Quand les Russes nous bouleversent

7e édition du Festival du film russe à Paris

Les organisateurs du Festival du film russe de Paris et d’Île-de-France ne cachent pas leur joie : la crise sanitaire ne les a pas empêchés de tenir leur promesse. Les projections ont pu avoir lieu cette année, comme prévu. « L’année dernière on a également réussi à maintenir le festival : il s’est terminé juste avant le premier confinement », raconte Korinna Danielou, l’organisatrice de cet événement tant attendu par les amateurs de la culture russe, et, bien évidemment, par les russophones de Paris et au-delà.

« Quand les Russes nous bouleversent », la 7e édition du festival, a eu lieu du 28 juin au 6 juillet, dans quatre salles parisiennes, dont en premier lieu Le Balzac, situé à deux pas des Champs-Élysées et de l’Arc de Triomphe. L’ambition des organisateurs n’a pas changé au fil des années. Comme cela est annoncé sur le site officiel du festival, son objectif est de permettre au public français de découvrir le meilleur de la production cinématographique contemporaine russe, mais aussi de voir les grands classiques et de rencontrer les cinéastes russes contemporains.

Tout a commencé il y a une quinzaine d’années à Valence, quand Korinna Danielou et son ami le producteur et écrivain Marc Ruscart ont eu cette idée. « Marc est un grand amateur de cinéma russe. Il y a 25 ans, il a organisé un festival du cinéma de l’Est à Douarnenez. Depuis, il a toujours rêvé de créer un festival entièrement dédié au cinéma russe, raconte Korinna. À Valence, ce n’était finalement qu’une seule édition, le côté logistique s’est avéré trop compliqué, même si toutes les stars russes invitées sont venues à cet événement. »

« Il y a sept ans, Marc a trouvé des sponsors pour lancer ce projet à Paris. Au début, c’était un tout petit festival, mais on a continué, et depuis trois ans nous avons mis en place un concours. C’est donc devenu un festival professionnel, dit Korinna. Cinq films russes récents, qui n’ont pas encore de distributeur en France, sont présentés en compétition. Notre festival augmente leurs chances d’en trouver un. »

Cette année, le jury est composé de cinq professionnels de renom, sous la présidence de l’actrice Marina Vlady, la veuve de Vladimir Vyssotski. Les films en compétition sont en nombre restreint car les organisateurs essaient de choisir les meilleurs, nous explique Korinna. Il s’agit de films sortis cette année ou en 2020, de jeunes auteurs. « C’est du cinéma d’auteur. Sans nous, ces films n’ont pas beaucoup de chances d’être vus en France », ajoute-t-elle.

La distribution française est peu marquée par les films russes récents. Les organisateurs du festival espèrent que cela va changer. « Depuis sept ans, nous avons de plus en plus de spectateurs. Cette année, le festival se déroule après le Covid, et pourtant les salles sont à moitié pleines, même pour les séances de jour. Grâce à notre festival, le public français commence à prendre goût au cinéma russe », dit Korinna. Et des distributeurs potentiels assistent eux aussi aux projections.

Les films sélectionnés sont tous déjà sortis en Russie, et ont participé à plusieurs festivals. Cette année, le choix du jury français a coïncidé avec celui du plus grand festival du film de Russie, Kinotavr. Il s’agit de L’Épouvantail de Dmitri Davydov, qui a déjà reçu le grand prix de ce festival prestigieux, ainsi que le prix d’interprétation féminine.

« C’est un tout petit budget, qui équivaut à 16 000 euros environ, payé à moitié par le réalisateur lui-même. Ce film a été tourné en onze jours seulement. C’est aussi le premier film qui a été entièrement tourné en langue yakoute », raconte Korinna.

L’Épouvantail est le deuxième long-métrage de Dmitri Davydov, jeune réalisateur de 28 ans. Il y montre la réalité sombre d’un village perdu dans les forêts glaciales de Yakoutie, dans le nord-est de la Sibérie russe.

Incarnée par Valentina Romanova-Tchyskyyraï, une chanteuse chamane très connue en Yakoutie, l’héroïne du film est chamane elle aussi. Elle est sollicitée par les villageois pour sauver leurs proches blessés ou malades, pour guérir l’infertilité des hommes et assister les femmes lors des accouchements difficiles. Malgré cela, sa vie est remplie de peur. Les habitants la percevant comme une sorcière, elle est abhorrée, méprisée, battue et chassée de toutes parts. Au fond, elle est condamnée à une mort longue et douloureuse, car à chaque guérison elle laisse une partie d’elle-même en absorbant les malheurs des autres. Un drame mystique bouleversant.

Née à Sébastopol, elle a construit sa carrière en Israël et en France, en tant que journaliste et traductrice. Installée en France depuis 2013, elle était la correspondante de Radio Free Europe / Radio Liberty à Paris. Elle est à présent la correspondante en France de la radio publique d’Israël, ainsi que traductrice et interprète assermentée près la Cour d'Appel d'Amiens.

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