Quand Poutine se prend pour Staline

Lecture de : Pierre Rigoulot, Florence Grandsenne, Quand Poutine se prend pour Staline, Buchet-Chastel, 2023, 250 p.

L’ouvrage de Pierre Rigoulot et Florence Grandsenne, Quand Poutine se prend pour Staline, est autant un livre d’histoire qu’un miroir de l’actualité. C’est pourquoi on peut en souligner l’intérêt aujourd’hui encore, à l’approche du deuxième anniversaire de l’agression russe contre l’Ukraine.

Certes, cet ouvrage ne fait pas de révélations inattendues, ne dévoile pas de faits inconnus. Il s’appuie sur les travaux d’historiens que nous connaissons bien : Nicolas Werth et Jean Lopez, Galia Ackerman et Stéphane Courtois, Françoise Thom et Jean-Louis Panné, etc. C’est une œuvre de vulgarisation comme il en faudrait davantage, favorisant une meilleure connaissance des motivations et des justifications à son action en Ukraine que Vladimir Poutine est allé chercher du côté de ce qu’on appelle en Russie « la Grande Guerre patriotique ».

Contre l’Occident et l’OTAN, qui agressent soi-disant la Russie, Poutine se réclame en effet du passé glorieux de l’armée russe défendant la patrie. Il cite explicitement les guerres contre les Polonais au XVIIe siècle, contre Napoléon au XIXe et enfin contre Hitler au XXe. Ce sont ces grandes guerres patriotiques que Poutine prétend aujourd’hui poursuivre et c’est pourquoi, pour nos deux auteurs, il est important d’examiner de près la vision qu’il a de la dernière d’entre elles, celle de 1941 à 1945, avec les mensonges dont il l’a truffée et la mythologie dont il l’a lestée.

Poutine ne présente pas Staline comme un modèle, mais il l’exonère de toute critique, notamment dans le domaine militaire : Staline aurait été un excellent chef de guerre, et c’est grâce à lui que le monde aurait été sauvé du nazisme.

En réalité, c’est sur une histoire manipulée de la Seconde Guerre mondiale que Poutine s’appuie pour justifier son attaque de l’Ukraine. Elle tient lieu de version officielle et c’est elle qui est enseignée dans les écoles russes. Toute interprétation différente est susceptible de sanctions pénales : jusqu’à 7 ans de prison dans la Russie d’aujourd’hui.

Les mensonges par omission de Poutine

Le premier de ces mensonges est celui qui apparaît dans le nom de « Grande Guerre patriotique » attribué à la Seconde Guerre mondiale. Staline a relancé ce terme le 3 juillet 1941 lors de sa première déclaration à la radio après la débandade de Barbarossa, et c’est celui, très officiel, qu’utilise Poutine.

Son intérêt est d’escamoter deux années de guerre puisque la Grande Guerre patriotique est censée avoir débuté avec l’attaque de l’URSS par Hitler le 22 juin 1941. Où sont passés le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et le pacte d’amitié du 28 septembre ? Et surtout, où sont passés les protocoles secrets qui autorisaient Staline à occuper la moitié de la Pologne, les pays baltes, la Finlande, la Bucovine du Nord et la Bessarabie ? Ces protocoles secrets ont disparu de la version officielle. Ils sont connus à l’Ouest depuis la tenue du Tribunal de Nuremberg. Mais ils n’ont pas été connus en URSS avant la perestroïka. Puis oubliés ensuite. Certains historiens russes ont même tenté de faire croire qu’il s’agissait de faux. Car comment les justifier ?

Le Pacte lui-même, censé être un pacte de non-agression mais qui organisait aussi une coopération économique et militaire entre l’URSS et l’Allemagne, est rarement évoqué par Poutine. Cependant il l’approuve et en fait une conséquence nécessaire du mauvais comportement de l’Occident qui s‘est lâchement incliné à Munich face à Hitler. Aussi Staline a-t-il bien fait de le signer et d’ainsi gagner deux ans de paix.

« Si l’URSS ne voulait pas se battre, où est le mal ? », demande Poutine.

Le mal, on le sait, est qu’il laissait ainsi les mains libres à Hitler pour attaquer la France, l’Angleterre et leurs voisins sans la crainte d’un second front. Ce qu’Hitler fit, et Molotov le félicita « pour sa splendide victoire sur la France ».

Grandsenne et Rigoulot, qui ont dépouillé une grande partie des discours de Poutine, relèvent que, pour ce dernier, la seule erreur de Staline fut d’avoir tardé à attaquer l’Allemagne. Poutine considère que l’accumulation de précautions prises par Staline pour endormir la méfiance de Hitler était exagérée. Préoccupé avant tout de rassurer son complice, il en a rajouté en matière d’amitié. D’où un certain aveuglement, en tout cas une certaine myopie de Staline que Vladimir Poutine dit avoir voulu éviter, quant à lui. Staline a tardé à attaquer Hitler. Résultat : c’est Hitler qui l’a attaqué. Poutine, lui, a fait mieux que Staline : il a attaqué l’Ukraine, dirigée par des nazis, avant que celle-ci ne l’attaque !

On peut mentionner aussi, parmi les mensonges par omission, les différentes répressions qui se sont abattues secrètement sur des populations entières, soupçonnées d’être prêtes à trahir le régime soviétique ou de l’avoir trahi. Elles ont été massacrées ou déportées.

Au début de la guerre, ce fut le cas de minorités ethniques vivant en Union soviétique, en particulier dans les zones frontalières, parfois depuis plusieurs siècles : Baltes, Finlandais, Allemands de la Volga, Coréens, etc.

Ce fut le cas aussi — et cela plutôt à la fin de la guerre — de populations jugées collectivement coupables de trahison envers la patrie soviétique (même si rien ne confirmait cette accusation) : Tatars, Kalmouks, Tchétchènes, etc. Certains ont dû attendre les lendemains du XXe congrès du Parti communiste de 1956 pour  se voir autoriser à quitter le Kazakhstan ou la Sibérie, où ils avaient été déportés sans ménagement. Des témoignages le confirment dans des textes terribles où les transports par wagons des déportés n’ont rien à envier à ceux organisés par les nazis vers Auschwitz. Où, par exemple, on voit des cadavres d’enfants jetés par les fenêtres.

Les Tatars de Crimée quant à eux, qui ont perdu jusqu’à 46 % de leur population dans les déportations, ont dû attendre Gorbatchev pour retrouver non pas leur foyer, occupé par des Russes — ceux-là mêmes qui justifient la mainmise de Poutine sur la Crimée —, mais du moins leur terre natale.

Parmi les répressions secrètes de Staline, il faut aussi noter les déportations des élites des pays occupés. Polonais (1 200 000) et Baltes (plus de 100 000, ce qui est considérable pour de si petits pays) furent envoyés en Sibérie, où beaucoup moururent de faim, de maladie et de froid.

Autre omission de l’histoire embellie de la guerre dont se rend coupable Poutine, la répression pratiquée à l’encontre de l’Armée rouge : les purges de la Grande Terreur, qui ont totalement désorganisé l’Armée rouge, la surveillance par le NKVD des soldats pour éviter qu’ils désertent ou se rendent (Nicolas Werth parle de 1 000 000 d’arrestations, dont 200 000 exécutions de soldats considérés comme déserteurs ou « couards » !)

On peut parler aussi du traitement de l’ennemi par Staline qui, là encore, n’a rien à envier à celui pratiqué par les nazis : les massacres de civils, les viols de femmes allemandes et est-européennes (2 000 000 environ), la maltraitance des prisonniers.

Tout cela n’apparaît pas dans l’histoire officielle, mais il faut croire que ces méthodes ont inspiré Poutine car on en retrouve quelques unes, même si c’est à une tout autre échelle, dans la façon dont l’armée russe s’est comportée vis-à-vis des civils ukrainiens lors de l’invasion de l’Ukraine.

Le plus gros mensonge par omission dont s’est rendu coupable Poutine en évoquant cette guerre de 1941 à 1945 concerne la posture de l’URSS, dépeinte par lui comme seule à affronter et donc à vaincre l’Allemagne nazie.

« Notre peuple était seul, seul sur le chemin semé d’embûches, d’actes héroïques et de sacrifices, qui l’a mené vers la Victoire », lançait Poutine dans son discours du 9 mai 2022, un thème qu’il a repris cette année tout en accordant aux soldats alliés le bénéfice d’une aide apportée à l’URSS. Il a bien dit les soldats et non les gouvernements. On peut rappeler pourtant que dans la nuit qui a suivi l’attaque allemande, Churchill apporta son soutien à l’URSS de Staline, et que c’est le gouvernement américain, présidé par Franklin Roosevelt, qui lui a apporté une aide qu’aucun pays n’a jamais accordée à un allié en guerre.

Tout le neuvième chapitre de l’ouvrage est consacré à cette aide, d’abord anglaise, ensuite américaine, gigantesque celle-là, fournie dans le cadre de ce qu’on appelait le prêt-bail. Malgré les réticences de sa population, qui craignait d’être entraînée dans une guerre, Roosevelt apporta une aide massive qui allait des portions de nourriture pour les soldats soviétiques aux avions de combat, au kérosène nécessaire pour les faire voler, en passant par les bottes — 15 000 000 de bottes ont été livrées à l’URSS —, les camions Studebaker  (500 000 ont été livrés avec 3 000 000 de pneus), sans parler des tapis d’atterrissage sans lesquels les chasseurs auraient été inefficaces parce que trop éloignés du front.

Les auteurs n’estiment pas que l’URSS n’aurait pas gagné la guerre sans cette aide, mais que celle-ci a été essentielle pour la victoire russe. lls ajoutent que, pendant des décennies, les historiens russes ont minimisé cette aide et qu’il a fallu attendre l’époque du gorbatchevisme pour que des historiens russes révisent à la hausse leur appréciation de l’aide américaine. Une aide gratuite. Une aide dont les Américains ne se sont jamais servi pour exiger quoi que ce soit des Russes en retour. William Bullitt, le premier ambassadeur américain en URSS, rapporte que Roosevelt refusa de demander quoi que ce soit à Staline en échange de cette aide formidable des États-Unis. Il était persuadé au contraire qu’en ne lui demandant rien, il convaincrait Staline de sa bonne volonté et que, noblesse oblige (en français dans le texte !), celui-ci deviendrait un allié loyal. Lequel grosso modo travaillerait à la modernisation et à la démocratisation du monde à ses côtés, contrairement aux vieilles puissances coloniales européennes soucieuses avant tout de sauvegarder leur empire.

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Les mensonges par travestissement

Le mensonge par travestissement est une autre spécialité commune à Poutine et Staline.

Ainsi, les historiens ont depuis longtemps attribué les succès allemands lors de l’offensive nazie du 22 juin 1941 à l’erreur de Staline qui, persuadé que Hitler ne pouvait que respecter le Pacte de non-agression, refusa de tenir compte des informations sur l’imminence de l’attaque nazie et interdit à l’armée de lancer une contre-offensive.

Poutine, lui, affirme que c’était une ruse de l’excellent chef de guerre Staline : il s’agissait de laisser les armées du IIIe Reich s’enfoncer dans l’immense plaine russe pour mieux les frapper ensuite, comme l’avaient fait Koutouzov pendant l’attaque napoléonienne et les Parthes contre les Romains ! C’est en tout cas la version que Staline a donnée après la guerre pour cacher son incompétence militaire, et que Poutine reprend sans vergogne.

Toute cette valorisation de Staline comme chef de guerre est un immense mensonge. Staline, totalement incompétent en stratégie militaire, imposait pourtant ses ordres. Il ne connaissait comme tactique que l’offensive, même quand les conditions étaient totalement défavorables. Des centaines de milliers, voire des millions de soldats sont morts du fait de ses ordres absurdes, auxquels les officiers ne pouvaient s’opposer par crainte d’être fusillés. Le pire est qu’ils étaient aussi passés par les armes quand l’offensive était un échec.

Les onze millions de soldats morts au combat attestent que Staline ne cherchait pas à économiser les vies humaines. Au contraire, la masse remplaçait une stratégie fine. Poutine aujourd’hui est à bonne école !

Un autre travestissement de la réalité est l’image du peuple tout entier uni derrière Staline.

« Le 9 mai 1945 est inscrit à jamais dans l’histoire du monde comme le triomphe du peuple soviétique uni », affirmait ainsi Poutine lors d’une commémoration de la guerre.

Il y eut certes d’immenses sacrifices de la part de la population russe dans ce combat contre le nazisme, mais aussi bon nombre de défections. Galia Ackerman a montré que 1 700 000 soldats ont réussi à déserter et à échapper à l’enrôlement. Pourtant les désertions étaient punies d’exécution et de déportation des familles des déserteurs.

Un peuple uni ? L’URSS est le pays où il y eut le plus de collaborateurs. Là encore, les historiens se réfèrent à un chiffre oscillant entre 1 000 000 et 1 500 000.

Les différents témoignages recueillis montrent que l’hostilité au pouvoir bolchévique était grande, en particulier chez les paysans du fait de la collectivisation des terres. Ce fut le cas parmi les peuples fraîchement conquis tels les peuples baltes. Mais ce fut le cas aussi dans la population russe. Selon Galia Ackerman, 400 000 Russes auraient, plus ou moins volontairement, collaboré avec les nazis.

Qu’en était-il en Ukraine ? Pour Poutine, les Ukrainiens sont des nazis. Il est vrai que comme Staline, il considère comme nazi tout peuple ou gouvernement qui s’oppose à la Russie. Ainsi, en 1939 Staline qualifiait les États baltes de « fascistes ». 

Poutine fait référence aussi à la collaboration d’une partie des Ukrainiens avec les nazis au début de la guerre mondiale. Les auteurs affrontent cette question et ne nient pas que cette collaboration fut importante lors de la première année d’occupation du fait des promesses nazies de décollectivisation des terres, de réouverture des églises et même d’indépendance de l’Ukraine. Ils rappellent que la collectivisation forcée avait été un immense traumatisme, et qu’elle s’était accompagnée en Ukraine d’une famine voulue par Staline, l’Holodomor, qui fit 4 à 5 000 000 de morts.

La collaboration fut importante aussi du fait d’un antisémitisme « traditionnel » alimenté par les stratégies nazies, qui permettaient à certains de mettre la main sur les biens des Juifs dénoncés. L’antisémitisme n’était pas moins important en Russie.

Mais cette adhésion aux promesses des nazis ne dura qu’un temps, ces derniers voulaient en réalité annexer l’Ukraine, terre à blé, et liquider ou déporter les Ukrainiens. Il faut ainsi rappeler que les Ukrainiens participèrent largement à la guerre contre les nazis puisque près d’un quart des soldats de l’Armée rouge étaient ukrainiens et que 2 500 000 d’entre eux reçurent des décorations pour bravoure.

Les mensonges par confusion

L’art du mensonge est décidément au point. À l’omission, à la falsification s’ajoute la confusion. Le mensonge peut en effet user de sa ressemblance avec le discours vrai pour mieux tromper celui auquel il s’adresse.

L’exemple le plus évident est celui utilisé par les Russes dans l’affaire de Katyn. On connaît l’histoire des charniers — dont le plus célèbre se trouvait à Katyn — découverts par les nazis en 1941, lors de leur offensive, regroupant 22 000 officiers polonais assassinés par le KGB en 1940, sur ordre de Beria. On sait que Staline a tout fait pour attribuer ce massacre aux nazis, à tel point qu’il a tenté de l’intégrer aux crimes de guerre nazis condamnés à Nuremberg. L’astuce a échoué du fait de l’honnêteté de deux témoins, un procureur, retrouvé mort dans son lit par la suite, et l’ancien maire de Smolensk, Boris Mencheguine, enfermé à la Loubianka pendant vingt-cinq ans. Mais le doute a été entretenu, y compris en Occident, jusqu’à la glasnost où les Russes ont reconnu être les auteurs du massacre.

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Katyn : une fosse excavée par les Allemands en 1943 // Domaine public

Qu’en dit Poutine ? Il ne nie pas ce qui s’est passé. Il se réfère à l’avis du tribunal militaire soviétique selon lequel le NKVD, en tuant ces officiers polonais, n’avait fait qu’appliquer le code pénal alors en vigueur ! Parfois, il évoque avec insistance, manière de brouiller les cartes, le village biélorusse de Khatyn, avec un h, brûlé par les nazis. Minimisant encore le crime effroyable de Katyn, il est arrivé à Poutine de ne voir en Katyn un simple événement parmi tant d’autres, et comme un prêté pour un rendu : lors de la guerre soviéto-polonaise en 1919-1920, 32 000 prisonniers soviétiques des Polonais moururent de faim ou de maladie lors qu’ils étaient en captivité.

On peut donc ajouter le cynisme aux mensonges de Poutine comme à ceux de Staline : avant d’être fusillés, les officiers polonais furent autorisés à écrire à leurs familles, en leur annonçant leur libération future, ce qui permit au NKGB d’identifier celles-ci, de les localiser et de les déporter.

Lors des annexions de 1939 consécutives au pacte germano-soviétique, Staline et Molotov se référèrent également à « la légalité internationale » pour les justifier. Poutine aussi, affirmant que les pactes, signés avec l’accord des autorités élues (en fait imposés par la force), respectaient la souveraineté des États concernés.

Le même procédé a été employé à propos de l’Europe centrale et orientale occupée par l’Armée rouge après le retrait des troupes allemandes. Jean-Louis Panné et Stéphane Courtois, qui s’en prenaient aux leçons d’histoire du professeur Poutine en mai 2005, déjà le soulignaient : « On peut-être libéré du nazisme et soumis à une autre oppression ». Seule la confusion volontaire entre « libération » et « liberté » permet de présenter l’occupation des pays d’Europe de l’Est par les troupes soviétiques comme une libération. Ils ont été libérés du nazisme, et c’est tant mieux. Mais ils ne sont pas devenus libres pour autant puisqu’ils se sont vus imposer un régime communiste dont ils ne voulaient pas. Les élections promises à Yalta n’ont pas été libres mais se sont déroulées sous menace de l’Armée rouge et après déportation des dirigeants de différents partis politiques. Poutine, bien sûr, justifie pleinement cette mainmise sur l’Europe de l’Est, attribuant alors à l’Union soviétique une « mission humanitaire ».

Il a même signé en avril 2012 une loi fédérale selon laquelle était engagée la responsabilité civile de quiconque violerait l’interdiction de nier le rôle décisif du peuple soviétique dans la défaite de l’Allemagne nazie et dans la mission humanitaire de l’URSS lors de la libération des pays européens.

Deux leçons peuvent être tirées de ce livre : la première, que l’on souligne rarement, est la dimension ethnique du discours de Poutine : il exalte le peuple russe, sa grandeur, sa culture. « Nous sommes un peuple différent, lance-t-il, qui se sent solidaire de ses frères par le sang. » Est-il en ce sens si différent de Staline ? Il y avait chez ce dernier la prétention de bâtir une Union soviétique forte, condition du développement du communisme dans le monde. Mais quand même se situait-il lui-même en successeur de Lénine et en promoteur du marxisme-léninisme dans le monde, il accordait, lui le Géorgien, la palme de la force dirigeante de l’ensemble soviétique au peuple russe. C’est à l’aune de la confiance dans la direction communiste qu’il classait les peuples de l’URSS. Et à cette aune, c’est indéniablement le peuple russe qui l’emportait: « La confiance envers le gouvernement soviétique du peuple russe a été la force décisive qui a assuré la victoire historique sur l’ennemi de l’humanité, le fascisme », affirma-t-il.

Le deuxième enseignement, c’est que la Grande guerre patriotique dans le souvenir et le culte de laquelle Poutine se drape, n’est en rien un modèle de référence. Ni dans la manière dont elle fut menée, ni dans son opposition particulière, génocidaire et liberticide, à la barbarie hitlérienne, ni dans ses rapports avec ses alliés, ni dans le traitement de ses prisonniers, ni dans sa relation aux populations libérées, elle ne saurait prétendre à un comportement glorieux dont il faudrait s’inspirer.

Auteur, membre du comité de rédaction de Commentaire, ancien fonctionnaire et élu local.

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