Le ministre Sergueï Lavrov, fraîchement nommé, et ses collègues fêtent l’anniversaire de son prédécesseur, Igor Ivanov (au centre). Moscou, 2005. Photo : Edouard Pessov, mid.ru

Le ministre Sergueï Lavrov, fraîchement nommé, et ses collègues fêtent l’anniversaire de son prédécesseur, Igor Ivanov (au centre). Moscou, 2005. Photo : Edouard Pessov, mid.ru

Diplomates russes, démissionnez !
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Major de promotion du MGIMO (Institut d’État des relations diplomatiques à Moscou) en 1981, Alexandre Melnik a travaillé, quinze ans durant, comme diplomate, en occupant notamment des postes de chef de protocole et d’attaché de presse à l’ambassade d’URSS puis de Russie à Paris. En 1995, il a démissionné de ses fonctions et s’est installé en France.

Le 24 février 2022, l’Histoire a basculé : le cœur de l’Europe s’est couvert de sang ukrainien. L’entière responsabilité de cette tragédie incombe à Vladimir Poutine, parrain d’un régime qui commet des crimes de guerre à l’encontre du peuple ukrainien ayant choisi l’indépendance et la démocratie.

L’indicible s’écrit en direct : maternités, hôpitaux, lieux de culture, immeubles d’habitation, refuges pour animaux sont cyniquement bombardés par l’armée russe ; les cadavres d’innocents s’accumulent dans les rues des villes martyres d’Ukraine ; des millions d’Ukrainiens sont jetés sur les routes de l’exode.

C’est l’heure de vérité. Pour nous tous, indépendamment de notre localisation. Nous, les humains, ne pouvons plus fermer les yeux ou regarder ailleurs.

Dans cette situation exceptionnelle, en tant qu’ancien diplomate soviétique puis russe, j’appelle les diplomates russes en poste en France et dans les autres pays d’Europe et du monde à sortir de la peur qui les inhibe et du mensonge dans lequel les enferme la propagande du Kremlin.

J’appelle mes anciens collègues à démissionner. Pour ne pas cautionner le Mal. Pour pouvoir se regarder dans le miroir. Pour vivre le reste de leur vie en accord avec leur conscience. Pour permettre à leurs enfants d’avoir le minimum de respect pour eux. Je rappelle que, au moment du putsch anti-constitutionnel de 1991, certains diplomates soviétiques avaient franchi ce pas et avaient démissionné.

La diplomatie est, au fond, un beau métier, et les diplomates ne sont pas condamnés à être les rouages anonymes et dociles d’une machine étatique, en l’occurrence, criminelle. Ils ont vocation à être des bâtisseurs de passerelles humaines entre les peuples.

Diplomates russes, en dehors de la clôture des ambassades, il y a une autre vie qui vous attend : une vie de transparence, d’authenticité, d’attachement à la vérité, à la liberté individuelle et aux valeurs humanistes. Démissionnez ! Tant qu’il n’est pas trop tard !


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