Caroline Galactéros. // CNEWS, capture d’écran

Caroline Galactéros. // CNEWS, capture d’écran

Caroline Galactéros, porte-parole de Moscou ?
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Comme beaucoup de pro-Poutine, Caroline Galactéros fait preuve d’une certaine prudence pour ne pas ouvertement défendre ce qui est indéfendable, à savoir l’agression russe contre l’Ukraine, mais, comme le montre Vincent Laloy, elle n’a pas changé de bord, loin de là…

La guerre contre l’Ukraine n’a guère infléchi la position, parfois inconditionnelle, des affidés français de Poutine. La plupart persistent et signent.

On en voudrait pour preuve la résolution de soutien à l’Ukraine, votée à l’Assemblée nationale le 30 novembre, sur laquelle les médias se sont peu appesantis.

En effet, les deux partis extrémistes se sont massivement abstenus, c’est-à-dire qu’ils se sont ostensiblement tenus à l’écart de cette courageuse initiative, qui est le fait d’élus appartenant à la majorité ou à l’opposition modérée. Des 75 élus de la France insoumise, 46 étaient absents et 28 se sont abstenus, parmi lesquels Clémentine Autain, Manuel Bompard, Louis Boyard, Aymeric Caron (les chiens et chats souffrent pourtant en Ukraine), Sophia Chikirou, l’intime de Mélenchon, et Danielle Simonnet. Le même groupe a produit le seul et unique élu qui a voté contre la résolution en la personne de Jérôme Legavre, député trotskiste de Seine-Saint-Denis. En revanche, 12 députés du groupe communiste sur 22 ont voté pour la motion, dont André Chassaigne et Fabien Roussel.

À l’extrême droite, avec 22 absents, 67 députés se sont courageusement abstenus dont Mme Le Pen. Au sein du Parlement européen, on peut relever le même comportement concernant un texte qualifiant la Russie d’« État promoteur du terrorisme », où les 17 des 18 élus du Rassemblement national ont voté contre, dont évidemment Mariani et Bardella, de leur côté les eurodéputés insoumis s’abstenant, telle Manon Aubry, mais aussi des élus de droite comme Hortefeux, resté proche de Sarkozy, et Nadine Morano.

Les interventionnistes des médias comme, parmi tant d’autres, Luc Ferry, le général Desportes, Philippe de Villiers, Natacha Polony et celui auquel elle a ouvert les colonnes de Marianne, Emmanuel Todd, estiment que le conflit, c’est encore et toujours la faute des Occidentaux, soumis aux Américains.

Valeurs actuelles demeure à la pointe de la poutinolâtrie avec Mériadec Raffray, ci-devant officier de réserve — qui a dû prendre des cours auprès de Renaud Girard… —, dénonçant les voisins de l’Ukraine qualifiés de « bellicistes » et « l’Europe va-t-en guerre » au contraire de la pacifique Russie. Dans Causeur de mars 2022, il se réfère aux subtils penseurs que sont Védrine, Hélène Carrère d’Encausse et le général Desportes. Le courrier des lecteurs de Valeurs actuelles dénonce cette « guerre civile provoquée et pilotée par les Américains » (8 décembre 2022). L’Amérique est la seule coupable, selon l’ex-amiral François Jourdier (15 décembre 2022), illustrant combien les armées sont pénétrées par la propagande poutinienne.

Le « réalisme » de Mme Galactéros et sa bienveillance pour l’Iran

À cet égard, la conseillère diplomatique de Zemmour, Mme Galactéros, qui étale son titre de colonel de réserve des armées et d’ex-directrice de séminaire à l’École de guerre, est un exemple vivant de la pénétration poutinienne auprès des officiers. Elle ose avancer qu’elle n’a « aucune orientation idéologique. Je suis simplement réaliste » (cité par Franc-Tireur, 19 octobre 2022).

Evidemment, elle a élu domicile aussi bien dans les colonnes de Marianne que dans celles de Valeurs actuelles ou de Front populaire. Tel un petit chien savant, elle récite le catéchisme d’une officine de propagande à la solde de ces États voyous que sont la Russie ou l’Iran. Sa parfaite objectivité ne soulève jamais la moindre critique concernant ces pays, qui la fascinent. C’est ainsi qu’elle dénonçait « l’ingérence » de l’Occident dans le procès d’Alexeï Navalny, ce qui a conduit Le Canard enchaîné du 16 février 2022 à la décrire en « poutinophile impénitente » tandis que L’Express du 3 mars 2022 fait état de son « indulgence rare pour Poutine ».

Doit-on rappeler que l’un de ses ouvrages paru en 2013 est préfacé par Védrine ? Et que, avec Régis Debray et le général Desportes, elle est coauteur de Guerre, technologie et société, publié en 2014. Qui se ressemble s’assemble.

Elle diffusait la bonne parole sur la chaîne RT et son corollaire, Dialogue franco-russe, où elle instrumente en avril 2021 dans une discussion à propos l’Europe des nations et De Gaulle, avec l’ambassadeur Orlov (dont Renaud Girard a corédigé les souvenirs), Éric Branca et Paul-Marie Coûteaux.

Concernant le Proche-Orient, elle est toute acquise aux mouvements ou États terroristes, se désolant de « l’épuisement du Hezbollah », considérant que le dirigeant syrien el-Assad n’est « pas notre ennemi » et qu’il importe de « rassurer l’Iran » (Le Point, 1er décembre 2015). Elle va jusqu’à intimer, dans Marianne du 29 mars 2019, de « rétablir une coopération active avec les services de renseignements syriens, russes et iraniens pour identifier et fixer les djihadistes français sur place », bref de faire ami-ami avec des régimes dont chacun sait qu’ils sont souvent à l’origine de réseaux terroristes. Un comble.

Son alignement sur l’Iran est systématique, dénonçant une « provocation téléguidée par Washington »(Figarovox, 9 novembre 2019). Elle s’indigne évidemment du meurtre du général Soleimani car « ce n’est pas l’Iran qui déstabilise le Moyen-Orient, ce sont les États-Unis et leur souverain mépris pour le reste du monde. […] Nous devons donc nous placer résolument aux côtés de l’Iran au nom de la légalité internationale […], contre ce geste de guerre américain ». Il faut aller consoler Téhéran, « rencontrer le Guide pour lui redire notre attachement à la paix et notre détermination à aider son pays » (Marianne, 8 janvier 2020).

La pacifique Russie fait face à la guerrière Amérique

Mme Galactéros est la fondatrice du think-thank Geopragma, où l’on retrouve tous les obligés de Moscou, dont l’inévitable Renaud Girard qui, le 15 février 2022, titrait « Biden en Ukraine, courage, fuyons ! ». Il y côtoie le général Pinatel — encore un officier tout dévoué à la Russie —, Alain Juillet, Henri Guaino, Desportes, Hadrien Desuin, Noam Chomsky ou Éric Denécé qui, le 15 juin 2022, dénonçait « les insupportables réactions de Zelensky ». Il ne manque que l’inévitable Pascal Boniface qui, le rappelait Franc-Tireur du 22 décembre 2022, sous la plume avertie de Benjamin Sire, s’est systématiquement trompé…

Mme Galactéros voue aux gémonies Washington qui « infiltre les milieux politiques et intellectuels de l’hexagone » (Marianne, 29 mars 2019). Sa préoccupation, son obsession a-t-on envie d’écrire, c’est que, pour faire pièce aux méchants Américains, il faut « se rapprocher de la Russie, [ce qui] n’a jamais été aussi urgent pour la survie de l’Europe » tandis que l’Amérique « détruit méthodiquement tous les mécanismes multilatéraux du dialogue, qui met de l’huile sur le feu jour après jour et vient d’imposer illégalement de nouvelles sanctions à l’encontre du ministre iranien des Affaires étrangères, peut-être l’ultime et plus compétent négociateur pouvant arrêter l’escalade » (Marianne, 6 août 2019).

Elle poursuit son offensive dans L’Incorrect du 19 août 2019, condamnant le fait d’isoler la Russie « pour complaire à notre grand allié, calcul stupide ». Si Paris obtenait que l’Ukraine ne fût jamais intégrée au sein de l’OTAN, « notre étoile, insiste-t-elle, brillerait à jamais dans le ciel russe et au-delà […]. Washington continue de provoquer Moscou et Paris se tait ». Il est impératif de se rapprocher de Moscou (et de Téhéran) car, « à l’inverse de nous, Poutine est sauf un idéologue » et d’appeler de ses vœux la levée des sanctions, dont Paris doit prendre l’initiative, car le malheureux Poutine « est de plus en plus prisonnier des courants conservateurs. […] Nous perdons un temps précieux à ne pas l’aider ».

La solution ? Dans un entretien accordé à Figarovox du 9 novembre 2019, elle affirme que France doit prendre la tête de la libération de l’OTAN, qui « ne correspond plus à la défense des intérêts sécuritaires de l’Europe». Dans le même texte, elle insiste que « l’épouvantail de la prétendue menace russe est une construction artificielle destinée à paralyser le discernement des Européens. […] La Russie est tout à fait fréquentable ».

Elle revient inlassablement à ses obsessions ; ainsi dans Marianne du 25 février 2020, sous le titre « Rompre avec l’atlantisme », il est impératif et urgent de « rompre avec l’ancienne vassalisation de la pensée stratégique et retourner aux valeurs du gaullisme. […] Nous ne pouvons plus tolérer, encore moins participer à la déconstruction du droit international en appuyant, de près ou de loin, les agressions et provocations unilatérales de Washington. Nous devons aussi rapidement sortir du commandement militaire de l’OTAN ».

Seule l’Eurasie, « en coopération avec la Russie, peut envisager un avenir continental apaisé et prospère. […] Ce rapprochement entre la France et la Russie […] doit être culturel, économique et sécuritaire », ce qui changera enfin de la « relation indéfendable de soumission penaude à l’extraterritorialité américaine. La Crimée restera russe. […] Quant à l’Ukraine, ouvrons enfin les yeux sur le rôle que l’Amérique lui fait jouer dans l’affaiblissement de l’Europe ». Dans Front populaire d’octobre 2020, Mme Galactéros revient sur la nécessité de couper la tête de l’hydre atlantiste et de sortir la France de l’OTAN.

Les deux pleines pages que lui accorde Valeurs actuelles du 20 octobre 2022, où sa véhémence redouble contre « les provocations ukrainiennes » et Zelensky, « la marionnette de Washington », s’insurgeant contre la domination du dollar, la surenchère militaire occidentale, sont révélatrices des orientations de l’hebdomadaire, devenu une sorte de porte-parole officiel de Poutine (où François d’Orcival a du mal à faire entendre une position moins alignée).

Alors que le courrier des lecteurs est acquis à Moscou — on l’a dit —, les élucubrations de Mme Galactéros provoquent des réactions agacées de deux d’entre eux, dont un général, un des rares officiers supérieurs à ne pas être du côté de Moscou (numéro du 3 novembre 2022), aussitôt mis en opposition avec un lieutenant-colonel (10 novembre) et une lectrice le 17 novembre.

À propos, son livre relatif à Yalta est publié aux éditions Sigest, dont le catalogue mentionne un nommé Youssef Hindi, intime d’Alain Soral. On laisse volontiers ces proximités à Mme Galactéros, sans parler, dans l’entourage de Zemmour, dont elle fut la conseillère diplomatique — choix révélateur du sérieux du candidat à la présidentielle — d’un certain Philippe Schleiter, neveu du négationniste Faurisson et vieux routier de l’extrême droite.

En matière de Russie et d’Iran, Mme Galactéros ne verse-t-elle pas aussi dans un certain négationnisme ?

À lire également : Zemmour et l’Ukraine : les réseaux bruns de sa conseillère pro-Kremlin (lesjours.fr)

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