit néocolonial agrémente ces songeries : l’arrière-pays sous-développé livrera ses richesses minérales, consommera européen et se rattachera à la zone euro ; l’Allemagne reprendra industriellement son Drang nach Osten ; la France rééditera, spirituellement s’entend, de napoléoniennes campagnes de Russie et l’Europe occidentale s’assujettira, sans coup férir, son tiers-monde de l’Est. Rivalité commerciale aidant, c’est à qui s’aplatit le plus bas. Chirac tout miel raccompagne Poutine au pied de son avion, Berlusconi lui ouvre ses villas, Bush le reçoit dans son ranch, Blair chez sa reine et Schröder en vacances. Volodia ramasse la mise, il s’estime tout permis. L’Occident rêveur l’a couronné tsar.

Pourquoi s’inquiéter ? Sous la férule du tout neuf despote éclairé, on promet à la Russie une énième modernisation à grand pas ; l’État de droit et les libertés individuelles suivront… plus tard, comme toujours. À gauche, l’inaltérable progressisme. À droite, l’économisme libéral. Tous décrètent que l’évolution est à sens unique et qu’aucune société ne saurait tôt ou tard éviter de rejoindre le peloton des démocraties florissantes. Tant d’optimisme vaut son pesant de XIXème et fleure bon la Belle Epoque, heureux temps où le développement du chemin de fer et de la Bourse d’un côté, l’essor de la solidarité et de l’éducation de l’autre, étaient censés inaugurer automatiquement une ère de paix et de bonheur pour tous. Bilan : deux guerres mondiales, deux États totalitaires, plusieurs fascismes, Auschwitz, la Kolyma… Ni les démentis de l’expérience, ni la résistance têtue des faits ne sauraient troubler une Europe somnambulique disposée à s’embarquer une fois encore pour quelque ouralienne Cythère.

Réveillons-nous. Les soldats qui pillent, violent et assassinent le civil tchétchène ne redeviennent pas des citoyens normaux sitôt rentrés chez eux. Une population décervelée par soixante-dix ans de communisme et désabusée par le gâchis qui suivit patauge dans un désespoir paralysant. Une élite éduquée sous le totalitarisme risque de tomber sans recours dans un nihilisme sans frontières ni tabous. La sortie du soviétisme débouche sur deux voies, celle de Havel ou celle de Milosevic. Celle d’une démocratisation pénible et semée d’embûches, donc lente. Celle plus expéditive, belliqueuse et terrorisante, sinon terroriste, d’un replâtrage autoritaire. Lorsque la police secrète, l’armée et les nomenklaturistes se partagent le Kremlin, un quelconque Milosevic est bien près de l’emporter.

Chaque fois que l’Occident a misé tête la première sur le mirage russe, il a trébuché, plongé dans un trou noir. A force d’imaginer, on délire, le sommeil de la raison engendre des monstres. En donnant carte blanche aux maîtres du Kremlin, quels qu’ils soient et quoi qu’ils fassent, l’Europe s’installe au bord d’un gouffre qu’elle contribue à creuser. Rien n’est définitivement joué, mais ceux qui nous dirigent prennent la mauvaise direction.

Opposons songe à songe. Je rêve d’une autre Russie. Pas de celle où, de Pierre le Grand à Poutine, passant par une ribambelle des tsars et de chefs communistes, la caste gouvernante arrache à l’Occident les instruments de la seule puissance et refuse l’État de droit ainsi que les règles humanistes qui permettent de contrôler tant bien que mal cette puissance. Une « dictature de la loi » qui n’est pas contenue par l’opinion publique et la communication de masse libres génère une société nihiliste dominée par la corruption, les mafias privées et publiques, l’esprit spetsnaz, la dépression ou la servitude volontaire de la majorité, ce que Soljenitsyne appelait la « psychologie de la soumission » et qu’Anna Politkovskaia nomme le « déshonneur russe ».

Je rêve d’une Russie qui ajoute à sa modernisation la civilisation et la civilité, les droits de l’homme européen puis universel. Je rêve d’une Russie toujours possible qui faillit advenir à l’orée du XXème siècle. Littérature, musique, ballets, théâtre, peinture, mathématiques, linguistique, philosophie, les Lumières venues de Saint-Pétersbourg, Odessa et Moscou illuminaient le continent entier. N’eût été la Première Guerre mondiale et la catastrophique révolution bolchevique, l’Europe du XXème siècle s’annonçait culturellement russe et d’autant plus glorieuse. Cette Russie des Lumières, des droits de l’homme et des Arts, héritière de Pouchkine, Lermontov, Tchekhov, Tolstoï, Dostoïevski… perce encore sous la chape de l’autocratie renouvelée. A nous, Occidentaux, de cultiver et protéger cette promesse inachevée. Rêve contre Rêve. Nous nous trouvons à la croisée des chemins.

Qui manipule qui ?

Les lauriers de Mme Thatcher obsèdent les leaders occidentaux. Ne passe-t-elle pas pour avoir « inventé » Gorbatchev, en l’adoubant prophétiquement ? Si la fin de la guerre froide, c’est lui, l’aura qui le nimbe, c’est elle. Pareils miracles n’ont lieu qu’une fois, après la surprise s’évente. Pourtant, l’Elysée entend reproduire le sortilège avec Dmitri Medvedev. Effacées comme par magie, ses longues années de loyaux services poutiniens, le nouveau prince charmant conquiert les quais de la Seine et les stratèges élyséens discréditent comme « angélique » ou « droit-de-l’hommiste » toute critique touchant la nouvelle lune de miel franco-russe. À mes yeux c’est l’inverse : la grande fraternisation Paris-Moscou ne relève pas du réalisme, mais d’une conduite magique et de ses faux calculs.

Le rêve de transmuer à distance la politique du Kremlin berce l’Occident depuis longtemps. Certes, Poutine s’est révélé bien plus coriace que ne le prévoyaient Blair lorsqu’il l’invita à l’Opéra, Bush lorsqu’il lut good guy dans le bleu de ses yeux, Chirac lorsqu’il lui épingla la grand-croix de la Légion d’honneur et Schröder qui lui vendit son âme et son carnet d’adresses. N’épargnant pas les civils — deux cent mille Tchétchènes tués —, bafouant les bonnes manières démocratiques, administrant quotidiennement la preuve que le KGB n’est pas l’ENA, le tsar moderniste qu’on nous promettait en 2000 n’a pas rempli son « rôle ». Rebelote : si Poutine n’est pas un démocrate, il nous offre sur un plateau d’argent un nouveau Gorbatchev.

Certes, Medvedev se vante, en élève méritant et un tantinet prétentieux, d’avoir lui aussi gagné sa guerre du Caucase — « La Géorgie, c’est moi ! » roucoule-t-il, occupant 20 % d’un pays souverain et piétinant les accords de cessez-le-feu signés en août 2008 sous l’égide de… Nicolas Sarkozy. Est-ce une raison supplémentaire pour multiplier les « symboles de confiance » et lui fournir des armements dernier cri ? Outre quatre porte-hélicoptères Mistral, Paris envisagerait la vente de tanks légers amphibies Panhard (AFP, 2/2) et la rénovation par Turbomeca des hélicos poussifs Ka-60 (Interfax, 25/2).

Vive la Géorgie, Monsieur ! Imaginez la fervente reconnaissance que vouent aujourd’hui à la « patrie des droits de l’homme » les peuples qui, de la Baltique à la mer Noire et la Caspienne, subissent les menaces régulières de leur immense voisin… Ils lisent dans la doctrine militaire publiée par l’« ami » Medvedev que l’OTAN est l’adversaire numéro 1, bien avant le terrorisme, la prolifération nucléaire et Ahmadinejad. Ils lisent l’option envisagée de guerres préventives dans le « proche voisinage », fussent-elles nucléaires, Rien là n’empêche Paris de vouloir mettre au top la deuxième armée du monde. La campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy est loin. Pourquoi pareil revirement ?

Les affaires sont les affaires ? Les gros sous n’expliquent pas seuls le tête-à-queue. On ne fait pas de bonnes affaires en s’abusant sur les dispositions prêtées au partenaire. Le pataquès Areva-Siemens devrait éclairer les ingénus. En 2109, le trust allemand Siemens rompt sans crier gare avec le français et s’associe illico au russe Rosatom pour construire des centrales nucléaires concurrentes. Dindon de la farce, la France n’a rien vu venir. Combien de Mistral faudra-t-il fourguer pour compenser la vente ratée d’une seule centrale ?

Realpolitik donc ? Non. Loin de pécher par réalisme (aux dépens des droits de l’homme), la nouvelle politique russe de la France pèche par naïveté (aux dépens d’une estimation rationnelle et raisonnable des partenaires). Un tropisme néocolonial a précipité l’industrie allemande sur le Far East. Pris à l’improviste, le gouvernement français s’efforce d’attraper le train en marche, et, comme tout nouveau converti, il surenchérit sur les espérances germaniques en misant sur le marché de la mort. Est-il sérieux ou réaliste, de prétendre que les ventes d’armes encouragent les réformes et inhibent les passions impérialistes ?

Medvedev n’est pas, jusqu’à nouvel ordre, le successeur de Poutine, il en est le colistier, la doublure, voire le « plastron » — ainsi appelle-t-on dans la littérature classique le valet qui détourne les coups, quitte à passer pour tête de Turc. Poutine demeure le patron et l’émancipation du « plastron » se fait attendre. Il reste deux ans à Medvedev, entend-on à Paris, c’est une fameuse « fenêtre d’opportunité ». Deux ans ? Et après quoi ? Et après qui ? Medvedev dénonce le « nihilisme judiciaire ». Et après quoi ? Rien. Trente mille Tchétchènes pourrissent en Sibérie ; Khodorkovski semble condamné à vie pour avoir défié Gazprom ; les commanditaires des meurtres de journalistes, d’avocats, d’opposants ne sont pas inquiétés, mais les assassins libérés ; les rares flics qui dénoncent la corruption se retrouvent embastillés, les oligarques prospèrent au bon plaisir du chef. Quelques purges s’opèrent dans l’obscurité, sans qu’on sache qui a fait quoi. Si les officiels français prétendent voir clair dans ce pot au noir, où trouvent-ils leur lumière ? Quelle présomption les pousse à se croire capables de manipuler Moscou ? Ce « réalisme » porte un nom : rêve de toute-puissance.

Un argument imparable est ressassé ad nauseam aux abrutis que nous sommes : « La guerre froide est finie ! » Voilà qui est indiscutable, et visionnaire ! Elle est finie depuis vingt ans. Entre-temps, deux guerres de Tchétchénie, trois en ex-Yougoslavie, une en Géorgie, tensions en Ukraine, etc. Dans ces crises graves traversées par l’Europe depuis 1989, la Russie fut-elle un partenaire fiable ? Il ne suffit pas de proclamer la fin de la guerre froide pour que règne l’harmonie préétablie entre l’aigle à deux têtes du Kremlin et les vingt-sept étoiles de l’Union européenne. Lorsque Vladimir Poutine qualifia la dislocation de l’URSS de « pire catastrophe géopolitique du XXème siècle », Dmitri Medvedev ne trouva rien à redire. Au contraire, à peine nommé président, il entreprit la première annexion territoriale de facto sur le vieux continent depuis la chute du Mur. Un minimum de prudence s’imposerait. Lorsqu’un président reçoit un autre président, il est de bon ton qu’il soit poli et souriant, voire qu’il tombe dans ses bras. Mais pas qu’il s’éblouisse, au risque de se retrouver captif de son fantasme.

  1. Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, La grande désillusion, Paris, Fayard, 2002) 

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