Le politologue ukrainien analyse la technique russe dite de « contrôle réflexif » qui consiste à manipuler habilement l’administration américaine et autres crédules en Occident, en se référant à des exemples récents, comme la rumeur sur la tentative d’assassiner Poutine par les Ukrainiens, mais aussi comme le soi-disant « plan de paix » en 28 points. Malgré la résistance européenne à ces manigances, la Russie réussit à ce jour à exercer un contrôle réflexif sur le président américain, en exploitant ses trois principales vulnérabilités : la cupidité (corruption), la vanité (narcissisme) et l’ignorance.
Le « contrôle réflexif » est une technique consistant pour une partie à façonner délibérément les informations et les motivations dont dispose son adversaire, afin que celui-ci prenne des décisions qui nuisent à ses propres intérêts. Un acteur habile peut inciter son ennemi à faire des choix qui semblent rationnels de son point de vue, mais qui sont stratégiquement erronés. On en trouve une illustration classique dans les Contes de l’oncle Remus, où Frère Lapin, à un moment critique, trompe Frère Renard en lui demandant : « Quoi que tu fasses, ne me jette pas dans les ronces »
Falsifier les récits
La récente rumeur lancée par le Kremlin au sujet d’une tentative d’assassinat du président Poutine par l’Ukraine pourrait être un autre exemple d’une telle manipulation. L’histoire ne semblait pas plausible et n’était apparemment pas conçue pour l’être. Les Ukrainiens auraient pu avoir de nombreuses raisons d’assassiner le commandant en chef de l’armée ennemie, un criminel de guerre accusé de massacrer des civils ukrainiens à coups de drones et de missiles. Mais ils n’auraient certainement pas utilisé des drones lents contre une personne étroitement protégée, extrêmement prudente, voire paranoïaque quant à sa propre sécurité. Il n’y avait aucune preuve de l’attaque ukrainienne présumée contre la résidence de Poutine, ni par les satellites, ni par les habitants de la région. Les Russes n’ont même pas pris la peine d’organiser une attaque sous faux pavillon plus plausible contre la résidence de Poutine en lançant leur propre missile, vraisemblablement depuis l’Ukraine. L’histoire a été inventée non pas tant pour persuader que pour semer la confusion et détourner l’attention.
Ce n’est peut-être pas un hasard si cette histoire a été inventée au moment où Poutine devait s’entretenir avec Donald Trump, afin que le président américain puisse entendre à quel point l’Ukraine est perfide de la bouche même de son auteur. Et Trump a failli gober cette histoire, heureusement, il a finalement été informé par le chef de la CIA et d’autres professionnels qu’elle était fausse. Le mensonge n’a pas été véhiculé par les Américains comme prévu, mais il a néanmoins fait son chemin dans de nombreux pays, comme l’Inde, le Pakistan, les Émirats ou l’Asie centrale, qui se sont empressés d’exprimer leur profonde inquiétude face au prétendu terrorisme de l’Ukraine. (Remarquons que ces mêmes gouvernements ne se préoccupent pas beaucoup du terrorisme quotidien de la Russie contre les civils ukrainiens.) L’objectif principal de l’opération n’a pas été atteint, car Donald Trump n’a pas cru à cette invention et n’a pas mis fin aux négociations avec Zelensky sur un plan de paix raisonnable et acceptable. Mais son effet cumulatif a tout de même été positif, car il a plutôt bien fonctionné dans les pays du Sud – principaux importateurs des mensonges russes – et, bien sûr, en Russie même. Même en Occident, où l’histoire a été rapidement démentie, elle a tout de même été bénéfique pour Moscou, car elle a incité les médias à discuter de cette fiction tout en détournant l’attention, pendant quelques jours au moins, des véritables crimes de guerre et du terrorisme d’État russe.
À cet égard, la précédente tentative de contrôle réflexif du Kremlin a été beaucoup plus fructueuse. En novembre, non seulement les Russes sont-ils parvenus à faire légitimer le soi-disant « plan de paix en 28 points » via Washington, mais ils ont également amené tous les médias, ainsi qu’une foule d’experts et de diplomates, à discuter de ce document douteux que Moscou n’a en fait jamais approuvé ni soumis officiellement. Le plan a été divulgué aux médias comme ayant été remis à Kyïv et à Moscou au nom de Trump par son envoyé spécial et partenaire commercial de longue date, Steve Witkoff. L’origine moscovite du plan – « qui porte l’empreinte de la Russie » – a été tout à fait visible dès le début. Même Marco Rubio l’a qualifié d’ « inacceptable » (bien qu’il soit finalement revenu sur sa critique initiale). « Ce n’est pas un plan pour la paix, a résumé Christian Cary après avoir analysé le document en détail. C’est un plan pour la victoire de la Russie et la capitulation de l’Ukraine. L’esprit de 1938 a été ressuscité. »
L’ « esprit de 1938 » faisait allusion au tristement célèbre accord de Munich signé par le Royaume-Uni, la France et l’Italie avec l’Allemagne nazie, qui a contraint la Tchécoslovaquie à céder une partie de son territoire à Hitler, ouvrant ainsi la voie à un démantèlement et à une occupation plus poussés du pays et, finalement, de toute l’Europe. Depuis lors, « Munich » est devenu une métaphore populaire du cynisme politique et de la trahison, largement utilisée aujourd’hui par divers commentateurs pour décrire la politique « pacificatrice » de Trump vis-à-vis de l’Ukraine. Thomas Friedman, du New York Times, a suggéré avec ironie que le président américain devrait recevoir le « prix Neville Chamberlain pour la paix » au lieu du prix Nobel de la paix qu’il convoite tant. (Le Premier ministre britannique Chamberlain est considéré comme le principal architecte de « l’accord de Munich ».) Si le plan de Trump est imposé tel quel à l’Ukraine, Friedman affirme que « nous devrons ajouter un nouveau verbe au lexique diplomatique : “trumpé”, c’est-à-dire être vendu par un président américain pour des raisons qu’aucun de ses citoyens ne comprend (mais il y a sûrement des raisons) ».
Conversations divulguées
Déjà honteuse en soi, l’affaire est devenue encore plus scandaleuse quelques jours plus tard, après que Bloomberg a révélé les conversations enregistrées entre Witkoff et l’assistant de Poutine, Iouri Ouchakov, ainsi qu’entre Ouchakov et un autre négociateur de Poutine, Kirill Dmitriev, PDG du Fonds russe d’investissement direct. Les enregistrements ont clairement confirmé l’origine moscovite du « plan », déjà perceptible non seulement dans le contenu du document, mais aussi dans la langue, mal traduite du russe par un traducteur automatique.
Dans une conversation, Dmitriev et Ouchakov complotent pour manipuler Witkoff, apparemment ignorant et docilement pro-russe, en l’incitant à soumettre à Trump le « plan » concocté par le Kremlin et à le présenter comme le sien. « Je pense que nous allons simplement rédiger ce document à partir de notre position, dit Dmitriev, et je le transmettrai de manière informelle, en précisant bien qu’il s’agit d’un document informel. Et les laisser faire comme s’il s’agissait du leur. Je ne pense pas qu’ils adopteront exactement notre version, mais au moins, elle sera aussi proche que possible de celle-ci. » En réponse, Ouchakov reconnaît que les Américains ne sont peut-être pas si crédules ; ils pourraient apporter quelques modifications au document, puis prétendre qu’elles ont été convenues avec Moscou. « Eh bien, c’est exactement le problème, répond Ouchakov. C’est ce que je crains… Ils pourraient le déformer plus tard, c’est tout. Ce risque existe. » Dmitriev, cependant, est plus confiant et assure à Ouchakov qu’il demandera à Witkoff de conserver la formulation « mot pour mot » et que tout sera fait « proprement ».
La conversation précédente entre Ouchakov et Witkoff est encore plus révélatrice, et révoltante. Ici, l’ « envoyé » de Trump (qui n’a aucune expérience diplomatique ni expertise régionale) joue apparemment le jeu du Kremlin, en apprenant à ses interlocuteurs russes comment mieux manipuler son patron : il suffit de féliciter M. Trump pour avoir conclu l’accord de paix à Gaza (conclu peu avant cette conversation) et de le louer abondamment comme un homme de paix, c’est-à-dire de flatter autant que possible son orgueil et son ego.
Dans la plupart des gouvernements, de telles révélations auraient entraîné le licenciement immédiat de tels « envoyés », mais pas dans celui de Trump. Interrogé sur le scandale, il s’en est pris, comme à son habitude, aux journalistes qui auraient sapé ses efforts de paix, puis il a déclaré qu’il n’y avait rien d’inhabituel dans les actions de Witkoff, qu’il s’agissait sans doute d’une approche « normale » des négociations : « C’est une chose courante, vous savez, parce qu’il doit vendre cela à l’Ukraine. Il doit vendre l’Ukraine à la Russie. C’est ce que fait un négociateur. » Le lapsus semble ici très freudien : selon le raisonnement de Trump, Witkoff vend à l’Ukraine quelque chose appelé « ceci » (un faux « plan de paix »), tandis qu’il vend à la Russie quelque chose de beaucoup plus substantiel : « l’Ukraine ». Et Witkoff lui-même suit strictement cette logique. Dans la conversation avec Ouchakov qui a fuité, il dit : « Maintenant, entre vous et moi, je sais ce qu’il faudra pour conclure un accord de paix : Donetsk et peut-être un échange de territoires quelque part. » L’Ukraine est en effet à peine plus ici qu’un « jeton immobilier échangé autour d’un cigare à Mar-a-Lago ».
Le jeu gagnant-gagnant du Kremlin
Bien avant que les manigances de Moscou ne deviennent évidentes, les experts les plus perspicaces avaient judicieusement évalué ce « plan » comme une nouvelle ruse de Moscou, un écran de fumée visant à détourner l’attention de la guerre génocidaire en Ukraine, des destructions et des meurtres quotidiens, afin d’imiter un certain « processus de paix » et une volonté de « solution négociée », « d’adoucir la position de Washington en démontrant que la Russie “a quelque chose à offrir sur le plan financier” aux États-Unis et aux proches du président Donald Trump », d’éviter toute nouvelle sanction préparée par le Congrès américain, de prouver la nature « pacifique » d’un État essentiellement terroriste, et de rejeter la responsabilité de la poursuite de la guerre sur l’Ukraine.
Et comme le « plan » ne venait pas officiellement de Moscou mais, soi-disant, de Washington, Moscou n’avait aucun engagement vis-à-vis de ce plan : il contient de très bonnes positions, ont-ils dit, qui pourraient servir de base à de nouvelles négociations. Ce qui signifie que même si Kyïv et Washington acceptaient pleinement le « plan », Moscou continuerait à « améliorer » le texte jusqu’à ce qu’il réponde pleinement aux caprices impérialistes du Kremlin. Les déclarations qui ont suivi de la part des responsables russes ne laissent guère de doute sur la portée et l’orientation des « améliorations » souhaitées : « Les objectifs de notre opération militaire spéciale en Ukraine n’ont pas changé. » En d’autres termes (si l’on dépasse les euphémismes de Poutine et que l’on lit attentivement ses idéologues de confiance), l’Ukraine devrait être rayée de la carte en tant qu’État souverain et nation distincte sous les slogans fallacieux de sa « démilitarisation », de sa « dénazification » et de la « rééducation » des Ukrainiens pour les « ramener » à leur identité russe.
Le « plan » frauduleux du Kremlin, blanchi par les idiots utiles américains, est en réalité un parfait exemple de contrôle réflexif : les médias internationaux, les experts et les politiciens se sont empressés de discuter d’un document que même ses auteurs ne prenaient pas au sérieux (d’où les nombreuses obscurités, incohérences et absurdités du texte). Heureusement, tous n’ont pas gobé ce faux. Le lendemain de la publication du « plan », James Sherr, du think tank Chatham House, a déclaré avec sarcasme que Moscou avait une fois de plus confirmé son « talent pour peindre un tableau qui nous incite à “initier” les mesures mêmes que la Russie veut nous voir prendre ». Julia Struck, du Kyiv Post, a également discerné un schéma familier : « Une proposition d’origine russe est blanchie par les médias occidentaux et des personnalités proches de Trump, dont Witkoff, qui a déjà participé à des tentatives infructueuses d’instaurer un “cadre de paix”. » Enfin, Edward Lucas a parfaitement résumé cette critique : « Mal rédigé, partial et traduit automatiquement du russe, le prétendu plan de paix en 28 points aurait dû être tourné en dérision. Au lieu de cela, il a provoqué l’angoisse en Ukraine, la panique en Europe et un recul frénétique de la part des membres de l’administration américaine qui comprennent les cartes, les mots et la diplomatie. Tout cela a été excellent pour la Russie. Cette fuite astucieuse a mis en évidence et aggravé nos divisions et nos faiblesses. »
Il est vraiment consternant que tant d’experts et de politiciens ne comprennent toujours pas l’évidence : Moscou n’est intéressée par aucune négociation ni aucun compromis dans la mesure où son objectif ultime est la solution finale de la question ukrainienne, à savoir la destruction et l’asservissement de l’Ukraine. L’intérêt des Russes pour le « processus de paix » est très particulier : ils ne le soutiennent que dans la mesure où il les rapproche de l’objectif initial sacré de l’ « opération militaire spéciale ». Si le processus aboutissait à la capitulation « pacifique » de l’Ukraine sous la forte pression de Trump, ce serait parfait, même si cela semble très improbable. Mais si ce processus factice leur donne simplement plus de temps, de couverture et de moyens pour atteindre leur objectif premier par des moyens militaires, cela conviendrait également et justifierait les efforts de « paix » fallacieux.
Les perspectives de l’Ukraine
Les Ukrainiens ont une marge de manœuvre très limitée dans cette situation. Ils ont appris, depuis février, qu’il serait vain de faire appel aux notions de justice, de moralité, de solidarité ou de droit international, simplement parce que ces catégories n’existent pas dans l’univers de Trump. Ils ont appris, avec l’aide des Européens, que si quelqu’un se prend pour Napoléon, il vaut mieux ne pas démentir sa croyance, mais plutôt le persuader de s’allier contre Wellington, Koutouzov ou Alexandre Ier. Ils ont appris à dire « oui, Monsieur » en cachant leur véritable intention derrière un humble « mais » après un courageux « oui ». Ils n’ont pas qualifié le plan Witkoff-Dmitriev de connerie, comme il l’était, mais ont remercié une fois de plus M. Trump (et continuent de le remercier régulièrement) pour ses efforts de paix, cependant que le « plan » était complètement remanié avec les Européens, pour en faire quelque chose de plus réalisable – qui a été, comme on pouvait s’y attendre, rejeté par les Russes sans aucune discussion.
Comme les négociations prolongées entre les représentants de Trump et Zelensky à Miami sur un nouveau plan n’ont pas abouti à une percée, et que la visite des envoyés de Trump à Moscou s’est soldée par leur humiliation spectaculaire au Kremlin (bien que Trump refuse toujours obstinément de le reconnaître et préfère rejeter toute la responsabilité sur Zelensky), les pourparlers de paix ont apparemment atteint un point où toutes les parties montent les enchères dans l’espoir que leur adversaire cède le premier. L’Ukraine a été tellement trompée par la Russie et trahie par ses alliés tout au long de son histoire qu’elle peut difficilement accepter un accord sans garanties de sécurité irrévocables. Elle ne peut pas céder à la Russie les territoires que celle-ci n’a pas réussi à occuper au cours des quatre années de guerre brutale. La Russie ne peut accepter rien de moins que la défaite et la subordination de l’Ukraine. Et Trump, s’il exerce une réelle pression sur le Kremlin, ne peut accepter quoi que ce soit qui puisse entraver ses projets commerciaux avec Moscou, mais il est également réticent à nuire à son image de pacificateur et à ses chances d’obtenir le prix Nobel s’il sacrifie ouvertement l’Ukraine. C’est de là que vient toute l’ambiguïté du « processus de paix », bénéfique jusqu’à présent pour Moscou, mais de plus en plus préjudiciable pour l’Ukraine.
Kyïv a encore quelques cartes à jouer, même si elles sont très peu nombreuses et peu solides : la société ukrainienne, épuisée, exsangue, mais toujours résiliente ; les Européens, divisés et préoccupés par des questions intérieures, mais toujours attachés à ce qu’ils appellent les valeurs européennes et au soutien à l’Ukraine ; le peuple américain et le Congrès américain, de plus en plus critiques à l’égard du président Trump et plutôt favorables à l’Ukraine tout en étant défavorables à la Russie ; et, ironiquement, M. Trump lui-même ou, plus précisément, sa vanité et son obsession bizarre pour le prix Nobel de la paix. Mais les intérêts commerciaux du président Trump et de ses partenaires semblent toujours prévaloir, mettant l’Ukraine dans une situation précaire et obligeant son président à chercher fébrilement de l’aide dans les capitales européennes.
Malheureusement, seule l’Amérique dispose de toutes les cartes pour mettre fin à la guerre russo-ukrainienne en cours. Elle peut soit offrir une victoire totale à la Russie (la meilleure option pour Moscou), soit aider l’Ukraine à rétablir son intégrité territoriale à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues (la meilleure option pour l’Ukraine), soit geler le conflit sur les lignes de front actuelles et imposer un cessez-le-feu pour les années à venir. La première option est la plus simple, car elle ne nécessite pas beaucoup d’efforts ni de ressources : il suffit d’abandonner l’Ukraine, de cesser toute aide et de lever toutes les sanctions contre la Russie. Mais cela pourrait avoir de très graves répercussions politiques pour Trump lui-même, pour son parti et pour les États-Unis en général. La deuxième option est la plus difficile, car elle nécessite une aide militaire très importante pour l’Ukraine, difficilement disponible et abordable dans la mesure où l’Ukraine n’appartient pas à la sphère des intérêts vitaux des États-Unis. La troisième option semble la plus réaliste. Elle peut nécessiter une aide militaire plus importante, mais les principaux instruments ici sont les sanctions économiques, y compris les sanctions secondaires, et leur application stricte et coordonnée. Le principal problème est d’ordre cognitif : les dirigeants américains en place doivent reconnaître une chose qui est assez évidente pour la plupart des Ukrainiens et de nombreux Européens, à savoir que la Russie ne s’arrêtera pas tant qu’elle ne sera pas arrêtée, par la force et non par des « négociations ».
Jusqu’à présent, la Russie réussit brillamment à exercer un contrôle réflexif sur le président américain, en exploitant ses trois principales vulnérabilités : la cupidité (corruption), la vanité (narcissisme) et l’ignorance. Il semble que les Ukrainiens et les Européens tentent de développer leurs propres méthodes de contrôle réflexif, mais ils sont beaucoup plus limités, tant sur le plan moral que politique. La réalité inconfortable à laquelle ils sont confrontés aujourd’hui est qu’ils ont toujours besoin des États-Unis comme allié, mais qu’ils ne peuvent ni leur faire confiance ni approuver leurs opinions cyniques et leurs politiques arrogantes. Leur réponse vague à la dernière aventure de Trump au Venezuela et aux menaces répétées contre le Groenland reflète largement cette ambiguïté. Robert Shrimsley, du Financial Times, la qualifie avec ironie de « supplication stratégique ». « Tant que l’Europe occidentale ne s’engagera pas sérieusement dans sa propre défense, affirme-t-il, sa seule tactique sera d’essayer de conserver une voix à la cour du César américain. Pour l’instant, l’humiliation calculée est la seule politique envisageable. » Cela ne fait guère le poids face aux politiques proactives et élaborées du Kremlin dans la même cour.
Traduit de l’anglais par Desk Russie
Mykola Riabtchouk est chercheur principal à l'Institut d'études politiques de Kyïv et chercheur invité à l'Institut historique allemand de Varsovie. Il a beaucoup écrit sur la société civile, la construction de l'État-nation, l'identité nationale et la transition postcommuniste. L’un de ses livres a été traduit en français : De la « Petite-Russie » à l'Ukraine, Paris, L'Harmattan, 2003.

