Bonjour, chères amies, chers amis,
Dans le souci d’augmenter notre interaction, nous créons une nouvelle rubrique, le Courrier des lecteurs, où nous donnerons des réponses à vos questions et dialoguerons avec vous. Vous pouvez nous écrire, comme avant, à l’adresse [email protected]. Si vous souhaitez que votre nom apparaisse dans la réponse, mettez-le en entier. Dans le cas contraire, mettez le prénom et une initiale. Vous pourrez lire nos premières réponses dans cette newsletter.
Philippe L. nous écrit : « J’attendais depuis plusieurs semaines votre newsletter à laquelle j’étais abonné depuis l’origine, sans comprendre pourquoi elle n’arrivait plus ; je viens de me réabonner après avoir constaté que le site existe toujours ; cela est-il arrivé à d’autres et est-ce une cyberattaque poutinienne qui m’a privé de vos excellents articles ?
Continuez à diffuser la lumière de l’intelligence et de la vérité, face à l’abjection du mensonge et de la manipulation ! »
Cher Philippe, merci de cette opinion très élogieuse que vous avez de notre travail. Je vais vous confier un petit secret : pour des raisons logistiques, nous sommes obligés de rayer de la liste les mails de ceux qui n’ouvrent pas notre newsletter pendant 3 ou 4 mois. Le meilleur moyen de ne pas nous perdre, c’est d’ouvrir régulièrement nos newsletters quand vous les recevez dans votre mail. Ouvrez juste pour jeter un regard, même si vous n’avez pas le temps de lire ! Quant aux cyberattaques, nous les subissons souvent, mais notre webmaster veille à leur échec.
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Michel D. soulève un problème essentiel.
« Je lis votre lettre et ses articles depuis une année. Je cherchais un média qui prenne recul et analyse. Félicitations !
Je regrette cependant qu’un sujet ne soit pas abordé : l’état du peuple russe, les conditions de vie, l’inflation, le logement, la santé, l’état d’esprit, l’opinion vraie (si tant est qu’on peut l’évaluer)…
Bien sûr, la dictature poutinienne ne faisant que perpétuer la culture de l’oppression et de la répression, il est difficile de mesurer le moindre souffle de révolte.
Mais en même temps, les discours occidentaux ne font-ils pas une erreur stratégique de communication en globalisant, en parlant de la Russie et des Russes… Ce qui est en fait, à mon avis de non expert total, entrer dans le jeu du dictateur. Poutine a beau jeu de dire : voyez, l’Occident en veut à la Russie, aux Russes, il nous en veut, nous avons raison de nous défendre, j’ai raison de nous défendre, de vous défendre…
La communication occidentale devrait séparer fortement le régime du dictateur Poutine, qui opprime son peuple, lui impose des sanctions, des morts, des difficultés quotidiennes (que les médias n’évoquent jamais, en « invisibilisant », comme on dit, 140 millions de personnes qui sont niées par le pouvoir) et le peuple, qui peine, qui meurt, qui mérite qu’on s’adresse à lui. […] Il faut préparer l’après Poutine, le construire. Aussi à l’extérieur (le rôle de l’opposition hors de la Russie ?). »
Cher Michel, j’aimerais d’abord préciser que notre média a des objectifs bien précis. Nous nous adressons au public français, européen, occidental afin de proposer des analyses qui permettent de mieux comprendre le régime russe qui nous menace en agressant l’Ukraine et en tentant de déstabiliser nos démocraties. C’est pour cela, par exemple, que nous publions régulièrement des articles sur les agents d’influence ou idiots utiles en France et parfois dans d’autres pays. Nous couvrons également la guerre d’agression menée par la Russie afin de mobiliser le soutien de l’opinion publique à la cause ukrainienne. Ce sont nos tâches prioritaires.
Nous ne sommes pas d’accord avec votre idée – très répandue par ailleurs – qu’il y a un dictateur qui opprime son peuple. Ç’aurait été trop simple. Bien sûr, Poutine est un dictateur et un impérialiste, mais le peuple n’avait pas été réduit au silence dès son arrivée au pouvoir. Il l’est maintenant, mais il a voté pour ce dictateur à cinq reprises, et, malheureusement, Poutine a gagné toutes ses élections haut la main, avec le soutien populaire. Aujourd’hui, des millions de personnes travaillent pour le complexe militaro-industriel russe, près d’un million combat en Ukraine, en y semant la mort. Des millions d’autres personnes assurent la survie de ce régime, y compris des journalistes, des écrivains, des artistes, des musiciens, qui diffusent la propagande mensongère. Des centaines de milliers d’enseignants de tous les niveaux, du jardin d’enfant à l’université, organisent des sabbats de propagande nauséabonde. Que faire de ces millions de collaborateurs du régime fasciste ? Seraient-ils victimes de Poutine ?
En effet, près d’un million de ceux qui étaient contre la guerre et ne voulaient pas s’y engager sont partis à l’étranger, mais parmi ceux qui restent, seuls de rares individus ont osé s’opposer à la guerre. Il y a actuellement 1 700 prisonniers politiques en Russie. Six braves pour 100 000 habitants adultes. Nous rendons hommage à ces braves. Nous avons notamment publié les carnets de prison d’Alexeï Navalny, depuis son arrestation et jusqu’à sa mort. Nous avons publié les dernières déclarations de plusieurs courageux opposants condamnés pour des « crimes politiques », comme Alexandre Skobov et autres. Mais, très honnêtement, il nous est difficile de nous apitoyer sur le sort de la population russe qui fait de son mieux pour soutenir ou simplement ignorer la guerre.
Quant à préparer l’avenir de la Russie, laissons cette tâche aux Russes, y compris aux différents courants de l’opposition qui se trouvent en exil. Notre tâche c’est de tout faire pour que l’Ukraine gagne et pour que l’Europe puisse se défendre contre une agression aux contours de plus en plus menaçants.
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Enfin, Marylise C. s’indigne du fait que l’ambassade russe à Paris est gardée par des policiers français. Elle écrit :
« Pourquoi une surveillance policière est-elle encore assurée devant la colossale ambassade russe, d’architecture brutaliste, Bd Lannes ? […] Qui règle la “note” de cette surveillance ? J’ose espérer que c’est l’homme qui honnit la France et toute l’Europe, utilise la Corée du Nord comme réservoir de chair à canon et asservit de nombreux ouvriers dans ses usines de guerre, lui encore qui a le cynisme et la cruauté d’enlever des milliers de jeunes Ukrainiens pour les envoyer ultérieurement sur les champs de bataille comme il envoie déjà de nombreux jeunes Africains ? » Chère Madame, je comprends tout à fait votre indignation, mais je crains de vous décevoir. Ce sont des policiers français qui gardent cette ambassade, comme toutes les autres. Le statut diplomatique ne connaît pas d’exception. Une autre question s’impose. Pourquoi gardons-nous les relations diplomatiques avec un pays qui a déjà rompu diverses conventions internationales et continue à détruire l’Ukraine ? Pour l’instant, cette question est rhétorique, elle pourrait devenir d’actualité si la Russie continue ses guerres hybrides, et notamment contre les intérêts français et européens.
Galia Ackerman, née à Moscou, est une écrivaine, historienne, journaliste, essayiste et traductrice littéraire franco-russe, spécialiste du monde russe et ex-soviétique. Elle est docteure en histoire de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheuse associée à l'université de Caen.

