Un plaidoyer pour SkyShield

L’initiative SkyShield, lancée par Robin Gastaldi, Xavier Tytelman, Frédéric Petit et Philippe Moreau-Chevrolet vise à déployer un bouclier aérien pour protéger les villes ukrainiennes des bombardements russes, le tout sans entrer en guerre avec la Russie. Près d’un millier de personnes se sont rassemblées le 3 novembre à Paris, pour plaider la création de ce bouclier. Nous publions le discours vibrant d’Aurélien Duchêne qui explique ce qu’est SkyShield, comment on peut le mettre en œuvre, et en quoi c’est la meilleure manière de dissuader Poutine.

Bonjour à toutes et à tous,

Merci d’être venus si nombreux !

En effet, nous avons travaillé sur une note à destination du Président de la République et de ses équipes, dans le cadre d’un travail que nous avons mené notamment avec des experts reconnus et avec des officiers de l’armée de l’air, en retraite ou en fonction, que nous tenons à remercier. Il en ressort qu’une opération SkyShield est parfaitement réalisable.

Comment mettre en œuvre SkyShield ?

Il s’agit, après coordination avec les Ukrainiens, d’abattre les drones et missiles russes qui foncent vers l’Ouest de l’Ukraine, en déployant nos avions qui décolleront de bases en Pologne ou en Roumanie, et il y a aussi la possibilité d’utiliser des batteries de défense aérienne depuis l’Ouest de l’Ukraine.

Maintenant de quels moyens militaires avons-nous besoin ? Si la France y va seule pour commencer, elle aurait besoin de 12 avions de combat Rafale. C’est-à-dire moins de 10 % de notre flotte de combat actuelle, qui comprend des Rafale et des Mirage 2000, et un quart de ce que prévoit l’armée en cas de conflit majeur. Avec en appui au besoin un avion de détection et de commandement AWACS (l’armée de l’Air en a quatre), et deux avions de ravitaillement en vol (nous en avons treize). S’agissant des moyens humains, nous aurons besoin de 500 à 800 militaires et civils, ce qui est très peu. Et si d’autres pays nous rejoignent, nous pourrons mutualiser les moyens.

Concernant maintenant les drones à abattre, l’intérêt d’utiliser des avions est que les nouveaux drones russes volent si haut et si vite que les défenses ukrainiennes sont souvent dépassées, sauf à utiliser des missiles chers et limités en nombre. Nos avions non plus n’utiliseront pas de missiles, nous privilégierons le canon embarqué qui permettra d’abattre massivement des drones sans vider nos stocks de missiles.

Nous utiliserons nos missiles, tirés depuis des avions, voire depuis des batteries de défense aérienne, pour abattre les missiles russes, qui sont beaucoup moins nombreux que les drones mais qui font des ravages.

J’insiste sur un dernier point : l’opération SkyShield que nous proposons est calibrée pour éviter tout risque de guerre. Il s’agit d’abattre des drones et des missiles, pas des avions russes. Les forces de l’OTAN ont bien abattu des drones dans l’espace aérien polonais, et la France elle-même a abattu des drones et missiles tirés par l’Iran vers Israël, sans que nous n’entrions en guerre contre le régime iranien.

Nos avions de combat, et éventuellement nos batteries anti-aériennes, resteront à des centaines de kilomètres de la ligne de front, où les avions russes seront retenus par les défenses ukrainiennes, d’autant plus que les Ukrainiens pourront concentrer sur le front davantage de moyens.

SkyShield, c’est aussi la meilleure manière de faire reculer la menace russe. Cela fait depuis le début de la guerre qu’à chaque fois que l’on parle d’aider davantage l’Ukraine en lui livrant des canons, puis des chars, puis des avions, puis des missiles longue portée, on enclencherait une guerre avec la Russie. Et on a regretté ensuite de ne pas l’avoir livré ces armes plus tôt.

En réalité, envoyer nos avions abattre directement des drones et missiles russes relève moins d’une escalade que le fait qu’on ait envoyé des armes qui tuent des soldats russes. On ne tue pas de soldats russes, on sauve des civils ukrainiens. Et en droit international, défendre le ciel ukrainien n’est pas de la belligérance, contrairement à l’envoi de troupes nord-coréennes pour combattre aux côtés des Russes.

J’ajouterai deux choses. D’abord, défendre aujourd’hui des villes ukrainiennes, c’est la meilleure manière de ne pas avoir à défendre demain d’autres villes européennes. SkyShield ne nous pousse pas à la guerre : cela peut aider à forcer Poutine à un cessez-le-feu en Ukraine, et à dissuader la Russie d’attaquer l’OTAN. Le principal risque de guerre avec la Russie, c’est si les Russes lancent une attaque limitée contre un pays de l’OTAN, en escomptant que les Occidentaux ne réagiront pas. C’est pourquoi, si nous défendons demain la population ukrainienne, nous montrerons  à quel point nous sommes prêts à défendre le reste de l’Europe.

Enfin, alors que nous autres Européens, et notamment nous Français, ne cessons de nous apitoyer sur notre impuissance sur la scène internationale, imaginez le message qu’enverra la France en envoyant ses forces protéger les civils ukrainiens des bombardements russes. Nous allons redonner aux Ukrainiens des raisons d’espérer, aux Français des raisons d’êtres fiers, à nos alliés des raisons d’avoir à nouveau confiance, et à nos ennemis des raisons de nous craindre.

Je terminerai par ces mots qui ouvrent l’hymne ukrainien : Chtché ne vmerla Oukraïna, l’Ukraine n’est pas encore morte. L’Europe non plus n’est pas encore morte, et la France peut le prouver en engageant SkyShield maintenant. Slava Oukraïni !

duchene bio

Aurélien Duchêne est consultant en géopolitique et défense, chargé d’études à Euro Créative. Diplômé en histoire et relations internationales (Université de Strasbourg, Université Lyon III, ILERI Lyon), il s’est spécialisé dans les questions de sécurité et de défense françaises et européennes.

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