Makine rime avec Poutine

Ces derniers temps, les poutinolâtres lèvent la tête en France. De sa plume acerbe, Vincent Laloy propose un portrait d’Andreï Makine, lauréat du prix Goncourt et d’autres prix littéraires, membre de l’Académie française, fidèle adepte de la Russie éternelle et qui se range du côté de Poutine. 

Dans l’excellente revue Transfuge d’avril 2023, Arnaud Viviant se demande si Makine, Carrère d’Encausse, Fernandez et Sallenave « ne composent pas une cinquième colonne poutinophile sous la Coupole », L’Obs ayant déjà posé précédemment cette question.

Une fois élu à l’Académie française, Andreï Makine est reçu, en décembre 2016, par Dominique Fernandez, et son épée d’académicien lui est remise par Danièle Sallenave, qui diffuse par ailleurs sa haine d’Israël et vote Chevènement puis Mélenchon ; si elle n’épargne pas Poutine, elle estime que « notre soutien sans réserve à l’Ukraine ne peut à long terme se passer d’un soutien à la Russie, à son peuple1 ». Lors de l’effondrement de l’Union soviétique, Sallenave en est si affectée qu’elle pense que celle-ci « aurait dû d’abord nous porter aux souvenirs, au recueillement, à la piété2 ». Les quelque cent millions de morts dus à cette idéologie mortifère ont dû, depuis l’invisible, apprécier…

Dans son homélie de réception, Fernandez – auteur des 560 pages du complaisant Roman soviétique, un continent à découvrir juge que la Russie est « calomniée dans nos médias3 ».

En réponse, Makine verse dans un poutinisme à haute dose, condamnant « la guerre fratricide orchestrée par les stratèges criminels de l’OTAN et leurs inconscients supplétifs européens ». Il rappelle que Poutine a soutenu à l’élection présidentielle de 2017 la candidature de Fillon – plus tard salarié de la Russie –, le qualifiant de « grand professionnel » et d’ « homme intègre », on ne saurait mieux dire ! De la situation en Irak, en Libye, au Yémen, en Syrie, le nouvel immortel fustige exclusivement le comportement occidental, sans jamais seulement faire état de l’intervention russe alors que battent leur plein les massacres d’Alep, largement dus à l’aviation de Moscou.

Makine ne changera jamais, aligné toujours et encore sur la propagande moscovite. Ainsi, en 2021, il condamne la russophobie et rend hommage à Poutine qui, lui, a « le sentiment viscéral de la patrie4 ».

« L’Occident, c’est la guerre contre la Russie »

Le Figaro du 11 mars 2022 lui accorde une pleine page où, à propos de l’Ukraine, loin de mettre en cause l’agresseur, il accuse les Etats-Unis de comportement « belliciste », dont les Européens ne sont que les « vassaux » soumis, voire persécutés !

Il établit un singulier parallèle entre agressés et agresseurs : « Je plains, écrit Makine, les Ukrainiens qui meurent sous les bombes, tout comme les jeunes soldats russes engagés dans cette guerre fratricide. […] Il faut comprendre ce que pense Poutine. […] Il a compris que l’Europe était vassalisée par les États-Unis. […] Je regrette que l’on oppose une propagande européenne à une propagande russe. »

Pour lui, « il faut le dire clairement, l’Occident est en guerre contre la Russie » – mais non l’inverse –, on croit rêver face à une telle contre-vérité. Il plaide pour « une Europe sans armes, sans blocs militaires », se glorifiant d’avoir rencontré Chirac et Dominique de Villepin, favorables à une Europe de Paris à Saint-Pétersbourg, à laquelle Washington s’est opposé. Seulement Washington ? Des pays de l’ex-bloc soviétique, Pologne en tête, le Makine ignore-t-il ladétestation de Moscou ?

Il se lamente de la fermeture de la chaîne de propagande RT-France, « erreur qui sera fatalement perçue par l’opinion comme une censure ».

Pour cet incomparable oracle, « il s’agit bien de provoquer l’effondrement de la Russie, l’appauvrissement de son peuple ». En aucun cas l’inverse, incroyable mais vrai.

Cet alignement fait aussitôt réagir Wiktor Stoczkowski, directeur d’études à l’École des hautes études en science sociales : « On éprouve un malaise à voir comparer les victimes civiles du pays envahi et les soldats tués de l’armée d’invasion : la comparaison accordée sans distinction aux agressés et aux agresseurs ne laisse pas d’interroger. […] Le président du pays qui se défend et le président du pays qui attaque sont mis sur le même plan, à l’instar des victimes civiles ukrainiennes et des morts militaires russes. »

« Makine, poursuit le professeur, recourt à l’argumentaire emprunté dans la totalité à la propagande poutinienne. […] La Russie annexe des territoires, mais c’est la faute à l’expansionnisme américain. […] Makine parle du “monde du mensonge dans lequel nous vivons”. Songe-t-il à la propagande russe ? Il la mentionne mais son attention se concentre sur “la propagande européenne”. »

L’auteur, pour conclure, de s’étonner que la liberté d’expression serait, selon Makine, bafouée en France : « Il faut beaucoup d’aplomb pour porter ces accusations contre les médias français au moment même où l’on bénéficie de la liberté d’exposer, dans un grand quotidien, les idées proches du dictateur russe5. »

Un an plus tard, Le Figaro du 22 février 2023, lui ouvre de nouveau ses colonnes sur une page entière, où Makine continue à dénoncer non pas ce brave Poutine mais « la brutalité des guerres [américaines] que leurs dirigeants lancent à travers le monde ». L’axe du mal – Russie, Chine, Iran, Corée du Nord, Venezuela and co. –, sans doute composé de braves démocrates épris de paix devant l’éternel, ne paraît pas exister pour le prix Goncourt de 2015, selon lequel, insistons, seuls Washington et l’Europe libre sont les agresseurs.

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Discours d’Andreï Makine à l’Académie française le 15 décembre 2016 // Capture d’écran

Les habituels séides du Kremlin

On ne s’étonnera pas de le voir annoncé au Salon du livre russe, qui se tient au « Centre spirituel et culturel russe » du quai Branly (considéré comme un site possible d’espionnage russe à proximité de l’Elysée et des ministères) du 5 au 7 décembre prochain, auquel participe aussi l’écrivain Vladimir Fedorovski, un habitué de nos plateaux télévisés, ou encore le peintre Mikhaïl Chemiakine. Ce salon est fourni par la librairie d’extrême droite Logos, où un autre propagandiste de haut vol du Kremlin, Xavier Moreau, a dédicacé le 15 novembre son dernier livre, Z Ukraine. Pourquoi la Russie a gagné. Logos est le diffuseur de la « lettre d’informations confidentielles »  Faits et documents, qui s’est tristement distinguée dans des insinuations indignes contre l’épouse du chef de l’État. Moreau est un proche de Thierry Mariani, de Régis Le Sommier et d’Alain Soral.

Comment ne pas s’étonner, ne pas déplorer que Makine ait été nommé chevalier de la Légion d’honneur lors de la promotion du 14 juillet 2025 au titre de la grande chancellerie, étrangement complice ? Nul doute que cet immortel ne le sera que de son vivant…

Comment enfin ne pas opérer un rapprochement de la constance de ses positions avec l’alignement du site d’extrême droite Riposte laïque, en particulier sous la plume d’un Jacques Guillemain, même si, dans la forme, un Makine paraît moins excessif ?

Dans ses outrances du 24 novembre, Guillemain, porte-parole systématique de Moscou, américanophobe systématique, prétend, citant des élucubrations du Monde diplomatique,  que  « les États-Unis sont les seuls responsables de la guerre. […] Le bellicisme américain soutenu par Bruxelles et les leaders européens sera jugé comme un des pires crimes de l’histoire  », pas moins !  

On pourrait également y associer Edgar Morin, haïssant Israël lui aussi, dont Philippe Val a fort bien résumé les impostures de son livre De guerre en guerre, lequel « reprend scrupuleusement la propagande de Poutine et les thèses de Russia Today sur le Donbass et la Crimée, pour accabler l’Ukraine et justifier l’invasion russe. Le tout s’appuyant sur des erreurs historiques assez réjouissantes6. »

Décidément, le parti de l’étranger, aux extrêmes – dont la France insoumise –, ne désarmera jamais.

mystery man

Auteur, membre du comité de rédaction de Commentaire, ancien fonctionnaire et élu local.

Notes

  1. L’Obs, 9 février 2023.
  2. Cité par Jean-François Revel, La grande parade, Plon, 2000, p. 27.
  3. Franceinfo, 15 décembre 2016.
  4. Valeurs actuelles, 11 février 2021.
  5. L’Obs, 18 mars 2022.
  6. Philippe Val, La gauche et l’antisémitisme, L’Observatoire, 2025, p. 135. Pour Morin, intime de Tariq Ramadan, « chasser Bachar el-Assad est un problème secondaire » (Le Point, 14 janvier 2016). Ou « après l’effondrement de l’URSS, on a vu qu’il n’y avait plus d’espoir sur la terre » (Le Progrès, 7 janvier 2018).

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