PCF, LFI et autres soumis à Moscou

De sa plume acérée, Vincent Laloy démontre une sorte de collusion entre les attitudes de deux partis parlementaires français, LFI et le PCF, et celles des incorrigibles « réalistes», comme Védrine, Villepin, Villiers ou Guaino : les uns et les autres reprennent les narratifs pro-russes et pro-chinois. Une liste à laquelle il ajoute des conseillers de Bardella et d’autres partisans de la Russie comme Luc Ferry, Asselineau, Dupont-Aignan et Philippot.

Tandis que la menace russe s’étend ici et là sous différentes formes, et alors que le chef d’état-major des Armées met en garde de manière solennelle contre celle-ci, un débat s’est déroulé à l’Assemblée nationale, le 10 décembre, portant sur la hausse des crédits de la défense.

411 députés ont voté pour, 88 s’y sont opposés, à savoir la France insoumise et le Parti communiste, le groupe écologiste s’abstenant, avec le courage qui le caractérise…

Ces députés se refusent obstinément à entendre le conseiller politique du Kremlin Karaganov : « Cette guerre a déjà commencé. Simplement, nous ne l’appelons pas encore ainsi. Notre véritable adversaire est bien l’Europe. »

Un Parti communiste aligné

Le parti stalinien reste inféodé à Moscou. L’Humanité du 28 février 2024 titrait « Macron choisit l’escalade guerrière avec la Russie », suivi de deux pleines pages.

À Fabien Roussel, son secrétaire national, l’hebdomadaire Marianne du 7 mars 2024 accorde une page entière, ce qui n’étonnera pas quand l’on sait que Natacha Polony n’est pas gênée de se commettre, pour sa part, dans le journal du Parti communiste. L’ex-député Roussel se désole que « les faucons européens appellent déjà à une confrontation directe avec la Russie, […] à faire la guerre au peuple russe », dénonçant les déclarations du chef de l’État qualifiées d’ « irresponsables et dangereuses ».

Roussel, dépourvu de toute connaissance historique de base, condamne le fait que, selon lui, l’Europe se soit « soumise à la protection des États-Unis depuis 1945 », laissant supposer qu’il aurait préféré qu’elle se fût placée sous la férule stalinienne. Comme il se doit, il s’insurge contre une éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Loin est le temps où il voyait Poutine, en mars 2022, sur BFMTV, en « dirigeant nationaliste, d’extrême droite, dictateur »… Et voilà que Le Figaro (17 décembre 2025) lui ouvre ses colonnes !

L’Humanité persiste et signe : son édition du 12 septembre 2025 est intitulée « Après l’incursion de drones russes en Pologne, l’Europe fait le pari de l’escalade militaire contre Moscou », et non l’inverse ! De son côté, Francis Wurtz, ex-député européen, s’attaque régulièrement à l’Ukraine dans L’Humanité-dimanche qui, comme le quotidien éponyme, ne survit que grâce à l’aide de l’État.

Dans Franc-tireur du 24 septembre suivant, Cyrille Amoursky se désole de cet alignement. Sous le titre « C’est reparti, mon coco ! », il juge que Roussel « retombe dans les travers historiques d’un pacifisme capitulard, préférant dénoncer la “logique de guerre”, au prix d’abandonner l’Ukraine par lâcheté ».

L’Humanité du 4 décembre revient à la charge : « Face à la Russie, l’Europe joue l’escalade », laissant entendre que seule Moscou défend et propose la paix. Wurtz surenchérit, il affirme que les dirigeants européens « auront des comptes à rendre » mais surtout pas Poutine.

La CGT verse évidemment dans le même sens. Ainsi la CGT Arsenal de Toulon dénonce ces « va-t-en guerre qui nous gouvernent. […] Elle exprime sa plus vive indignation face aux propos indécents, choquants et déplacés du chef d’état-major des Armées1. »

France insoumise soumise à Moscou

Raphaël Enthoven et Sophie Aram2 ont rappelé les déclarations de Mélenchon à savoir qu’il « ne faut pas faire la guerre aux Russes, il faut s’entendre avec eux ». Juste avant l’invasion de l’Ukraine, il estimait que l’OTAN était l’agresseur. Comment ne pas rejoindre le directeur délégué de Marianne, Aurélien Viers, considérant, à l’opposé de Polony, que « les pro-russes Dupont-Aignan, Guaino, Mélenchon ont beau tendre la main de la France, Poutine la mord déjà » ?

Lors du débat précité à l’Assemblée nationale, Eric Coquerel dénonce la position de la France, de même que Bastien Lachaud, élu de Seine-Saint-Denis, membre de la commission de la défense, par ailleurs mis en examen pour les comptes de campagne trafiqués du Mélenchon à la présidentielle de 2017.

Lachaud dénonce alors un « discours sur la guerre à venir [qui] affaiblit la France et sa capacité de dissuasion. […] La Russie ne nous attaquera pas sans craindre l’abîme, le chaos et la destruction ». Au sujet de l’éventuelle confiscation des avoirs russes, il y est évidemment hostile car « une telle décision aurait des conséquences désastreuses pour la France, aucun investisseur ne prendrait le risque d’y placer son argent » ! Il est l’auteur d’un ouvrage intitulé Faut-il faire la guerre à la Russie ?, publié en 2019 aux éditions du Cerf. Tel son mentor Mélenchon, Lachaud s’en prend à Alexeï Navalny (mais pas à Poutine). Pour lui, « les jugements catégoriques qui condamnent l’action de la Russie en Ukraine sont, au mieux, caricaturaux, au pire tout à fait partisans. Du point de vue des intérêts de la France, il n’est pas vrai que l’un ou l’autre des deux camps en présence doive être soutenu. »

En revanche, Lachaud se déchaîne, invoquant le traître Snowden, contre l’Amérique, à l’origine de tous les maux de la terre ou presque, avec ses « années d’encerclement agressif des abords du territoire russe ». « Depuis Moscou, il faudrait être fou pour ne pas voir dans l’histoire récente la chronique d’un encerclement. […] Et avec cela, on voudrait que les Russes voient sans broncher l’avancée de leur vainqueur : c’est absurde et humiliant. »

Pour notre subtil auteur, la paix passe par le retrait de l’OTAN car « les États-Unis, [sont] fauteurs de guerre, […] fauteurs des désordres du monde », bref il faut faire vœu d’obéissance à Moscou, et de titrer son ultime chapitre « Pour une nouvelle amitié franco-russe ».

Le Monde diplomatique de mars 2020, sous la plume d’Hélène Richard, célèbre cet « essai court et pédagogique » sur « la fausse menace russe ». C’est le même Lachaud qui estimait que la visite du président Macron, en juillet 2021, au sanctuaire de Lourdes, se plaçait dans « les pas de Pétain ». On ne voit pas vraiment le rapport.

Ajoutons que PCF et LFI sont en totale harmonie dans leur détestation d’Israël, la tuerie du 7 octobre ne semblant jamais avoir existé pour eux.

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Jean-Luc Mélenchon (au centre), Éric Coquerel (à sa droite) et Bastien Lachaud (derrière Mélenchon, le plus grand), lors d’une manifestation à Paris, le 10 septembre 2025 // Page Facebook de Bastien Lachaud

Les propagandistes habituels du Kremlin (et de la Chine)

Le même mensuel, de décembre 2025 cette fois, sous la plume de Pierre Rimbert, voit en Sylvie Kauffmann, la journaliste du Monde, la « porte-voix des marchands de canon », osant prétendre que « rien n’indique que les drones soient d’origine russe ».

On retrouve le narratif pro-russe et pro-chinois dans toute cette mouvance qui court de Mélenchon à Villepin. Ce dernier plaide, toujours en décembre, sur Europe 1, pour une « Chine forte », laquelle – parmi d’autres dictatures – rémunère royalement ses conférences, pendant que, pour Roussel, « Taïwan appartient à la Chine3 », encourageant par là une possible intervention contre l’île démocratique. Védrine enjoint le président Macron « de montrer à la Chine que nous ne sommes pas les marionnettes de Trump4 ». Et pour madame Chikirou, la Chine « n’est pas une dictature ». Jamais, au grand jamais, on n’entend nos politicards s’inquiéter de l’axe du mal, conduit par la Chine-Russie, suivies, entre autres, par l’Iran, la Corée du Nord et le Venezuela.

Et voici que Ségolène Royal entend faire tandem avec Villepin pour l’élection présidentielle de 2027, comme si la France était pourvue d’un vice-président officiel. Affidée de Mélenchon jusque-là, elle trouve que « Villepin parle juste, notamment sur l’international », dénonçant les « postures va-t-en guerre » contre la Russie de Raphaël Glucksmann5.

Les trois V – Védrine, Villepin et Villiers – sont en parfaite harmonie : il n’est qu’un coupable dans la guerre en Ukraine, l’OTAN. Villiers, copiant les thuriféraires russes, s’en prend exclusivement aux « va-t-en guerre européens [qui] s’agitent en tous sens pour que la guerre en Ukraine continue. C’est leur viager pour fédéraliser l’Europe otanisée », et célébre les Brics qui « portent le projet d’un nouvel ordre mondial post-occidental ». La solution ? L’Europe de l’Atlantique à l’Oural6. Il s’abaisse même à envoyer un message de soutien au groupuscule de Florian Philippot, affirmant que « la Russie n’est pas notre ennemie7 ». C’est du copier-coller du sieur Vladislav Belov, directeur du centre d’études allemandes de l’Académie des sciences de Russie : « Pour l’instant, l’Europe mène une guerre contre la Russie par le biais de l’Ukraine8. »

Et que dire de Luc Ferry, qui se prosterne face à Poutine, « qui n’est pas notre ennemi », et soutient, avec une rare violence de ton, que c’est l’Ukraine qui a commencé ? Selon lui, « on s’invente un ennemi depuis trente ans », allant jusqu’à recommander la lecture d’Edgar Morin et Védrine9. Comme de bien entendu, son interview est valorisée par le poutinolâtre Jacques Guillemain sur le site Riposte laïque. Et dire que Ferry ose par ailleurs se prévaloir de Raymond Aron, quelle honte !

L’Union européenne a sanctionné Xavier Moreau (ex-conseiller de l’ex-député Jean-Frédéric Poisson, aujourd’hui citoyen russe) et Jacques Baud (ancien militaire suisse, professionnel de la désinformation), qu’elle a qualifiés d’ « agents de déstabilisation russe en Europe ». Mais ils bénéficient du soutien inconditionnel de site Riposte laïque. Si Omerta n° 2 de mars 2025 tente de dresser un douteux parallèle entre « les petits télégraphistes de Kiev et Moscou » en citant Xavier Moreau, l’inévitable Le Sommier avait accordé quatre pages à une complaisante interview de Baud dans son n° 1 de février 2023, puis une page dans Le Journal du dimanche du 15 juin 2025. La liste de l’UE pourrait être largement complétée par la masse de propagandistes du Kremlin en France.

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Thierry Mariani et Jordan Bardella lors d’une réunion publique à Bessières en 2019 // Chaîne YouTube du Rassemblement national, capture d’écran

Comment ne pas rejoindre Raphaël Enthoven pour lequel « les gens qui, corrompus ou sincères, expliquent doctement que c’est l’Ukraine qui a déclenché cette guerre et que l’OTAN est une menace pour la Russie, sont l’équivalent des collaborationnistes qui souhaitaient la victoire de l’Allemagne [de Hitler]10 » ? Tandis que Robert Kagan montre que « Poutine vise un objectif plus ambitieux : l’effondrement de l’Alliance atlantique11 », ce qu’a bien compris aussi Aurélien Viers, qui invite les capitulards à écouter la télé russe, « où l’on parle de percer la défense des pays baltes ».

Si l’on ne décèle pas trace de poutinophilie avérée chez Jordan Bardella, on ne peut pas ne pas relever que trois des membres de son cabinet ont été des proches d’Asselineau, Dupont-Aignan et Philippot, autres inféodés au Kremlin12. Rappelons aussi la présence, sur la liste Bardella aux élections européennes, de Thierry Mariani, aussi bienveillant avec Poutine qu’avec le sanguinaire el-Assad, que le RN n’a pas hésité à investir tête de liste à Paris pour les prochaines municipales. Qu’en pense Bardella ? Bien qu’il prêche tout et son contraire, on peut suivre Gérard Araud et appliquer à ce petit monde la définition qu’il donne de Claude Cheysson, ministre des Affaires étrangères sous François Mitterrand : « complaisant avec les dictateurs, tiers-mondiste archaïque et idéologue, imperméable aux réalités13. »

Concluons avec Françoise Thom : « La Russie va de guerre en guerre : la Tchétchénie d’abord, la Géorgie ensuite, puis l’Ukraine, “l’Occident collectif”, l’Europe enfin14. »

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Auteur, membre du comité de rédaction de Commentaire, ancien fonctionnaire et élu local.

Notes

  1. Informations ouvrières, 27 novembre 2025.
  2. Franc-tireur, 10 décembre 2025 ; Le Point, 11 décembre 2025.
  3. Marianne, 3 mars 2022.
  4. Le Progrès, 3 décembre 2025.
  5. Le Figaro, 11 décembre 2025.
  6. Le JDNews, 3 décembre 2025. Dans le même numéro, Xenia Fedorova, l’ex-directrice de RT France, se lamente que la France ne soit pas restée fidèle à De Gaulle…
  7. Riposte laïque, 15 décembre 2025.
  8. Le Figaro, 9 décembre 2025.
  9. BSEAN MédiaTV, 23 novembre 2025.
  10. Franc-tireur, 10 décembre 2025.
  11. Commentaire, n° 192, hiver 2025-2026, p. 906.
  12. Le Parisien dimanche, 14 décembre 2025.
  13. Passeport diplomatique, Grasset, 2019, p. 40-41.
  14. Desk Russie, 15 décembre 2025.

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