Le 8 avril, Galia Ackerman a été invitée par l’Union des Consuls Honoraires en France (UCHF) pour une conférence sur Zoom, à laquelle étaient également conviés de nombreux Consuls généraux qui exercent leurs fonctions en France. L’historienne a traité le sujet énoncé dans le titre de cette publication. À cette occasion, elle esquisse les contours de l’idéologie de chacun des quatre pays de « l’Axe du Mal », à savoir la Chine, la Corée du Nord, l’Iran et la Russie, en consacrant une place importante à ces deux derniers.
Mesdames, Messieurs,
Consuls honoraires, Consuls généraux !
Le deuxième quart du XXIe siècle n’apporte pas de répit à l’humanité. De nombreuses guerres secouent le monde, dont deux sont d’une importance cruciale pour l’Europe : la guerre menée par la Russie en Ukraine, qui est dans sa cinquième année et dont on ne voit pas d’issue proche, et la guerre au Proche et Moyen-Orient, qui ravage la région et menace la stabilité économique et politique dans le monde.
Avant de parler de la Russie et de la menace qu’elle représente pour l’Europe et pour l’avenir de la démocratie, arrêtons-nous quelques instants sur ce que certains politologues appellent « l’Axe du Mal », à savoir une sorte d’entente sacrée qui réunit quatre régimes totalitaires : celui de Poutine, celui des mollahs, celui de Kim Jong-un, et, bien sûr, celui du camarade Xi Jinping. Cette entente se réalise à travers différents traités, conventions et d’autres actes qui leur permettent de se renforcer les uns les autres et de se venir mutuellement en aide, ouvertement ou secrètement.
Cependant, entre ces régimes, les différences sont notables. La Chine a une doctrine d’expansion économique à long terme, qui se réalise non seulement à travers le flux des marchandises chinoises qui inondent le monde entier, mais à travers des participations à la construction des infrastructures vitales dans différents pays du globe ou des achats d’infrastructures déjà existantes. Cependant, elle ne tient plus à exporter le marxisme ou la révolution mondiale et, à part Taïwan dont l’avenir reste suspendu, elle n’a pas d’autres prétentions territoriales affichées.
La Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, reste un pays armé jusqu’aux dents, qui cherche à sortir de l’isolement international en aidant les régimes « frères », en particulier celui de Poutine. L’amitié entre les deux dictateurs est désormais scellée par le sang des jeunes Nord-Coréens envoyés à l’abattoir en Ukraine et par des livraisons d’armes pour cette guerre : 15 millions d’obus d’artillerie de calibre 152 mm et de 122 mm, des missiles antichars, des missiles balistiques à courte portée et des systèmes de missiles antichars, ainsi que des pièces d’artillerie et des systèmes de tir en salve. Cependant, ce pays non plus n’a pas de visées sur les territoires voisins. L’objectif des leaders coréens est de maintenir sa propre population sous contrôle absolu et sans lien avec le monde extérieur.
À l’inverse de la Chine et de la Corée du Nord, les régimes iranien et russe sont des régimes de type messianique et eschatologique. La révolution iranienne mène le combat contre « l’entité sioniste » qu’il a juré de détruire. Plus généralement, la révolution islamiste vise à rapprocher la venue de l’imam caché, le Mahdi, en subjugant les pays du Moyen-Orient, notamment grâce à des armées de proxys – le Hamas, le Hezbollah, les Houthis. Voici ce que déclarait au monde entier le commandant des Gardiens de la Révolution islamique, le général de division Mohammad Ali Jafari, en janvier 2016 : « Nous devons être prêts à nous sacrifier pour atteindre les nobles objectifs de la révolution islamique (révolution iranienne). Et en utilisant les capacités que Dieu nous a données, dans l’esprit du djihad, nous devons jouer notre propre rôle dans la révolution islamique. L’émergence de l’État islamique et d’autres groupes takfiristes [extrémistes islamistes adeptes d’une idéologie violente] dans la région ces dernières années, ainsi que les événements qui se sont produits, préparent le terrain pour l’avènement du Mahdi. Regardez le résultat positif : environ 200 000 jeunes armés se tiennent prêts en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen. » Depuis, la force de frappe iranienne n’a cessé d’augmenter, grâce notamment à des liens très sérieux entre l’Iran et la Russie.
La Russie et l’Iran ont renforcé leurs liens militaires depuis que le président russe Vladimir Poutine a ordonné, en février 2022, le lancement d’une invasion à grande échelle de l’Ukraine.
En particulier, l’Iran a fourni à la Russie des drones d’attaque à longue portée « Shahed », que celle-ci a utilisés pour bombarder l’Ukraine, et dont elle a également développé ses propres versions, plus perfectionnées. Poutine et le président iranien Massoud Pezechkian ont ensuite signé un accord de partenariat stratégique global dont l’article 4 stipule que « dans le but de renforcer la sécurité nationale et de contrer les menaces communes, les services de renseignement et de sécurité des parties contractantes échangent des informations et leur expertise ».
En effet, la Russie semble apporter son aide à l’Iran dans le cyberespace. Depuis fin février, des groupes de hackers contrôlés par l’Iran ont intensifié leurs opérations, visant principalement des entreprises d’infrastructure et de télécommunications d’importance critique dans le golfe Persique, en coopération avec des groupes de hackers russes. Les groupes de hackers iraniens ont également utilisé certaines méthodes qu’ils ont obtenues auprès de hackers russes.
Le soutien des soi-disant patriotes russes à l’Iran dans son combat contre les États-Unis et Israël en dit long sur les objectifs messianiques et apocalyptiques similaires. Voici ce que déclarait, il y a un mois, l’un des principaux idéologues russes aujourd’hui, Alexandre Douguine : « Je tiens à souligner qu’aujourd’hui, on peut déjà affirmer que nous n’avons plus affaire à un simple Occident libéral. Le libéralisme s’est très vite essoufflé et a disparu de l’ordre du jour. Personne ne parle plus des valeurs libérales ou de la démocratie – tout cela appartient désormais au passé. C’est à présent le culte de Baal qui règne, le culte du veau d’or, le culte de la puissance mondiale, le culte des États-Unis et d’Israël. C’est une civilisation de violence, de satanisme, de cannibalisme, de perversions et de pédophilie. Et cette “civilisation pédophile de Baal” tombe le masque sous nos yeux et commence à attaquer sérieusement.
Ce qui se passe ressemble fortement à la Fin des temps à tous égards. Et si nous ne trouvons pas en nous la force de prendre conscience de la situation, nous nous retrouverons dans une situation catastrophique. Beaucoup affirment : “Ce n’est pas le moment de paniquer”, mais il vaut parfois mieux s’inquiéter sérieusement de ce qui se passe que de croire que nous allons nous en sortir. À présent, c’est certain que nous ne nous en sortirons pas : l’Iran est le dernier obstacle sur la voie d’une guerre ouverte entre la civilisation de Baal et la Russie.
Si nous avions la volonté et la détermination nécessaires (bien que j’en doute fortement), nous devrions commencer à agir selon les mêmes règles que celles que tous, sauf nous, appliquent déjà. Autrement dit, nous éliminerions la direction politico-militaire de l’Ukraine et, sans nous soucier des coûts, nous mènerions à bien les objectifs de l’opération militaire spéciale1. »
Dans un entretien au club d’Izborsk, Douguine persiste et signe : « Netanyahou a déclaré que cette guerre, d’un point de vue religieux et sioniste, est menée selon lui contre Amalek [l’ennemi juré d’Israël dans la Bible]. Amalek est l’ennemi d’Israël, et Netanyahou a clairement affirmé dans son discours qu’ils extermineraient les nourrissons et les enfants, et que personne ne devait rester en vie dans cette guerre. Tel est l’état d’esprit de Netanyahou : la guerre doit prendre fin lorsque l’Iran n’existera plus, lorsque Amalek aura été anéanti. Il s’agit là du projet politico-religieux d’Israël. Le premier coup porté aux ennemis d’Israël, à Amalek et à l’Iran, s’est avéré très douloureux.
Et pour intimider la population, ils ont cyniquement exterminé des enfants par une frappe ciblée. Cependant, cela n’a pas produit l’effet escompté par ces monstres américano-israéliens. Le peuple iranien s’est rallié autour de ses dirigeants : un nouveau Rahbar a été élu, le nouveau chef de la structure politico-religieuse Vilayat al-Faqih. Le peuple iranien et ses dirigeants sont désormais déterminés à ne mettre fin à cette guerre qu’après avoir rayé Israël de la surface de la terre.
La hache a désormais rencontré la pierre : du point de vue d’Israël, c’est Amalek qu’il faut anéantir. Du point de vue des Iraniens, Israël, tout comme l’Occident tout entier avec les États-Unis à sa tête, est le Dajjal, c’est-à-dire une sorte d’Antéchrist qui doit devenir le roi régnant sur toute la terre.
À présent, beaucoup de choses dépendent de l’Iran. L’Iran n’a pas l’intention de mettre fin à cette guerre, il compte atteindre ses objectifs – détruire Israël en tant que tel – et il a toutes les raisons de le faire après ce qu’Israël a infligé aux dirigeants militaires, religieux et politiques. »
Enfin, la conclusion du même entretien : « Les États-Unis exigent que nous cessions de fournir des renseignements à l’Iran. Cela signifie donc que nous leur en fournissons. Or, pendant ces quatre dernières années, ils ont fourni et continuent de fournir des renseignements à notre ennemi en Ukraine : ces guerres sont trop étroitement liées. Plus encore, il s’agit de deux fronts d’une même bataille : un ennemi commun, des valeurs communes. L’Iran et nous-mêmes nous battons pour un monde multipolaire, tandis que l’Occident et Israël se battent pour préserver un monde unipolaire agonisant et en pleine décomposition. Objectivement, nous sommes du côté de l’Iran. »
L’antisémitisme traditionnel au sein de la population russe prend des aspects terrifiants dans la bouche d’un autre personnage sinistre, l’écrivain Alexandre Prokhanov. Je cite : « Aujourd’hui, tous ces lieux qui me sont chers en Iran sont frappés par des missiles israéliens et américains. Les dépravés et les cannibales de l’île d’Epstein ont embarqué sur des porte-avions, se sont installés aux commandes de bombardiers et violent l’Iran. Le pédophile Trump a tué d’un seul coup deux cents petites filles iraniennes et a recouvert son corps putride de cadavres d’enfants. Le bourreau Netanyahou, qui fait des Juifs le peuple le plus sanguinaire du monde, construit le Troisième Temple en l’assemblant avec les os des Palestiniens, en versant le sang des nourrissons dans des bétonnières.
Nous vivons les jours des plus grands crimes de l’histoire. Netanyahou et Trump sont les avortons sanglants de la civilisation mondiale. Que les minarets pointus des innombrables mosquées iraniennes se transforment en missiles hypersoniques et renversent le chandelier sanglant à sept branches.
Lion iranien, accomplis ton grand bond ! »
Après avoir parlé du lien très étroit entre les idéologies et les visions eschatologiques présentes dans les deux régimes, iranien et russe, parlons plus spécifiquement de la Russie. L’ambition impérialiste de la Russie ne fait pas de doute. Sur le ton de la blague, Vladimir Poutine a affirmé, il y a quelques années, que les frontières de la Russie ne se terminent nulle part. En effet, en prônant l’avènement du monde multipolaire, ce qui est déjà la réalité, la Russie tend à ressusciter « l’empire soviétique » dans ses anciennes frontières, à mettre sous coupe réglée l’Europe centrale, voire l’Europe tout court. Ce serait un monde d’États-civilisations, comme le dit Douguine : « Le monde multipolaire esten quelque sorte un monde de mondes, un méga-cosmos englobant des galaxies entières. Et ici, il est important de déterminer combien de tels États-Civilisations peuvent exister, ne serait-ce qu’en théorie ? » Pour Douguine, il n’y en a que trois : la Chine, l’Inde et la Russie-Eurasie. Il reconnaît l’existence d’une civilisation islamique, mais les peuples de l’Islam sont loin de former une structure étatique. Également, pour Douguine, « la lutte pour l’Ukraine n’est rien d’autre qu’une lutte pour l’État-civilisation ».
N’entrons pas dans les différentes interprétations du concept d’État-civilisation en Russie, à propos de l’Occident, des États-Unis, de l’Amérique latine, de l’Afrique, etc. Ce qui nous importe, c’est le fait que la conception de l’État-civilisation pour définir la Russie est profondément ancrée dans les consciences. Or cette civilisation inclut, selon Poutine lui-même et ses idéologues, tout territoire où vivent les Russes et où ils pourraient être « persécutés » en raison de leur appartenance ethnique ou linguistique – c’est le prétexte de cette guerre contre l’Ukraine, peut-être bientôt contre les pays baltes, et peut-être d’autres pays encore, car la diaspora russe compte plusieurs millions de personnes disséminées dans le monde. Cette civilisation a également vocation à réunir les terres historiquement russes – de façon un peu primitive, toutes les terres où la botte d’un soldat russe a laissé son empreinte.
C’est Vladimir Poutine qui s’est mis à parler, dès 2012, de la « Russie historique » dans son article intitulé « La Russie et la question nationale ». Il y affirmait que les principaux problèmes de la Russie « sont liés à l’effondrement de l’URSS et, en substance, d’un point de vue historique, de la Grande Russie, dont les fondements remontent au XVIIIe siècle ».
Ainsi, selon Vladimir Poutine et ses partisans, la « Russie historique » a pris forme précisément au XVIIIe siècle. N’est-ce pas là une erreur ? Pourquoi, si l’on parle d’histoire, pas au Xe siècle, lorsque la Rus’ ancienne s’est formée, avec pour capitale Kyïv ?
La réponse à ces questions est évidente : parce que c’est au XVIIIe siècle qu’est né l’Empire russe. Plus précisément en 1721, après la victoire contre la Suède et la conclusion de la paix de Nystad, dont le tricentenaire a été célébré en 2021 dans les cercles dirigeants russes comme un événement marquant pour « l’émergence de l’État russe ». Et cette attitude est vraiment importante tant pour la Russie elle-même que pour ses voisins, car c’est précisément au XVIIIe siècle que les frontières de la « Russie historique » ont commencé à se dessiner, distincte des frontières internationalement reconnues de la Fédération de Russie.
Les premières ne couvraient pas seulement le territoire de l’ancienne Union soviétique, mais le dépassaient, englobant l’Alaska, la Finlande et la Pologne. Ce qui, apparemment, a donné aux politiciens et propagandistes russes tout à fait conventionnels des raisons de parler très sérieusement des perspectives de « retour » du premier, de contrainte au statut non aligné de la deuxième et du retrait des troupes de l’OTAN de la troisième. C’est par ces idées qui ne tiennent pas compte de la réalité et du droit international que s’expliquent les ultimatums de la Russie à l’OTAN et aux États-Unis, demandant leur retrait total de l’Europe centrale, et le retour des pays de l’ex-bloc soviétique à la neutralité, prémisse de leur remise sous contrôle russe.
Cependant, il ne s’agit pas d’un simple projet impérialiste, loin de là. En 2023, le président Poutine a inscrit le concept de la Russie en tant qu’État-civilisation dans la « Conception de la politique étrangère de la Fédération de Russie ». Selon cette conception, la Russie est un État-civilisation à part entière, une vaste puissance eurasienne et euro-pacifique qui a rassemblé le peuple russe et les autres peuples constituant la communauté du « monde russe ». Le concept a une vaste composante spirituelle. Comme l’a expliqué l’influent évêque Joseph dans une récente conférence scientifique à Moscou, « c’est sur la base de la spiritualité orthodoxe qu’est apparu un phénomène unique, baptisé “le monde russe”. C’est un projet civilisationnel mondial du peuple russe, qui a rassemblé autour de lui de nombreux autres peuples sur la base de la tradition spirituelle russe, de l’État russe, de la langue russe, de la culture russe et d’une histoire commune. L’idée du monde russe est apparue après le baptême de la Rus’, et c’est au milieu du XIe siècle que le concept de “monde russe” a été mentionné pour la première fois pour caractériser la civilisation orthodoxe russe. »
Et le projet principal de la civilisation orthodoxe russe, c’est de s’opposer au Mal, et particulièrement à l’Occident satanique. L’évêque Joseph précise : « La mission historique de la Russie dans l’histoire mondiale a souvent été interprétée à travers le concept de katechon (la force “qui retient”) – une force qui empêche la propagation mondiale du mal, qui doit s’achever par la venue du fils de la perdition, l’Antéchrist. La conception reflète l’idée de la Russie en tant que gardienne des valeurs spirituelles traditionnelles à une époque où celles-ci sont en train d’être détruites. »
Cette idée est clairement exprimée dans la Déclaration du Concile populaire russe mondial adoptée en 2024: « Le sens suprême de l’existence de la Russie et du monde russe qu’elle a créé – leur mission spirituelle – consiste à être le « Frein » universel, protégeant le monde du mal. Sa mission historique consiste à faire échouer, à chaque fois, les tentatives d’instaurer une hégémonie universelle dans le monde – les tentatives de soumettre l’humanité à un principe maléfique unique. »
Sous le régime de Poutine, le monde à l’envers a envahi les médias et les déclarations officielles. On combat l’Occident et son proxy maléfique, l’Ukraine, au nom de la résistance à l’arrivée de l’Antéchrist, au nom du combat du Bien contre le Mal. Et sauver les Russes (or le régime Poutine et Poutine lui-même considèrent les Ukrainiens comme des Russes égarés qu’il faut ramener au bercail), c’est une mission civilisatrice de ce régime, pour ériger l’Empire du bien. Au nom de ce Bien, on commet des atrocités en Ukraine, et avant en Syrie, en Afrique et en Géorgie, on tue les civils et on envoie à la mort sa propre chair à canon, qui ira droit au paradis. Comme l’a déclaré le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov : « Nous avons notre propre notion du Bien. Et c’est précisément elle qui l’emporte. » Auparavant, M. Lavrov avait déclaré que presque tout l’Occident européen était « mobilisé », et que l’Europe voulait, à coups de baïonnette, prolonger l’existence du régime nazi de Volodymyr Zelensky.
Et si le Bien n’arrive pas à gagner contre l’Antéchrist, le gouvernement mondial, la perversion occidentale ? L’Iran a déjà démontré qu’il était prêt à attiser le feu dans tout le Moyen-Orient pour que toute la région meure dans les flammes. La Russie poutinienne professe la même chose. En 2018, dans un film documentaire, Vladimir Poutine a expliqué : « Si la décision est prise de détruire la Russie, alors nous avons le droit légitime de riposter. Oui, ce sera une catastrophe mondiale pour l’humanité, ce sera une catastrophe mondiale pour le monde. Mais en tant que citoyen russe et chef de l’État russe, je me pose la question suivante : à quoi nous sert un tel monde s’il n’y a plus de Russie ? »
Le président russe a abordé à nouveau le thème de la guerre nucléaire lors de la session plénière du club de discussion Valdaï en octobre 2018. Il y a expliqué dans quelles circonstances la Russie serait prête à utiliser des armes de destruction massive contre un agresseur. « Nous disposons d’un système d’alerte nucléaire en cas d’attaque balistique. Lorsque nous sommes convaincus qu’une attaque est lancée contre le territoire russe, nous ripostons. Bien sûr, ce serait une catastrophe mondiale, mais nous ne pouvons pas en être les instigateurs. L’agresseur doit savoir que la riposte est inévitable. Quant à nous, nous irons au paradis en martyrs, tandis qu’eux crèveront tout simplement, car ils n’auront même pas le temps de se repentir. »
Attention, en 2018, les autorités russes considéraient les armes nucléaires « exclusivement comme un moyen de dissuasion ». Le mot « exclusivement » ne figure pas dans la nouvelle doctrine nucléaire datant de novembre 2024. La nouvelle doctrine précise que la dissuasion nucléaire « s’applique également aux États qui mettent à disposition le territoire, l’espace aérien et/ou maritime ainsi que les ressources dont ils ont le contrôle pour préparer et mener une agression contre la Fédération de Russie ». Le décret ne cite pas de blocs ou de pays en particulier, mais il est évident qu’il s’agit de l’OTAN et de l’Ukraine.
L’Iran est une théocratie, et la Russie ne l’est que partiellement, mais les tendances eschatologiques et suicidaires rendent cette dernière plus dangereuse que jamais.
La vidéo de cette intervention et de la discussion avec le public est disponible ici
Galia Ackerman, née à Moscou, est une écrivaine, historienne, journaliste, essayiste et traductrice littéraire franco-russe, spécialiste du monde russe et ex-soviétique. Elle est docteure en histoire de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheuse associée à l'université de Caen.
Notes
- Françoise Thom a été la première à relever cette similitude entre les eschatologies chiite et russe, voir en particulier le chapitre « Douguine ou le syncrétisme eschatologique » dans son article « États-Unis et Russie : les ravages de l’eschatologie », Desk Russie, 22 mars 2026.

