Florian Philippot, chevènementiste d’extrême droite

La série de portraits de poutinolâtres continue avec celui qui a été, il y a quelques années, un espoir naissant du Rassemblement national avant de sombrer dans l’oubli presque total. Florian Philippot a suivi un parcours édifiant, celui d’un gaulliste pur et dur ayant trouvé sa « famille » dans la nébuleuse de l’extrême droite, celui d’un admirateur inconditionnel de Poutine et d’un pourfendeur zélé des libertés démocratiques, de l’Europe et de l’OTAN.

Faut-il être issu de l’École nationale d’administration pour prétendre régner à la tête de l’État ? Après l’inquiétant François Asselineau et après Dupont-Aignan, voilà Florian Philippot, militant de Chevènement rallié à l’extrême droite, candidat à l’élection présidentielle de 2022 — où, sur les cinq cents parrainages requis pour se présenter, il remporte un score d’exception : un seul élu a daigné répondre à son appel !

Ne cessant d’idolâtrer de Gaulle, il se rend, comme Dupont-Aignan et Fillon, fleurir sa tombe plusieurs années de suite à Colombey-les-deux-Eglises, flanqué de son intime : Bertrand Dutheil de La Rochère, ex-apparatchik du parti communiste, ex-chevènementiste, rallié au Rassemblement national1. « Nous défendons, lance Philippot, le projet pour la France du général de Gaulle, c’est-à-dire l’indépendance nationale, la grandeur de la France », précisant que ses Mémoires constituent son livre de chevet2 et que son portrait orne son bureau3. Sa minuscule notice du Who’s who in France indique comme centre d’intérêt : Charles de Gaulle. Rien d’autre.

Naviguant toujours d’un extrême à l’autre, il salue la percée de l’extrême gauche en Espagne et en Grèce, à travers Syriza qui, comme lui, préconise la sortie de l’Union européenne4. À la disparition du grand démocrate que fut Hugo Chavez, il célèbre, à l’instar des Mélenchon et Dupont-Aignan, son « courage, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays »5.

Pour lui, « le chevènementisme mène au marinisme »6, ne dédaignant pas de continuer à fréquenter les cercles chevènementistes à travers la fondation Res publica, ce que dénonce un proche de Marion Maréchal-Le Pen, déplorant sa « vision crypto-marxiste de l’économie, nourrie de haine sociale »7. Et voilà que, l’espace d’un jour, il continue à indisposer le Front national quand, le 26 août 2016 sur BFMTV, il met sur le même plan voile, kippa et croix chrétienne.

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France Inter, capture d’écran

Vive Poutine, à bas l’OTAN !

Peu après la présidentielle de 2022 où il se rallie à Dupont-Aignan, Philippot s’en prend violemment à Zelensky qui, selon lui, est « lâché par tout le monde, de plus en plus seul au monde »8. Sur Twitter, début mars, reprenant le langage mensonger de Moscou, il traite les Ukrainiens de « nazis », insistant sur la nécessité de dissoudre l’OTAN, ce qui serait un cadeau inespéré pour l’agresseur Poutine.

À la même époque, lors de l’assassinat de l’ex-Premier ministre japonais, il rend hommage à son courage en ce que ce dernier avait mis en cause la responsabilité de l’OTAN en Ukraine9. Après l’attentat meurtrier visant la fille d’Alexandre Douguine, Philippot incrimine le « camp washingtonien, dont il est clair qu’il veut la guerre »10.

Le site Riposte laïque, complètement inféodé à Moscou, en particulier les articles d’un Jacques Guillemain pour qui Poutine devrait être canonisé de son vivant, accueille l’envahissante prose de notre éminent présidentiable.

Le 12 février 2023, celui-ci organise une marche nationale pour la paix où, comme toujours, la responsabilité russe est complètement passée sous silence, « la France devant cesser de se mettre dans les pas sanglants de l’Union européenne et de l’OTAN », appelant à l’abandon des sanctions anti-russes, qualifiées d’ « idiotes ».

Dans son papier du 13 octobre 2023, Philippot établit un singulier parallèle entre la cinquième colonne islamiste et l’Amérique, « avide de guerre et de manipulations ». Sa chronique du 23 février 2024 s’acharne contre « la machine infernale de l’OTAN [qui] doit être cassée » car « la France doit être libre, sortir de l’Union européenne et de l’OTAN ».

Poursuivant sur la même lancée, il est à l’origine d’une manifestation de soutien à Julian Assange devant l’ambassade d’Australie en février dernier, où l’on dénonce les « actes de cruauté de l’armée américaine », Philippot s’en prenant pour sa part aux « guerres illégales menées par l’OTAN »11.

La guerre en Ukraine, connaît pas ! Non, dénonce-t-il, c’est l’un des pays « les plus corrompus du monde » que soutient le chef de l’État français, à la tête d’un « État profondément belliqueux »12. Jamais — insistons — il ne fait mention de l’agression russe, car tout est de la faute des Occidentaux, des « machines de guerre corrompues [que sont] l’OTAN et l’Union européenne ». Il est vrai que le 24 février 2022, il lançait sur X que « les Français ont bien plus à craindre de Macron que de Poutine ». Ses stupéfiants propos auraient été repris, si l’on en croit L’Express du 13 février 2024, par les officines de propagande pro-russe.

Lorsque le porte-avions Charles de Gaulle est placé sous le mandat de l’OTAN, Philippot s’en insurge, de concert avec Mélenchon, dénonçant une fois de plus « une incroyable soumission historique sous Macron de la France à l’OTAN et donc aux Américains »13.

Avec 0,65 % des suffrages aux élections européennes de 2019, 9,7 % aux municipales de 2020 à Forbach, 4,62 % aux législatives de 2022, nul doute que le fondateur du mouvement Patriotes est destiné à un brillant parcours, d’autant plus qu’il serait totalement dépourvu de sens du contact, rempli de lui-même, ne prenant pas même la peine de saluer secrétaires et personnel de sécurité à son arrivée au siège du parti lepéniste, « s’engueulant avec tout le monde »14. Ce qu’écrivait le regretté Alain Besançon ne se révèle-t-il pas, près de dix ans plus tard, d’une brûlante actualité : « Ce parti poutinien, aussi passionné et aveugle que le parti stalinien d’autrefois […] a des partisans à l’extrême gauche mais le plus grand nombre est à droite […], [qui] fait ressembler le parti russe au parti collaborateur de la Deuxième Guerre mondiale. »15

Auteur, membre du comité de rédaction de Commentaire, ancien fonctionnaire et élu local.

Notes

  1. Le Monde, 29 novembre 2014.
  2. Le Figaro-magazine, 28 février 2014.
  3. François Broche, Ils détestaient de Gaulle, Tallandier, 2020, p. 270.
  4. Le Figaro, 7 janvier 2015.
  5. Le Monde, 5 mars 2013.
  6. Le Figaro magazine, 28 février 2014.
  7. L’Obs, 27 novembre 2014.
  8. Cité par Franc-tireur, 27 juillet 2022.
  9. Ibid., 20 juillet 2022.
  10. Ibid., 31 août 2022.
  11. Riposte laïque, 23 février 2024.
  12. Ibid., 8 mars 2024.
  13. Le Monde, 14 avril 2024.
  14. Le Point, 5 janvier 2017.
  15. Commentaire, n° 149, printemps 2015, p. 20.

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