Olga Medvedkova sur Kandinsky : « Une naissance tardive apporte une liberté inattendue »

Propos recueillis par Anya Stroganova

Une biographie de Vassily Kandinsky (1866-1944), rédigée par l’historienne de l’art et écrivaine Olga Medvedkova, vient de paraître1. C’est le troisième livre qu’elle consacre au génie de l’avant-garde et la première vraie grande biographie de l’artiste, fondée sur des documents d’archives plurilingues. L’autrice nous fait découvrir non seulement l’artiste, mais aussi l’homme : hypersensible, ennemi de la violence, aimant le confort et la routine, mais choisissant immanquablement la liberté.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur Kandinsky ?

Mon intérêt pour Kandinsky date de la première exposition consacrée à ce peintre à Moscou en 1989. Jusqu’à cette date il était quasiment interdit en Russie. Ensuite, en France, j’ai commencé à enseigner l’histoire de l’art : l’intérêt pour Kandinsky était immense. Le premier livre que je lui ai dédié, intitulé Kandinsky, le peintre de l’invisible, parut en 2009 chez Gallimard. Ensuite, j’ai traduit les textes de Kandinsky écrits en russe2, qui étaient pratiquement inconnus en France. Depuis longtemps j’avais envie d’écrire sa biographie. Je l’aime beaucoup, autant son art que l’homme qui se cache derrière. J’imagine que ça se sent dans mon livre.

Oui, en effet. Grâce à votre approche, ce n’est pas seulement un « grand artiste » qui « naquit, vécut, mourut » ; l’homme apparaît comme en trois dimensions, en relief.

C’était justement le but de ma biographe. Il y a eu jusque là deux petites biographies, en français et en russe. Les autres ouvrages dédiés à l’artiste sont des monographies traditionnelles en histoire de l’art. Or la biographie est un tout autre genre. À cause du fait qu’il existe déjà en français une biographie de Kandinsky, l’éditeur n’a pas écrit sur la 4e de la couverture, que mon livre est « la première biographie de Kandinsky ». Mais en réalité, elle l’est par son ampleur, à la fois recherche et synthèse, qui éclaire la vie de Kandinsky – homme, peintre, écrivain, savant, philosophe.

Comment avez-vous travaillé ? À quelles sources avez-vous fait appel ?

Dans ce livre, il n’y a peut-être pas de découvertes spectaculaires, fondées sur des sources totalement inconnues. Mais l’accumulation de nouveaux détails a produit, en premier lieu sur moi-même, un effet assez inattendu : un Kandinsky différent, bien plus humain et plus vivant, m’est apparu. Je suis heureuse de pouvoir offrir au lecteur français une biographie nourrie de sources qui n’étaient parfois connues que des russophones, et qui, même en langue russe, n’ont pas été vraiment lues et intégrées dans la compréhension de cet artiste. En tout premier lieu, cela concerne l’enfance et la jeunesse de Kandinsky. J’ai trouvé ces détails dans des archives qui ne sont publiées que partiellement. Cela m’a permis d’ajouter des informations que beaucoup d’auteurs ont négligées. Ainsi naquit une nouvelle image de Kandinsky-enfant et, ensuite, jeune homme et étudiant, ce qui est devenu possible grâce à la lecture attentive de sa correspondance avec son ami proche Nikolaï Kharouzine. Nikolaï était un homme exceptionnel, le premier ethnographe russe sérieux. Sa sœur Véra a conservé sa correspondance au sein d’une vaste archive familiale.

Que devons-nous retenir de l’enfance de Kandinsky ?

Certes, il n’est pas facile d’oublier l’image qu’on avait du petit Vassily, enfant triste à cause de sa mère qui quitta la famille, divorçant et semblant abandonner un petit garçon malheureux qui grandit avec des troubles psychiques. Les spécialistes en tirent même toute une interprétation de son œuvre. Mais nous savons maintenant que ses parents ont dû affronter un problème sans doute d’ordre physiologique. Son père est tombé malade, on l’a soigné en Italie, après quoi la famille a déménagé dans le sud, à Odessa. Était-ce une maladie des poumons, ou autre chose ? En tout cas, sa maladie fut l’une des causes du divorce. Ses parents obtinrent une autorisation de divorcer octroyée par l’Église, ce qui était rare, après quoi la mère s’est vite remariée avec un ami de la famille, avec lequel elle a eu quatre enfants. Quant au père, il ne s’est jamais remarié ; Vassily est resté son enfant unique. La nouvelle famille de la mère vivait près de Vassily et de son père. La mère et l’enfant se voyaient presque chaque jour. En vérité, Vassily avait deux familles. Le divorce des parents n’aboutit pas nécessairement à un drame pour l’enfant. Kandinsky-enfant n’a jamais été séparé de sa mère : il a été adoré aussi bien par elle que pas son père. Leur correspondance est conservée au centre Pompidou, à la bibliothèque Kandinsky. Chaque lettre de sa mère commence par des mots d’une tendresse infinie. Ses parents gâtaient l’enfant, mais intelligemment. Ils remarquèrent son penchant pour le dessin et lui donnèrent un professeur. Le père l’emmenait dans les musées. Personne ne l’a jamais abandonné. Son enfance est comparable à celle de Nabokov : c’était un enfant entouré d’amour, d’attention, de culture. Son hypersensibilité a été orientée dans la bonne direction ; grâce à cela, il a su la traduire en création.

medvedkova1
Vassili Kandinsky dans son enfance. © Fondation Kandinsky / Centre Pompidou

Devenir artiste lui a pris beaucoup de temps. N’est-ce pas rare à cette époque ?

Absolument ! Dans ce sens, la vie de Kandinsky est un phénomène unique. Il descendait d’une lignée de riches marchands. Dans la Russie du XIXe siècle, c’était une couche sociale très intéressante : ils avaient des moyens, des opportunités, des loisirs. Ce milieu a donné des collectionneurs et des mécènes, des Morozov et des Mamontov. C’étaient des gens éduqués dans l’esprit de la responsabilité sociale et historique, des gens des Lumières. Kandinsky avait aussi ce sens du devoir. Il cherchait à œuvrer dans une sphère qui serait juste pour lui : il avait beaucoup reçu à sa naissance et il se devait de le rendre. C’était un homme engagé à gauche. Nous le comprenons grâce à sa correspondance avec Kharouzine.

Cette orientation à gauche, est-elle due à la mode ou est-ce un vrai choix personnel ?

Je pense qu’elle est liée à son caractère, à cette hypersensibilité innée qu’il a décrite lui-même. Il partageait réellement la souffrance des gens. Kandinsky appartenait à la catégorie des gens qui ne peuvent pas vivre indifféremment, consommer les biens matériels et culturels, faisant fi de la misère, de l’asservissement des gens autour de lui. Il est important de se souvenir que Kandinsky est né en 1866. Les principaux artistes d’avant-garde sont nés bien plus tard, à partir de la fin des années 1870. Kandinsky est leur aîné d’au moins 15 ans. Il appartient à la génération des symbolistes. Dans certains de ses traits et manifestations, c’est un être paradoxal, constamment partagé. Il a passé 15 ans à faire des études approfondies en sciences humaines. C’est à la fois un brillant intellectuel et un artiste qui s’est lancé dans une création spontanée, anti-intellectuelle. À la faculté de droit de l’Université de Moscou (qui était à cette époque une sorte d’École des sciences de l’Homme), il se passionne pour une nouvelle science, l’ethnographie, et s’apprête à dédier sa vie à l’étude des minorités nationales de l’Empire russe : c’est bien entendu un choix politique. Ces peuples sont humiliés et dépouillés, leur condition est encore pire que celle de la majorité du peuple russe. Il est évident qu’il ne choisit pas ce domaine pour rien. Plus tard, il comprend qu’il faudrait y consacrer toute sa vie, or il ne peut pas abandonner l’art, la peinture. Alors il se met à étudier l’économie politique ; il a écrit un texte poignant sur les châtiments corporels infligés aux paysans russes. Il y constate que les punitions les plus couramment appliquées en Russie sont inhumaines dans leur cruauté, alors que la loi prévoit d’autres solutions. Après la révolution de 1905, il rentre pour la première fois en Russie de son exil volontaire à Munich et, de passage à Odessa, écrit à sa compagne Gabriele Münter : « Enfin, nous ne sommes plus des sujets, nous sommes des citoyens. » Mais aussitôt, il est horrifié par les pogroms. Nous comprenons que son départ pour Munich en 1896 n’était pas lié seulement à sa décision radicale d’abandonner la carrière académique et d’étudier les beaux-arts, mais aussi à son rejet de la vie russe. D’ailleurs, déjà durant ses années d’études, dès qu’il le peut, il quitte la Russie et se rend en Europe.

Il a les moyens pour cela. Il ne doit pas penser à son gagne-pain et peut se permettre de voyager.

Oui, c’est ce qui lui permet de chercher longtemps sa voie dans l’art. Il n’est pas obligé de gagner sa vie en vendant ses productions, n’est pas réduit à peindre des portraits ou des scènes de chasse, des cerfs dans la forêt dont il se moquera dans ses premiers articles critiques. Son père est un marchand de la première guilde. Le second mari de sa femme est directeur d’une banque et également marchand de la première guilde. Qui plus est, Vassily hérite de son oncle une fortune assez importante.

L’année 1908 est décisive pour Kandinsky. Il a 42 ans ; il vit à Munich avec sa compagne Gabriele Münter. « On a l’impression, écrivez-vous, qu’en 1908 Kandinsky – homme, amant, ami, artiste, est enfin né à la vraie vie, à sa véritable vocation. Il déborde d’énergie et de confiance. L’histoire de sa vie est une leçon de temporalité : les gens de génie (et peut-être les gens tout court) ne naissent pas nécessairement (et même rarement) le jour de leur naissance. Une naissance réelle peut se produire bien plus tard, à tout moment. L’homme s’émancipe alors de toutes les entraves ; une naissance tardive apporte une liberté inattendue. » L’année 1910 est celle de sa première aquarelle abstraite. Encore quelques années, et sa vie va radicalement changer à nouveau.

Dans la vie des gens, la normalité temporelle, comme bien d’autres « normalités », est une absurdité. C’est ce que j’ai compris en fréquentant Vassily Kandinsky. L’abandon de clichés temporels (à tel âge on doit déjà ou encore faire ceci ou cela), est une condition importante de l’émancipation de l’individu. La libération de l’Homme, la découverte de soi, de sa véritable vocation, peut se produire à tout moment. Kandinsky devient l’artiste le plus jeune, de plus audacieux, le plus à l’avant-garde, à l’âge de 40 ans. À son époque, un homme de 40 ans est un père de famille, il occupe une position stable dans la société. Et Vassily ? Il vit comme un jeune homme, entouré d’amis bien plus jeunes que lui. Seul quelqu’un de très indépendant peut se permettre de vivre ainsi. L’amour inconditionnel de ses parents, la tendresse de ses amis lui ont sans doute procuré cette liberté intérieure, ce courage d’avancer vers son idéal sans fléchir, sans s’ajuster, sans regarder les autres. Quand, en 1914, avec l’ensemble des Russes exilés, il est chassé d’Allemagne, il rentre à Moscou. Après la révolution de 1917, il observe le nouveau paysage culturel, mais ne cherche pas à s’y intégrer à tout prix. Néanmoins, quand on fait appel à lui, il commence à œuvrer pour la création des nouvelles institutions culturelles soviétiques.

Ceci dit, en 1917, il perd tout ce qu’il possédait auparavant.

Oui, avant 1917, c’est un grand bourgeois, un peintre qui n’est pas obligé de gagner sa vie. Après la révolution (il a plus de 50 ans), toute sa fortune est confisquée ; il n’a plus un kopeck. Le pouvoir soviétique introduit très vite le service du travail obligatoire pour tous les citoyens. En tant que juriste, Kandinsky commence à lutter pour les droits des artistes : pour qu’ils puissent être reconnus en tant que travailleurs et pour qu’ils aient par conséquence leur ration de pain et de pommes de terre. Mais il ne fait partie d’aucun groupe, ni des constructivistes, ni des artistes chantres du pouvoir soviétique. Quand il comprend le tournant que prend le régime, il quitte le pays dès qu’il peut

medvedkova nina
Portrait de Nina Kandinsky, Hugo Erfurth, 1927 // Centre Pompidou

Kandinsky a de la chance : on le laisse partir car on espère qu’il continuera de travailler pour le pouvoir soviétique en Allemagne, n’est-ce pas ?

J’ai puisé ces informations dans les mémoires de Nina, la seconde épouse officielle de Kandinsky. Il me semble que j’ai réussi à les lire, de même que quelques autres sources, de manière nouvelle. Cela concerne le récit, par Nina, des circonstances dans lesquelles Vassily et elle ont quitté la Russie. Nina raconte que son mari a été envoyé en Allemagne en mission par Karl Radek, qui était obsédé par l’idée de la révolution mondiale. Avant 1914, Kandinsky était parfaitement inscrit dans la vie culturelle allemande. Radek l’envoie donc pour qu’il établisse des liens entre les artistes russes et allemands. Mais Kandinsky profite de cette occasion pour littéralement fuir le pays. Dans les mémoires de Nina Kandinsky, qui parfois embellit certaines choses, il y a des détails qu’on ne peut inventer. Il s’agit d’un de ces témoignages involontaires dont les historiens connaissent le prix. Pour moi c’est par exemple son récit à propos des chaussures…

Vassily et Nina rentrent dans une boutique berlinoise bien chic, pour s’acheter de nouvelles chaussures, et pour les essayer, enlèvent leurs horribles godasses soviétiques, laissant apparaître les bas de Nina et les chaussettes de Vassily, mille fois trouées et raccommodées. Le propriétaire de la boutique est effaré par ce spectacle.

Pour quelqu’un comme Kandinsky, c’est une honte. Dandy, bourgeois, il se dit capable de peindre en smoking. Il aime les plats chauds, bien cuisinés, les hôtels confortables.

Il ne peut vivre sans une baignoire.

Kandinsky est le contraire de la bohème. L’artiste le plus radical, qui a décidé que ses tableaux ne vont pas copier le réel, qui a inventé ce geste révolutionnaire – le renoncement à la figuration en art –, mène une vie stable, équilibrée. Ces chaussures qu’il court s’acheter dès qu’il arrive à Berlin, des chaussures chaudes, confortables, convenables, est un détail parlant qui ouvre accès à l’univers secret de l’artiste. Avec son premier salaire au Bauhaus, il se précipitera pour acheter des boucles d’oreilles à Nina. Ce salaire leur permet à peine de se nourrir, mais il achète ces bijoux pour Nina, parce que sa femme doit avoir l’air digne. Il s’agit en fait de cela : de la dignité.

En 1928, Vassily et Nina obtiennent la nationalité allemande. C’est pour eux plus qu’un soulagement, un vrai bonheur ; ils peuvent enfin se débarrasser de leurs passeports soviétiques et ils organisent, pour le fêter, une belle réception. Mais ce n’est pour eux qu’une trêve : le nazisme monte en Allemagne. À l’arrivée d’Hitler au pouvoir, les Kandinsky quittent l’Allemagne et s’installent en France, où ils tentent d’obtenir la nationalité française.

C’est très intéressant qu’un homme tel que Kandinsky travaille au Bauhaus – école où, à cette époque, se crée et s’enseigne l’art le plus à gauche, le plus à l’avant-garde. Les gens y vivent de manière nouvelle : ils changent les codes sociaux, instaurent des nouvelles formes de communication, de relation entre les genres. Ils se baignent nus et organisent des fêtes endiablées. Tout autour, on les déteste. D’abord à Weimar, puis à Dessau, on en parle pour faire peur aux enfants : « Si tu n’es pas sage, on t’enverra au Bauhaus. » Les nazis haïssent et ferment le Bauhaus. Or, malgré les persécutions et les divergences avec les étudiants-communistes, Kandinsky enseigne au Bauhaus jusqu’au dernier jour. C’est seulement après la fermeture définitive de l’école que Vassily et Nina quittent Berlin et s’installent en France. À Paris, ils apprendront que les nazis enlèvent les œuvres de Kandinsky des musées allemands, les vendent ou les détruisent. Dans ses mémoires, Nina raconte comment ils ont perdu la nationalité allemande et obtenu la française. J’ai pu comparer son récit avec les documents d’archives, parce que le dossier de la naturalisation de Kandinsky a été conservé, mais jusqu’à présent personne ne s’y était intéressé. En fait, Kandinsky a été privé de la nationalité allemande parce que, lors du changement de passeport au consulat allemand, il a été prié, selon les lois raciales récemment revues et augmentées, de prouver ses racines aryennes sur trois générations. Ce qu’il ne pouvait évidemment pas faire, ne disposant pas des certificats de naissance de ses grands-parents sibériens. N’étant pas Juif, Kandinsky était quand-même en danger dans la France occupée, parce que les nazis l’avaient mis sur la liste des artistes « dégénérés ». Vassily a envoyé une partie de ses œuvres aux États-Unis, d’autres toiles ont été cachées chez leurs amis résistants en province. Jusqu’à la fin de la guerre, elles attendront leur heure au fond d’une étable. D’autres œuvres encore étaient dissimulées dans l’appartement de leur docteur, Serge Werboff qui, contre toute attente et malgré son nom russe, s’est avéré être Juif. Sa femme fut arrêtée, quant à lui, durant toute l’occupation, Vassily et Nina le cachèrent dans un appartement vide de leur immeuble. Chaque soir, le docteur montait chez eux pour dîner. Plus tard, Nina réussit même à lui procurer de faux papiers. C’est très étonnant, la façon dont Nina raconte cette histoire : d’un ton neutre, comme quelque chose de banal. Elle ne dit jamais : « Vous voyez, mon mari n’avait pas peur, pendant la guerre il a caché des Juifs. » C’est comme si pour elle, c’était une évidence. Mais pour nous, c’est un fait d’une grande importance. Ces détails sont essentiels pour la compréhension de la position politique de Kandinsky durant la dernière période de sa vie. C’est un homme qui ne fait pas de déclaration : il agit. Quand il arrive à Paris, le consulat allemand lui refuse de prolonger son passeport. Il réfléchit très vite et prend aussitôt une bonne décision. Il utilise ses relations en France pour obtenir la nationalité française : ce qui lui permet de ne pas finir sa vie dans un camp français pour les Allemands ni, ensuite, dans un camp allemand pour les « dégénérés ». Kandinsky survit, il protège sa femme. En vivant à Paris sous l’occupation, il travaille quotidiennement et dîne avec le docteur juif. La libération de Paris, quelques mois avant sa mort, est pour lui l’un des plus heureux moments de sa vie.

Quelle leçon pouvons-nous tirer aujourd’hui de la vie de Kandinsky ?

Je pense que sa vie est une véritable leçon pour nous tous. C’est une leçon de survie dans des conditions invraisemblables. Vassily a traversé les catastrophes du XXe siècle, en sachant, à chaque fois, organiser sa vie autrement, mais toujours avec dignité. Dans la manière dont il a vécu, il n’y a rien de mécanique, de fatal, de mort. Il ne se sent pas victime de l’histoire et, en même temps, il ne se cache pas. Aujourd’hui, on a l’impression d’être réduit à deux solutions : soit on est victime des circonstances dramatiques, soit on fait semblant que rien n’est grave, que tout va bien. Or ces attitudes face au monde sont toutes les deux dangereuses et empêchent d’agir. L’homme est un être souverain, à chaque instant de sa vie, il doit être capable de prendre des décisions. La capacité de disposer de soi est un don incroyable qui nous rend actifs, énergiques et, finalement, heureux. C’est la leçon que la vie de Kandinsky nous offre.

L’entretien a été enregistré en russe et diffusé par RFI.

Lire l’original ici

stroganova bio

Anya Stroganova est journaliste à la rédaction russe de Radio France internationale. Elle a réalisé de nombreux reportages en Russie.
Stroganova a dirigé l’ouvrage collectif Ces Russes qui s’opposent à la guerre, publié aux éditions Les Petits Matins en 2024.

Notes

  1. Olga Medvedkova, Kandinsky. Corps et âme, Flammarion, 2025, 362 p.
  2. Kandinsky ou la Critique des critiques. Les écrits russes de Kandinsky (1889-1911), traduits, annotés et préfacés par Olga Medvedkova, Les presses du réel, 2014.

Abonnez-vous pour recevoir notre prochaine édition

Deux fois par mois, recevez nos décryptages de l'actualité.

Le don à A l'Est de Brest-Litovsk ouvre droit à une réduction fiscale. Seuls les dons effectués via Helloasso permettront l'émission d'un reçu fiscal.