D’une guerre qui perdure à une trêve stable

Le politologue allemand explique pourquoi les futures garanties de sécurité pour l’Ukraine constituent une question certes cruciale mais secondaire. Selon lui, le débat occidental sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui a débuté en 2025, constitue un pas dans la bonne direction, toutefois il est prématuré. Discuter de la deuxième étape – la consolidation du cessez-le-feu – sans plan clair sur la manière d’accomplir la première – la mise en place de ce cessez-le-feu – peut détourner l’attention du problème plutôt que contribuer à le résoudre.

Au début de l’année 2025, sous l’impulsion de l’administration Trump en faveur d’un accord de paix en Ukraine, la France et le Royaume-Uni ont lancé des discussions sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine au sein d’une « coalition des volontaires ». Pour l’Europe, c’était un moyen de montrer à Trump que les Européens étaient déterminés à s’impliquer davantage, dans l’espoir de participer aux négociations. La question centrale de ces discussions était de savoir comment un cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine pourrait être conçu de manière à dissuader la Russie d’attaquer à nouveau l’Ukraine dans quelques années. Comment ne pas reproduire à l’avenir les erreurs du passé ?

À bien des égards, ces discussions ont constitué un exercice utile dans la mesure où elles ont permis de définir en détail certaines conditions préalables à une paix future stable. Les pourparlers internationaux sur les garanties de sécurité ont conduit pour la première fois les responsables civils et militaires des capitales occidentales à imaginer et à planifier sérieusement l’engagement futur de leurs pays avec l’Ukraine, en Ukraine et autour d’elle. Dans le même temps, cependant, ces discussions ont souffert – et continuent de souffrir – de quatre défauts.

Premièrement, les discussions et les négociations sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine n’ont – du moins jusqu’à présent – guère contribué à mettre fin à la guerre. Diverses propositions concrètes concernant la sécurité future de l’Ukraine, telles que celles relatives à une « force de réassurance » ou à l’intégration des systèmes de défense aérienne du flanc oriental de l’OTAN avec ceux de l’Ukraine, ont suscité des réactions positives à Kyïv. Cependant, les effets sur Moscou de la présentation des plans occidentaux visant à aider l’Ukraine à se protéger à l’avenir – que ce soit par un engagement militaire direct ou par une coopération militaro-industrielle – ont été et continuent d’être négatifs.

Paradoxalement, la recherche d’un cessez-le-feu stable a éloigné la fin des combats. Les suggestions de grande envergure formulées par des pays tels que le Royaume-Uni et la France – notamment concernant le stationnement de troupes de la coalition des volontaires dans l’ouest de l’Ukraine – ont accru les enjeux et la méfiance du Kremlin quant à l’évolution de la situation après la guerre. Cela a réduit la volonté – déjà faible – de la Russie de rechercher un compromis et de faire des concessions. Ces annonces ont encore réduit la disposition du Kremlin à mettre fin aux combats avant d’avoir un avantage clair sur le champ de bataille et ont renforcé son désir d’une paix de la victoire (Siegfrieden) plutôt que d’un accord de paix (Verständigungsfrieden).

En effet, la Russie a catégoriquement rejeté l’idée de troupes étrangères en Ukraine. Comme l’a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en mars 2025 : « La présence de troupes des pays de l’OTAN, sous quelque drapeau que ce soit, sur le sol ukrainien constitue la même menace [que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN]. Nous ne l’acceptons en aucun cas. »

Deuxièmement, les différents plans visant à garantir la sécurité future de l’Ukraine contiennent peu d’éléments concrets ayant une pertinence immédiate. Au contraire, les garanties de sécurité dont on parle tant constituent un ensemble d’intentions, de scénarios et de promesses qui, s’ils étaient mis en œuvre, renforceraient en partie la sécurité de l’Ukraine grâce à une présence symbolique de troupes, à une police du ciel, etc. Les plans occidentaux ne prévoient pas d’amélioration majeure ni de l’ancrage international ni de la capacité de défense militaire de l’Ukraine. Au lieu de cela, les négociations officielles se concentrent sur la mise en place, les conditions, la formulation et la ratification de certains futurs mécanismes de réaction multilatéraux au cas où Moscou viendrait à recourir à une nouvelle escalade.

L’idée – noble en soi – de garanties de sécurité pour l’Ukraine propose simplement que Kyïv fasse confiance à un certain schéma d’actions occidentales futures de portée limitée. Elle suppose également, avec optimisme, que Moscou croie en la faisabilité et la pertinence du schéma de réaction proposé. De plus, les garanties de sécurité envisagées jusqu’à présent ne prévoient aucune structure organisationnelle, telle que l’OTAN, pour les étayer. Elles n’incluent pas non plus une présence militaire significative de troupes occidentales stationnées le long de la future ligne de contact russo-ukrainienne. En l’absence de fondements institutionnels sérieux et de moyens matériels suffisants, ni Kyïv ni Moscou ne peuvent prendre au sérieux les garanties de sécurité pour l’Ukraine.

Néanmoins, l’Ukraine pourrait être contrainte de suivre le « principe de l’espoir » et d’accepter les garanties de sécurité qu’elle peut obtenir plutôt que celles dont elle a besoin. Dans un tel cas, cependant, tout futur cessez-le-feu pourrait s’avérer n’être qu’une trêve jusqu’à la reprise des combats à grande échelle. De plus, cela constituerait une pause dans la guerre à l’avantage de la Russie, car cela permettrait à Moscou de choisir un moment opportun pour une nouvelle escalade, par exemple pendant une escalade militaire parallèle en mer de Chine méridionale ou ailleurs.

En revanche, les dirigeants ukrainiens – espérant qu’au moins certaines des promesses faites dans l’accord de sécurité seront tenues – seront condamnés à une passivité militaire future et à des surprises désagréables. D’une certaine manière, un tel scénario serait une répétition de l’expérience de l’Ukraine depuis 1994 avec le désormais tristement célèbre « Mémorandum sur les garanties de sécurité » de 1994 signé à Budapest. Kyïv a signé le Mémorandum bien qu’il y ait eu, en 1993, une demande et un projet ukrainiens de traité complet entre l’Ukraine et les P5 obligeant chaque membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à prendre les « mesures nécessaires » si un État doté d’armes nucléaires procédait à une « menace ou à un recours à la force, ou à une menace de celle-ci sous quelque forme que ce soit, contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de l’Ukraine ».

Troisièmement, le débat actuel reste théorique dans la mesure où il ne peut prédire la situation concrète sur le terrain dans laquelle les garanties de sécurité seront finalement fournies à l’Ukraine. La position sur le champ de bataille et la situation socio-économique des deux pays au moment où les armes se tairont détermineront principalement la stabilité et la durée de la trêve puis d’un éventuel cessez-le feu.

Le contenu et la formulation des futures garanties de sécurité joueront certainement aussi un rôle. Cependant, non seulement ces garanties devront être adaptées à l’environnement existant, mais leur importance dépendra davantage de l’évolution de la situation sur le terrain que des promesses faites sur le papier. La position de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie sur le terrain et inversement déterminera la portée de toute garantie de sécurité, tout comme les relations de chaque pays avec des acteurs tiers.

Plus la situation militaire, économique et internationale de l’Ukraine sera favorable au moment où un cessez-le-feu entrera en vigueur, moins il sera probable que les garanties occidentales pour la sécurité ukrainienne doivent être mises en œuvre. À l’inverse, plus la situation générale de l’Ukraine sera difficile à la fin des combats, plus une nouvelle escalade sera probable et plus une demande ukrainienne visant à faire respecter les garanties de sécurité sera plausible.

Enfin, le débat public occidental sur les futures garanties de sécurité pour l’Ukraine au cours de l’année écoulée a été marqué par l’incohérence, les contradictions et les revirements. Le rôle exact des États-Unis en tant que fournisseur d’un « filet de sécurité » mal défini pour ces garanties reste flou. La taille, l’emplacement, le type et même la simple possibilité d’une « force de réassurance » occidentale en Ukraine restent sujets à controverse.

L’administration Trump a semé une nouvelle incertitude dans les plans européens visant un cessez-le-feu en Ukraine lorsqu’elle a annoncé son intention d’annexer le Groenland (qui appartient au Danemark) et entamé des pourparlers avec Moscou sur une future coopération économique. Compte tenu de la propension des États-Unis à s’opposer à un allié proche et à collaborer avec un ennemi traditionnel, les dirigeants européens, y compris ceux de l’Ukraine, ont commencé à se méfier des assurances données par les États-Unis quant à leur aide à la mise en œuvre de futures garanties de sécurité.

En conclusion, le débat occidental sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui a débuté en 2025, constitue un pas dans la bonne direction, mais il est prématuré et pourrait même servir d’évasion face à la réalité. Discuter de la deuxième étape – la consolidation du cessez-le-feu – sans plan clair sur la manière d’accomplir la première – la mise en place de ce cessez-le-feu – pourrait détourner l’attention du problème plutôt que contribuer à le résoudre. C’est d’autant plus vrai que le succès de la deuxième étape – l’effet dissuasif des garanties de sécurité sur la Russie – dépendra principalement de la nature de la première étape – la manière et les conditions dans lesquelles les combats prendront fin en Ukraine.

Ni la fin de la guerre ni la stabilité d’un futur cessez-le-feu ne seront principalement déterminées par la manière dont les garanties de sécurité pour l’Ukraine sont formulées sur le papier. Au lieu de tel ou tel engagement verbal des pays occidentaux, c’est la situation concrète sur le terrain – dans le domaine économique et sur le champ de bataille – qui est décisive aujourd’hui et qui restera cruciale demain. Le type d’aide matérielle et financière dont Kyïv a besoin pour mettre fin aux combats de manière acceptable sera, à bien des égards, similaire au type de soutien dont l’Ukraine aura besoin une fois le cessez-le-feu conclu pour se protéger d’une nouvelle attaque.

umland

Andreas Umland est analyste au Centre de Stockholm pour les études sur l'Europe de l'Est, qui fait partie de l'Institut suédois des affaires internationales (UI), professeur associé de sciences politiques à l'Académie de Kyiv-Mohyla, et directeur de la collection « Soviet and Post-Soviet Politics and Society » publiée par Ibidem Press à Stuttgart. Son livre le plus connu est Russia’s Spreading Nationalist Infection (2012).

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