Les années 1990, souffle de la liberté ou réincarnation tchékiste ?

Le post récent d’Alexeï Navalny sur les années Eltsine en Russie a suscité un très grand intérêt. Pour lui, ces années auraient posé les bases du régime poutinien, en premier lieu à cause de la corruption ambiante et de la politique intérieure eltsinienne. Le bombardement du parlement en 1993 aurait ouvert la voie vers l’arbitraire. Le mal est bien plus profond, et peut-être incurable, lui répondent l’artiste et militante russe Katia Margolis et le journaliste ukrainien Vitaly Portnikov.

Ma peur et ma haine

Par Alexeï Navalny

Je m’apprêtais depuis longtemps à écrire à ce sujet. Ce sera donc mon premier post après ma nouvelle condamnation1. Et c’est presque une confession. Je dois combattre cette haine et cette peur, vous m’y aiderez peut-être.

La haine. On me pose toujours cette question, et les lettres affluent de nouveau : « Alors, tu détestes le juge ? Et Poutine, tu le détestes encore plus ? » J’ai déjà répondu plusieurs fois que la haine, c’est ce contre quoi on est amené à lutter en premier lieu quand on est en prison. Il y a tant de raisons de haïr ici, et l’impuissance est le plus irrésistible des catalyseurs dans ce processus. Donc, si on lui lâche la bride, la haine te consume et finit par te dévorer.

Mais, je l’avoue honnêtement, j’éprouve de la haine. Et quelle haine. […]

Bien qu’il m’arrive de vitupérer sans pouvoir me retenir contre un « juge » comme Samoïlov, ce n’est pas du tout à lui que je destine ma haine la plus profonde. Pas plus qu’aux matons-hors-la-loi-voleurs de la colonie pénitentiaire. Ni aux officiers du FSB qui leur donnent des ordres. Ni même, cela va vous surprendre, à Poutine. Dans ces moments-là, je déteste ceux que j’ai aimés. Ceux que j’ai défendus de toutes mes forces, pour qui j’ai débattu à m’en briser la voix. Et je me déteste, moi, de les avoir un jour aimés.

Voyez par vous-mêmes. Je suis en cellule disciplinaire et je lis Je ne craindrai pas le mal2 de Natan Sharansky (un livre que je vous recommande). Sharansky a fait neuf ans de camp en URSS ; en 1986, il a été échangé. Il est parti pour Israël, y a créé un parti, a connu d’immenses succès. C’est un type impressionnant. D’ailleurs, il a totalisé 400 jours à l’isolement et au mitard. Je n’arrive pas à imaginer comment il a fait pour survivre.

Sharansky décrit son arrestation et l’instruction judiciaire. C’était en 1977. À l’époque, j’avais 1 an. Son livre a été publié en URSS en 1991. J’avais alors 15 ans. Aujourd’hui, j’en ai 47 et, plongé dans cette lecture, il m’arrive de secouer la tête pour me défaire de l’impression que je suis en train de lire mon dossier. Par exemple, le quartier disciplinaire est situé dans un baraquement isolé derrière des barbelés. La durée de détention maximale y est de quinze jours. Et je ne suis pas surpris qu’après plusieurs périodes de quinze jours consécutives on m’ait finalement placé à l’isolement pour six mois en tant que récidiviste endurci. Tout est pareil.

Dans son avant-propos (en 1991, je le rappelle), Sharansky écrit que c’est dans les prisons qu’a survécu le virus de la liberté de pensée, et il espère que le KGB ne trouvera pas d’« antidote contre ce virus ». Il s’est trompé. L’antidote a été découvert. À tel point qu’aujourd’hui, en 2023, il semble y avoir plus de prisonniers politiques en Russie qu’à l’époque de Brejnev/Andropov. Mais qu’est-ce que le KGB a à voir là-dedans ? Il n’y a pas eu dans notre pays de coup d’État ni insidieux ni déclaré sous la conduite d’agents des services spéciaux. Ils n’ont pas accédé au pouvoir en évinçant les démocrates réformateurs. Non, c’est arrivé à l’initiative de ces derniers : eux les ont appelés. Eux les ont invités. Eux leur ont appris à truquer les élections. À faire main basse sur des secteurs entiers de l’activité industrielle. À mentir dans les médias. À modifier les lois à leur avantage. À étouffer l’opposition par la force. Et même à déclencher des guerres imbéciles et ineptes.

C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de détester férocement, furieusement, ceux qui ont vendu, bu, gâché la chance historique qu’a eue notre pays au début des années 1990. Je hais Eltsine et ses « Tania et Valia3 », Tchoubaïs4 et le reste de cette famille corrompue, qui ont porté Poutine au pouvoir. Je hais ces affairistes que nous avons appelés « réformateurs » sans trop savoir pourquoi. À présent, il est clair comme le jour qu’ils ne se sont occupés de rien d’autre que d’intriguer pour servir leurs intérêts. Dans quel autre pays verrait-on tant de ministres d’un « gouvernement réformateur » devenir millionnaires ou milliardaires ? Je déteste les auteurs de cette Constitution autoritaire des plus stupides, que l’on nous a vendue, à nous les idiots, comme démocratique alors qu’elle donnait déjà au président des pouvoirs dignes d’un monarque à part entière.

Je les déteste tous surtout parce qu’il n’y a même pas eu de tentative sérieuse pour saper les fondements du non-droit en engageant une réforme judiciaire, sans laquelle toute autre réforme est vouée à l’échec. Je m’intéresse beaucoup à ces questions en ce moment. En 1991, dans ce qui était encore la RSFSR [République socialiste fédérative soviétique de Russie], on a adopté un bon concept de réforme judiciaire, mais dès 1993 lui ont succédé des contre-réformes, visant à construire une verticale judiciaire. À l’époque, toutes les forces politiques voulaient des tribunaux intègres. Dans la société, le consensus était total. Si un pouvoir judiciaire indépendant avait été mis en place, il aurait été impossible ou nettement plus difficile d’usurper une nouvelle fois le pouvoir. Alors, ne vous y trompez pas : ce truc qui distribue allègrement des peines de huit, quinze ou vingt ans à des innocents a été amorcé bien avant Poutine. Aujourd’hui, les choses sont claires : dans les années 1990, au Kremlin et au sein du gouvernement, personne ne voulait de tribunaux indépendants. Parce qu’ils se seraient mis en travers de la route de la corruption, de la fraude électorale, de la transformation des gouverneurs et des maires en princes inamovibles.

Je déteste les « médias indépendants » et la « communauté démocratique » qui ont apporté un soutien absolu à l’un des événements les plus dramatiques et les plus décisifs de notre nouvelle histoire — la falsification de l’élection présidentielle de 19965. Je le répète, j’étais alors un partisan actif de tout cela. Pas de la fraude électorale, bien sûr — même alors, cela m’aurait déplu —, mais j’ai tout fait pour ne pas la remarquer, et que l’élection soit globalement irrégulière ne m’a pas dérangé le moins du monde. À présent, nous payons pour avoir considéré, en 1996, que la falsification des résultats d’une élection n’était pas toujours un mal. La fin justifiait les moyens.

Je déteste l’oligarque Goussinski6 (même s’il n’est plus oligarque depuis longtemps) qui a engagé ostensiblement Bobkov, le directeur adjoint du KGB chargé de la persécution des dissidents. Ils ont pensé alors que c’était une bonne petite blague : « Ha ! ha ! il a mis des innocents derrière les barreaux, et maintenant il travaille pour moi. » Un peu comme un ours en livrée. Autrement dit, non seulement on n’a pas entrepris de lustration7, mais on a promu des salauds. Aujourd’hui, ce sont ceux-là mêmes qui, à l’époque, étaient les jeunes collaborateurs de Bobkov qui nous jettent en prison, Iachine, Kara-Mourza et moi-même.

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Tatiana et Valentin Ioumachev lors d’un débat au Centre Eltsine à Ekaterinbourg en 2017. Photo : Lioubov Kaballinova

On entend souvent dire que le gouvernement d’Eltsine ne pouvait rien faire à cause de l’opposition des communistes au Parlement. Cela n’a pourtant pas empêché les enchères hypothécaires8 de 1996. Mais, tiens donc ! cela a entravé la réforme judiciaire et celle des services spéciaux.

Je déteste l’ensemble des dirigeants russes, qui en 1991 (après le putsch) et en 1993 (après l’assaut du Parlement) ont concentré tous les pouvoirs et n’ont même pas essayé d’entreprendre les réformes démocratiques élémentaires. Celles qui ont été faites en République tchèque (aujourd’hui un État démocratique où le salaire moyen est de 181 000 roubles [= 1 760 euros]), en Pologne (un État démocratique où le salaire moyen est de 179 000 roubles [= 1 680 euros]), en Estonie (un État démocratique où le salaire moyen est de 192 000 roubles [= 1 810 euros]), en Lituanie (un État démocratique où le salaire moyen est de 208 000 roubles [= 1 959 euros]) et dans d’autres pays d’Europe orientale. Évidemment, ceux qui détenaient le pouvoir alors n’étaient pas tous les mêmes. Il y en avait aussi de très bien, des gens honnêtes, sincères. Mais c’était une infime minorité, dont le combat désespéré et sans résultat ne fait que servir de révélateur à la corruption et à l’absence de scrupules de l’élite dirigeante à l’époque.

Ce n’est pas en 2011 avec Poutine, mais en 1994 avec Eltsine, Tchoubaïs, les oligarques et toute cette clique du Komsomol et du Parti, qui se faisaient appeler « démocrates », que nous avons pris le chemin non de l’Europe mais de l’Asie centrale. Nous avons troqué notre avenir européen contre les villas de « Tania et Valia » à Saint-Barth, l’« île des millionnaires ». Et pour accéder librement aux postes politiques, les officiers du KGB/FSB n’ont rien eu à faire. Simplement jeter un coup d’œil autour d’eux et s’exclamer avec surprise : « Ah oui, c’était possible comme ça ? Si les nouvelles règles permettent de voler, mentir, falsifier, censurer, et de garder les tribunaux sous notre contrôle, alors nous devrions tirer notre épingle du jeu sans problème. »

Après avoir lâché un bouc dans un entrepôt de choux, on s’étonne qu’il ait tout dévoré. Mais c’est un bouc, sa mission et son objectif, c’est de manger du chou, rien d’autre ne peut lui venir à l’esprit par définition. Chercher à lui faire entendre autre chose est inutile. De même qu’un fonctionnaire poutinien venu du FSB ne peut penser à rien d’autre qu’à se construire une immense demeure et à emprisonner ceux qu’il n’aime pas. Même si je ne supporte pas le bouc, je déteste de toutes mes forces ceux qui l’ont laissé entrer dans l’entrepôt.

Naturellement, je comprends bien qu’il vaudrait mieux ne détester personne et réfléchir à la façon de ne pas reproduire ça. C’est là que j’en viens à ce qui me fait très peur. Je ne fais pas que croire, je sais que la Russie aura encore une chance. C’est un processus historique. Nous nous trouverons une nouvelle fois à la croisée des chemins.

Je sursaute sur mon lit de planche, terrorisé, baigné de sueur froide, quand j’imagine qu’après avoir eu cette seconde chance nous prendrons le même chemin que dans les années 1990. En suivant le panneau « La fin justifie les moyens ». Où l’on peut lire aussi, en petites caractères : « Truquer les élections, ce n’est pas toujours un mal », « Mais regarde un peu ce peuple, ce serait impensable d’en faire des jurés », « Peu importe que ce soit un voleur, puisque c’est aussi un technocrate favorable aux pistes cyclables », « Va donc donner la liberté à ces gens-là, et ils éliront ça », « Le gouvernement reste le seul partisan de l’Europe en Russie » et autres sagesses de l’autoritarisme éclairé.

Ce que je viens d’écrire sur les années 1990, ce n’est pas un exercice d’histoire, ce n’est pas une analyse introspective ni une complainte dénuée de sens. C’est la question de stratégie politique la plus importante et la plus actuelle pour tous les partisans de la voie européenne et du développement démocratique. J’ai été ébranlé par le grand nombre d’opinions différentes recueillies à l’issue de notre enquête sur Alexeï Venediktov et Ksenia Sobtchak9. Ces derniers ont reçu des dizaines, des centaines de millions de roubles des caisses de l’État, qui servent d’obchtchak10 à Russie unie. De plus, Venediktov a perçu 550 millions au moment même où il dirigeait le comité de surveillance, organisant directement le vol des suffrages des électeurs. Il a fait campagne en faveur du vote électronique, il en a été le visage et il l’a supervisé, et le but de ce scrutin consistait à prendre votre voix pour la mettre sur la pile de Russie unie. Les falsifications du vote électronique à distance sont soigneusement démontrées et ne laissent pas place au doute. Je suis stupéfait de constater qu’il s’est trouvé un nombre considérable de gens pour qui le recours à l’argent de l’obchtchak et au trucage des élections n’est guère déshonorant ni significatif, que ces moyens soient utilisés ensemble ou séparément. « La belle affaire… D’accord, on a dû traficoter quelque chose, mais il n’y a pas de preuve qu’il ait été payé pour falsifier les élections : il a été payé et il y a eu fraude, point barre. Et puis cette histoire remonte à l’époque des mammouths. Ça a commencé en 2019, personne ne s’en souvient. Tout ça n’a pas d’importance, l’essentiel c’est qu’il soit “contre la guerre” aujourd’hui. » Comme cela a été écrit clairement dans un des tweets sur le thème « C’est quoi, le problème ? » en guise d’idée nationale.

C’est un cas particulier, mais, comme dans celui de Mourzagoulov11, ou comme les appels de Khodorkovski à prendre les armes et à rejoindre les bataillons de Prigojine, cela montre parfaitement qu’aujourd’hui, en 2023, sur fond de répressions, d’emprisonnements et de guerre, la loyauté à ses principes laisse toujours dubitatif dans notre pays et est perçue par beaucoup comme naïve, romantique, ou comme un « manteau blanc »12. La loyauté personnelle, l’appartenance à une corporation, les vieilles amitiés sont jugées plus importantes.

[…] Mais si notre allié politique est celui-là même qui vend nos voix à Russie Unie, alors qui sommes-nous et à quoi servons-nous ?

N’en doutez pas, demain nous aurons une seconde chance, une autre fenêtre de tir, et dès demain il nous faudra avoir affaire à ceux qui estiment qu’il convient d’annuler ou de falsifier des élections ici ou là (« sinon ils vont élire des extrémistes »), que soudoyer des journalistes, c’est normal (« nous n’avons versé d’argent à personne, nous avons seulement prié un oligarque que nous connaissons d’acheter telle chaîne de télévision »), qu’il vaut mieux garder un œil sur les tribunaux (« autrement, les juges et les jurés seront achetés »), qu’il ne faut pas changer le noyau de spécialistes au pouvoir (« ce sont des professionnels, on ne va tout de même pas prendre des gens dans la rue »), etc. Jusqu’à estimer qu’il ne faut pas soumettre la construction de tel pont à un appel d’offres, mais l’attribuer à un « entrepreneur de confiance » avec qui on a l’habitude de travailler depuis longtemps. Et ceux qui professeront ces idées ne seront ni des poutinistes ni des communistes, ils se feront de nouveau appeler « démocrates » et « libéraux ».

[…]

Je crains beaucoup que la bataille pour les principes risque d’être de nouveau perdue sous les slogans de la « Realpolitik ». […]

Quand l’écrasante majorité de l’opposition russe sera composée de gens qui en aucun cas n’accepteront la falsification des élections, l’irrégularité des procédures judiciaires et la corruption, alors seulement nous pourrons saisir convenablement cette chance, qui ne manquera pas de se représenter. De sorte qu’en 2055 nul ne lise le livre de Sharansky dans sa cellule disciplinaire en pensant : « Incroyable, c’est exactement comme pour moi. »


Lettre ouverte en réponse à Navalny

Par Katia Margolis

Cher Alexeï,

Je sais qu’il est très improbable que vous lisiez un jour ma lettre parce que vous êtes détenu en cellule disciplinaire au pays du fascisme disciplinaire (et la censure ne vous la fera pas parvenir), alors que j’écris ces lignes chez moi, en Europe libre. Cependant, puisque vous avez jugé nécessaire et que vous avez trouvé la possibilité, dans les conditions inhumaines qui sont les vôtres, d’écrire en russe ce que vous avez écrit et, d’une manière ou d’une autre, de le faire publier urbi et orbi, alors, par respect pour cet effort et pour le prix que vous payez volontairement pour chaque mot (y compris ceux avec lesquels je ne saurais en aucun cas être d’accord), je considère qu’il est important pour moi de ne pas ignorer vos propos et d’y répondre.

Je commencerai par dire que j’ai grandi parmi les livres en samizdat et les ouvrages des dissidents, j’ai lu et Boukovski et Sharansky très tôt ; les amis de mes parents et mes propres amis ont eu à subir des perquisitions. J’ai compris dès l’enfance dans quel pays il m’est échu d’être née — et jamais mes parents n’ont cherché à le cacher à leurs enfants. […]

Je comprends très bien votre haine du KGB et votre aversion pour tout ce qu’il a affecté (et il a affecté toute l’organisation de la vie et des esprits russes). Je suis pleinement solidaire de ce que vous écrivez sur la lustration, sur la facilité avec laquelle les persécuteurs de la dissidence se sont intégrés dans le nouveau système, sur le talent subtil dont ont fait preuve les « démocrates » pour servir de bouillon en mesure d’assurer le retour au pouvoir de ce même KGB, qui a perverti et transformé le pays dans son ensemble, pas aujourd’hui sous Poutine, mais progressivement, au cours d’un siècle entier, en un immense Goulag, en partie normalisé par ses habitants eux-mêmes. […] Il n’y a pas un domaine de la vie en Russie qui n’ait été déterminé, dans une plus ou moins grande mesure, par le Goulag. Qui n’ait été conçu sur son modèle, à son image. […]

Me sont également proches votre honnêteté intransigeante, votre colère contre vous-même, votre disposition à dépasser vos propres égarements et à voir vos anciennes idoles et les leaders de vos jeunes années (et des miennes) sous un tout autre jour. À reconsidérer les erreurs impardonnables de nos années 1990, quand nous avons laissé passer notre chance historique non seulement par cupidité mais précisément faute de volonté pour démonter l’essence impérialo-agressive de notre identité, pour abjurer et enterrer à jamais le passé. Au cours de ces années, non seulement il n’y a pas eu de lustration, mais même au niveau le plus quotidien, les artéfacts soviétiques paraissaient toujours amusants, les crèmes glacées étaient les meilleures, les chansons « sur l’essentiel » provoquaient, pêle-mêle avec celles des chansonniers13, une vague de nostalgie, les adresses postales continuaient, comme si de rien n’était, à porter le nom d’« avenue Lénine », et les meilleurs établissements à s’appeler tranquillement des « écoles supérieures ».

[…]

Je présume toujours de la sincérité de mes interlocuteurs. Peut-être est-ce une erreur. C’est pourquoi je ne comprends pas, vraiment pas, comment vous, qui êtes intelligent et prêt à apprendre, qui êtes capable de vous excuser (je me rappelle votre lettre sur la Géorgie14 — en revanche je ne me souviens malheureusement pas de lettres comparables sur le « sandwich15 »), de tourner en dérision vos préjugés (je me rappelle votre post sur les noms féminins [voir l’entrée du 7 décembre 2021 du journal de Navalny] […]) — bref, je ne peux donc pas croire qu’un homme de votre trempe, un homme fidèle à ses principes et à sa mission […], puisse avoir un angle mort de près d’une décennie, aux dimensions d’une guerre entière, à l’échelle d’un pays voisin entier, où maintenant, là, tout de suite, tandis que vous êtes en cellule disciplinaire et que je suis assise à mon bureau dans la plus belle ville d’Europe (certes, la différence est énorme, mais en même temps négligeable, parce que vous et moi sommes toujours en vie) —, nos compatriotes d’hier et d’aujourd’hui, les Russes, en qui vous placez votre espérance et à qui vous vous adressez, ne se contentent pas de voler et de piller, de mentir, de bafouer toutes les normes internationales : ils tuent des enfants de l’âge des vôtres, ils violent, ils exécutent, ils maltraitent et torturent des gens dans les territoires occupés d’un État souverain — nul besoin de vous expliquer à vous qui êtes juriste, qui savez ce qu’est l’arbitraire russe du fait de votre riche expérience, ce que signifient la torture, l’iniquité et la cruauté sans limites.

Vous avez choisi votre voie. Vous l’avez choisie en homme politique, en connaissance de cause : vous saviez que l’on avait déjà tenté et que l’on tenterait encore de vous tuer. C’est votre vocation et c’est sa réalisation. Les milliers de combattants ukrainiens qui résistent héroïquement, qui paient leur liberté de leur sang, eux, n’ont rien décidé : on ne leur a pas laissé le choix, même si, contrairement aux Russes, ce sont les citoyens d’un État libre et indépendant, qui a lui-même choisi sa voie il y a longtemps. Votre métaphore pacifique de la chèvre dans l’entrepôt de choux n’est pas valable. C’est un chacal enragé que son impunité a rendu encore plus féroce. La Russie contraint encore et encore les citoyens d’un autre pays à une lutte à mort pour défendre ce qui leur revient de droit (la vie, la liberté, la démocratie, le modèle européen et ses valeurs), des gens qui n’ont pas le moindre rapport et ne veulent plus depuis longtemps avoir le moindre rapport avec la Russie, ses convulsions et ses souffrances historiques.

Ce n’est pas Poutine, ni même Michoustine, qui tue les Ukrainiens. C’est le peuple russe, ce sont les citoyens de Russie. Chaque jour, ils prennent part à la longue chaîne alimentaire sanglante de la guerre : de l’informaticien à l’artilleur, en passant par l’enseignante qui donne ses cours « sur l’essentiel » ou le professeur de pseudo-histoire, jusqu’à ceux qui se prétendent opposés au pouvoir actuel, mais pour qui la guerre ne constitue pas une raison de renoncer au cliché de victime-du-régime et aux coordonnées impériales, qui même maintenant pleurent leur « belle-Russie-de-demain-que-nous-avons-perdue », ne voient qu’eux-mêmes et s’inclinent devant l’iconostase de leurs martyrs, où le fait d’être en prison représenterait en soi un pas vers la béatification, alors qu’ils omettent obstinément l’Ukraine et ne reconnaissent pas leur responsabilité dans les crimes du passé : non seulement ils ne se repentent pas pour le bombardement de Grozny (ce n’est pas un hasard que les guerres de Tchétchénie ne figurent pas du tout dans votre inventaire des péchés et des erreurs d’Eltsine and Co.), mais continuent à véhiculer les mythes habituels issus de la littérature et de la propagande sur les « méchants Tchétchènes » […] et à faire du tourisme dans la Géorgie occupée par les troupes russes pour déguster des khinkali16. Vous respectez le travail de construction démocratique qui a été fait en Estonie ou en Lituanie et mentionnez les revenus moyens, mais aussitôt, dans une des phrases qui suivent, vous faites tranquillement allusion à l’Asie centrale (d’ailleurs, la mémoire vous fait défaut : nous n’avons pas pris le chemin de l’Asie centrale, nous nous sommes rendus dans le Caucase, et avec des armes, des chars et des bombes). Êtes-vous certain que les citoyens du Kazakhstan, par exemple, soient tenus d’écouter plus longtemps des métaphores pareilles ? Cependant, vous avez raison : la fin ne justifie jamais les moyens. Ainsi les objectifs politiques de vos partisans ne justifient pas le fait d’ignorer délibérément le plus grand crime des Russes, celui-là même qui est perpétré sous nos yeux chaque jour en direct. Et l’absence du nom « Ukraine » dans votre texte est un symptôme navrant et significatif. Même si vous êtes coupé des moyens de communication et d’information, même si seule la presse officielle vous parvient, je crois que votre expérience politique, votre connaissance de la propagande officielle et votre habileté à lire entre les lignes vous permettent tout à fait de vous représenter ce qui se passe.

Être vs. avoir. En tant qu’homme, vous avez misé sur le premier : vous êtes rentré par respect pour vous-même, pour défier vos ennemis face à face, pour être vous-même malgré tout, en perdant tout ce qui vous aurait garanti, à vous et à votre famille, une existence paisible en Allemagne, mais ce faisant, de façon paradoxale, toute votre rhétorique politique, aujourd’hui encore, repose non sur l’« être » au sens existentiel, mais d’abord sur l’« avoir ». La corruption occupe toujours la première place dans vos réflexions, et les villas de « Tania et Valia » sont pour vous la mesure de l’échec de la démocratie. Mais « c’est un tout autre drame qui a cours aujourd’hui ». C’est une rupture civilisationnelle, dans laquelle les barbares représentent l’« avoir » quand la civilisation défend son droit à « être ».

Vous dites que les Russes agissent sous la contrainte, qu’ils ne veulent pas de cette guerre. Dans ce cas, où sont les actes de sabotage massifs ? En dépit de vos enquêtes sur la corruption, la machine continue de fonctionner. Et il ne reste plus qu’à regretter que Zolotov, Choïgou et d’autres dirigeants militaires n’aient pas volé davantage. Dans des proportions telles que les missiles ne se seraient plus envolés nulle part. […]

Je comprends votre haine. La haine est un sentiment pur et noble face à la cruauté et à l’injustice. Mais je ne l’aurais pas gaspillée en prenant pour objet les machinations d’un Venediktov ou de personnages hybrides et louvoyants. La haine, c’est ce que l’on ressent quand on voit le jeune et joli visage d’une gamine de 19 ans qui chante et que l’on comprend qu’elle n’est plus là, parce que la Russie, elle, est là. La haine, c’est ce que l’on ressent quand on lit et écoute les témoignages d’un médecin de retour de captivité en Russie : lui aussi, comme vous, a été emprisonné dans une colonie pénitentiaire. La haine, c’est quand un père tient la main de son fils qui vient d’être abattu ; la haine, c’est l’habitant d’un petit village de datchas couché près de son vélo, c’est un cadavre aux mains liées derrière le dos, ce sont des corps mutilés, une main de femme aux ongles manucurés sous un sac plastique, une main qui ne desserrera jamais plus ses doigts ; la haine, c’est le hurlement d’un chien dans une rue de village inondée après l’explosion de la centrale hydroélectrique de Kakhovka. […] Et un chapelet de noms, de beaux visages jeunes et vieux encadrés de noir, de photos, d’événements, de crimes qui n’auraient pas eu lieu si la Fédération de Russie avait fait autre chose de sa chance historique. Si simplement elle avait achevé sa désintégration en tant qu’empire. Et là vous et moi sommes définitivement en désaccord : cette entité maligne n’aura pas de seconde chance sous sa forme actuelle, même en changeant de pouvoir. Cela ne peut pas être par définition. Cela ne doit pas être.

Et c’est pour cette raison que je me permets de réécrire le dernier paragraphe de votre texte:

« Quand l’écrasante majorité de l’opposition russe sera composée de gens qui en aucun cas n’accepteront l’impérialisme, le chauvinisme, l’idée de leur voie “particulière” et de leur “grandeur”, mais seront prêts et disposés à reconnaître et assumer leur responsabilité dans le meurtre de milliers, de dizaines de milliers, de centaines de milliers d’individus irremplaçables, du fait de l’agression russe, alors seulement — et certainement pas avant — ils n’accepteront plus la fraude électorale, les procédures irrégulières et la corruption, et alors seulement nous pourrons saisir convenablement notre autre chance — si tant est qu’elle se présente, et rien n’est moins sûr, mais si c’était le cas, ce ne serait certainement pas dans la Russie actuelle, cette chance serait donnée en vertu du droit à de nouvelles entités distinctes, à des pays souverains qui auront remplacé l’empire et qui devront quoi qu’il arrive travailler sur leur passé. De sorte qu’en 2055 nul ne lise le livre de Sharansky dans sa cellule en pensant : “Incroyable, c’est exactement comme pour moi”, mais en gardant le silence sur la guerre impériale génocidaire menée en notre nom. »

En vous souhaitant d’être libre et de vivre de longues années,

Par respect pour l’homme courageux, fidèle à lui-même et à ses principes,

Par solidarité avec le prisonnier politique et la victime de l’arbitraire,

Mais sans accorder le moindre soutien à vos idées impériales ni à vous-même en tant qu’homme politique,

Katia Margolis


L’ombre de la Loubianka

Par Vitaly Portnikov

Les lecteurs de la première lettre de l’opposant russe Alexeï Navalny depuis sa dernière condamnation sont d’abord stupéfaits de constater que dans ce document précis, qui regorge de détails sur l’histoire récente, pas la moindre place n’a été accordée à ne serait-ce qu’une mention de la guerre de la Russie contre l’Ukraine en tant qu’élément important des processus politiques actuels. Mais, pour ce qui me concerne, cette absence de l’Ukraine n’a suscité ni surprise ni émotion. Mon désaccord fondamental avec de nombreux politiciens et experts russes, et ce depuis les années 1990, est qu’eux considèrent les guerres de conquête de leur pays comme une conséquence de l’autoritarisme, quand je considère la nature impériale de cet État et de cette société comme la principale cause de l’autoritarisme. Mais où donc, sinon en Russie, a-t-on appris de longue date à mettre la charrue avant les bœufs ?

C’est autre chose qui m’a étonné : que Navalny ait éludé le KGB. À en juger par les faits énoncés dans sa lettre, le militant anticorruption russe croit toujours pieusement que la Russie a eu une chance historique dans les années 1990, une occasion qui aurait été perdue parce que Boris Eltsine et sa famille ont « laissé entrer le bouc dans le potager », autrement dit ont porté au pouvoir un lieutenant-colonel du KGB (bien que la véritable alternative à ce lieutenant-colonel-là ait été d’autres officiers et dirigeants des services de sécurité russes, mais passons, ce ne sont que détails inutiles). Et je me fonde sur une certitude : ce n’est pas Boris Eltsine qui a fait entrer le bouc dans le potager, mais les boucs qui y ont fait entrer temporairement Boris Eltsine lui-même, pour créer, sous le couvert de son charisme et de sa neutralité, cette fameuse « verticale efficace » de la folie, capable de diriger la Russie même après que la carrière politique de Vladimir Poutine aura pris fin.

[…]

Dans les années 1990, nous étions tous littéralement entourés de tchékistes et de ceux qui, par naïveté ou par désir de se rapprocher de l’argent et du pouvoir, ont contribué à la mise en œuvre du programme de construction d’un État tchékiste.

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Des officiers du KGB quittent le bâtiment de la Loubianka le 22 août 1991, le lendemain du putsch raté. Photo : Dmitry Borko

Quand Navalny raconte que Vladimir Goussinski, par vanité, a recruté le général du KGB Filip Bobkov, je ne peux que sourire amèrement. Alexeï comprend-il à quel point les tchékistes étaient intégrés dans quasiment toutes les structures de pouvoir et d’affaires des années 1990 ? Se rend-il compte que toute personne prétendant au pouvoir et à l’influence avait besoin de son Bobkov, simplement pour survivre ?

Nous avons assisté à un processus d’une tout autre ampleur que l’arrivée d’anciens tchékistes dans les sociétés de sécurité des « oligarques ». Un processus amorcé dès les années 1920, il y a donc cent ans : l’affrontement entre deux appareils, le Parti et la Tchéka. Les dirigeants soviétiques tantôt ont donné aux tchékistes un pouvoir trop grand par rapport aux fonctionnaires du Parti, tantôt les ont liquidés après les vagues de terreur. Mais la peur des fonctionnaires du Parti envers les tchékistes, et la haine ainsi que le mépris des tchékistes à l’endroit des fonctionnaires du Parti sont restés inchangés.

On aurait pu penser qu’après 1953, après que Lavrenti Beria17 et ses partisans ont été fusillés, l’appareil du Parti soumettrait fermement le KGB, mais ce n’est qu’une illusion. Sous Andropov, on a réglé son compte à l’unique alternative réelle aux structures de force — le ministère de l’Intérieur, avec à sa tête le tout-puissant Nikolaï Chtchiolokov. Et au cours de la Perestroïka, on a réussi à détruire le rival et maître de la Loubianka : l’appareil du PC d’URSS. Le 23 août 1991, Boris Eltsine l’a interdit en RSFSR. Et qu’est-il alors arrivé au KGB ? Un changement de nom cosmétique ? Une séparation du Service des renseignements extérieurs ? Un contrôle parlementaire, peut-être ?

Il n’y a eu aucune lustration réelle. Pas plus que de réformes. Si nous voulons comprendre comment il aurait fallu procéder, nous pouvons nous tourner vers l’expérience menée dans les pays Baltes, où le KGB a été interdit et dissous, son personnel soumis à la lustration, et ses agents sommés d’avouer leur coopération. Ou vers l’expérience de l’ex-RDA, qui a ouvert au public les archives de la Stasi.

Quel pouvait être selon vous l’avenir de la Russie si, après l’effondrement du communisme, vous avez conservé, intact, le principal instrument du totalitarisme, sa police politique terroriste, son immense police secrète, avec ses milliers d’agents et ses millions de délateurs ? Quelle chance pouvez-vous alors regretter ? D’emblée, la Russie n’a pas eu l’ombre d’une chance ; en revanche, l’ombre de la Loubianka, elle, a toujours été là. Et cette ombre terrible n’entend pas se satisfaire de la Russie, cela va de soi. Lorsque Poutine parle de « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle », ce n’est pas tant l’avis de ses compatriotes qu’il exprime, c’est avant tout celui de ses compagnons d’armes, qui ont toujours brûlé d’envie de « corriger l’erreur de 1991 ».

Qui veut vraiment des changements en Russie — si tant est seulement que ces changements soient encore possibles — doit maudire son passé impérial et son présent tchékiste. Et comprendre que la mort de l’empire et la mort de la Loubianka font partie d’un processus indissociable. L’empire a besoin de sa police politique cynique et fourbe, et la police politique fauchera et anéantira toujours quiconque croit naïvement à la possibilité de changements au sein de l’empire.

Traduit du russe et annoté par Ève Sorin

Homme politique russe, prisonnier politique, fondateur de la Fondation de lutte contre la corruption (FBK), considéré comme le principal opposant à Vladimir Poutine.

Artiste, essayiste et traductrice littéraire. Elle a exposé en Europe, aux États-Unis et en Russie. Elle enseigne à Scuola Internazionale di Grafica de Venise où elle vit actuellement.

Vitaly Portnikov est l’un des plus célèbres journalistes ukrainiens. Esprit analytique, il a travaillé aussi bien pour la presse écrite que pour la télévision. Il a toujours activement soutenu le combat des Ukrainiens pour la liberté, notamment pendant l’Euromaïdan.

Notes

  1. Jugé, cette fois, pour « extrémisme », Alexeï Navalny a été condamné à 19 années de réclusion supplémentaires le 4 août dernier. (Toutes les notes sont de la traductrice.)
  2. Ce livre a été publié pour la première fois aux États-Unis, en 1988, sous le titre Fear No Evil.
  3. Il s’agit de Tatiana (« Tania ») Ioumacheva, la fille de Boris Eltsine, dont elle a été la conseillère, et de Valentin (« Valia ») Ioumachev, son troisième époux, chef de l’administration présidentielle (1997-1998).
  4. Au cours des années 1990, Anatoli Tchoubaïs a été successivement responsable de la Commission chargée des privatisations au sein du gouvernement d’Egor Gaïdar (1991-1994), chef de l’administration présidentielle (1996-1997) et premier vice-Premier ministre du gouvernement de Viktor Tchernomyrdine (1997-1998).
  5. Qui a opposé, au second tour, Boris Eltsine, alors malade et très impopulaire, à Guennadi Ziouganov, candidat du Parti communiste de la Fédération de Russie. Les résultats officiels ont permis à Eltsine de l’emporter avec 54,39 % des voix (contre 40,73 % pour Ziouganov).
  6. Vladimir Goussinski, présenté comme le « magnat des médias russes » durant les années 1990. Cet homme d’affaires devenu « oligarque » a été déchu par le pouvoir de Vladimir Poutine au début des années 2000.
  7. La lustration, que l’on appelle aussi parfois « décommunisation », visait à identifier les anciens collaborateurs de la police politique dans les régimes communistes afin de les empêcher de participer à la vie publique après l’effondrement de ces régimes.
  8. Par le biais desquelles des banquiers sont devenus propriétaires d’entreprises d’État, dont l’essentiel de l’industrie pétrolière.
  9. Alexeï Venediktov : journaliste et rédacteur en chef de la radio d’opposition Ekho Moskvy (Écho de Moscou) de 1998 à 2022. Ksenia Sobtchak : fille d’Anatoli Sobtchak (1937-2000), ancien maire de Léningrad puis de Saint-Pétersbourg, présenté comme le « mentor de Vladimir Poutine » ; K. Sobtchak a commencé sa carrière à la télévision avant d’entrer en politique. Elle s’est notamment présentée contre Vladimir Poutine à l’élection de 2018.
  10. Terme du jargon mafieux russe. Il désigne une sorte de caisse commune illégale gérée et alimentée par des groupes criminels.
  11. Rostislav Mourzagoulov : d’abord proche des autorités de la République du Bachkortostan, un des sujets de la Fédération de Russie, il s’est opposé à la guerre de la Russie contre l’Ukraine et travaille désormais pour une chaîne YouTube financée par Mikhaïl Khodorkovski.
  12. Ou un « manteau immaculé » : l’expression sert à qualifier ceux qui se targuent de pureté morale.
  13. Les chansons « sur l’essentiel » désignent ici celles qui glorifient le soviétisme, notamment à travers le patriotisme. — Les chansonniers, ou « bardes », interprétaient, à l’époque soviétique, des morceaux aux paroles satiriques, visant, à l’inverse, à défier les autorités de manière voilée.
  14. En août 2008, Navalny avait soutenu l’invasion russe de l’Ossétie du Sud, qui avait débouché sur une courte guerre russo-géorgienne ; il s’en est depuis excusé et a également présenté ses excuses à Mikheïl Saakachvili, ancien chef d’État géorgien aujourd’hui emprisonné.
  15. Allusion à une interview donnée par Navalny en 2014, au cours de laquelle, tout en condamnant les violations du droit international que représentait l’annexion de la Crimée par la Russie, il a déclaré : « La Crimée est-elle un sandwich au saucisson qui doit passer d’une main à l’autre ? », laissant entendre que la péninsule n’aurait pas à être rendue à l’Ukraine.
  16. L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, soit 20 % du territoire de la Géorgie, sont occupées par les troupes russes, respectivement depuis 1992 et 2008. — Les khinkali sont des sortes de gros raviolis géorgiens au bœuf.
  17. Sous Staline, Beria (1899-1953) a notamment dirigé le NKVD et organisé les purges visant les cadres nommés par son prédécesseur, Nikolaï Iejov.

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