Un mensonge qui ne trompe pas

Nous publions, en feuilleton, le septième volet du livre du philosophe russo-américain Avant la fin de l’histoire ? Les facettes de l’anti-monde russe (New-York, Freedom Letters, en russe). L’auteur poursuit l’étude du phénomène qu’il appelle le « schizofascisme », cette duplicité étrange de l’âme russe et qui se base sur l’adhésion du peuple au mensonge flagrant. Il explique également pourquoi la Russie de Poutine revient à l’essence de son État primitif, la Horde d’or, à savoir l’expansion comme but en soi.

Le schizofascisme se distingue du fascisme habituel par son cynisme, parce qu’il est pétri de corruption, mais aussi par sa manière particulière de faire de la propagande : plus le fossé entre l’idéal et la réalité est grand, plus les masses sont séduites. La propagande ment ouvertement et compte sur l’adhésion du peuple au mensonge, puisqu’il est « sien ». Mais c’est un mensonge qui ne trompe personne, une tricherie étalée à la vue de tous. Ce genre de mensonge « juste », « patriotique », est d’ailleurs souvent proféré avec une verve particulière :

« Un enfant crucifié sur une place à Slaviansk [en Ukraine] » (sujet aux nouvelles de la chaîne de télévision Pervy kanal les 12 et 13 juillet 2014) ;

« Une bande de drogués et de néonazis a pris en otage le peuple ukrainien à Kiev » (Vladimir Poutine, le 25 février 2022) ;

« Des actes lâches perpétrés par des nationalistes ukrainiens empêchent la progression rapide de l’armée russe » (un député de la Douma, le 6 mars 2022) ;

« Nous n’avons pas l’intention d’attaquer d’autres pays, et nous n’avons pas non plus attaqué l’Ukraine » (Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, le 10 mars 2022) ;

« Nous ne souhaitons faire la guerre à personne […]. La Russie n’a attaqué personne » (le patriarche Kirill, le 3 mai 2022).

Le mensonge railleur est le degré suprême du mensonge flagrant : non seulement il ne se cache pas, mais il incite l’auditeur à se joindre au menteur pour tourner la vérité en dérision. Le culot de la tromperie et le bain de sang qu’elle justifie permettent en quelque sorte de vous assurer le dévouement du menteur jusqu’à la mort, puisque désormais, le mensonge et le sang vous lient. Un mensonge craintif peut s’écarter de quelques degrés de la vérité, quand un mensonge plus osé ira jusqu’à 90 °, et un mensonge carrément téméraire jusqu’à 180 ° – à l’exact opposé de la vérité. Voici un petit exemple de « mensonge à 180 ° », qui date de la conquête de la Crimée en 2014 :

« Dans différents pays, sur différents continents, les gens devraient se rappeler qu’être certain de sa propre exception et qu’essayer d’atteindre par tous les moyens ses objectifs géopolitiques, sans égard pour le droit international, peut avoir des conséquences dramatiques1. »

« Certains États expriment ouvertement leurs prétentions géopolitiques, ne reculent devant aucune ingérence flagrante dans les affaires intérieures d’États indépendants2. »

Qui parle de voler au secours du droit international contre les ambitions géopolitiques et les ingérences dans les affaires d’États indépendants ? Le Secrétaire général de l’ONU ? Le président des États-Unis ? Le pape ? La presse libérale européenne ? Nenni, il s’agit du président du pays qui a annexé une partie d’un autre État et qui mène une guerre contre cet État sur son territoire, au mépris des accords internationaux et du système de sécurité instauré en Europe depuis 75 ans pour y garantir la paix.

Quelle évaluation donner de la morale et du psychisme de quelqu’un qui diffuse plus qu’un mensonge, une anti-vérité se situant exactement à 180 ° de la vérité ? Qui accuse les autres de faire précisément ce que lui perpètre sous les yeux du reste du monde ? Ce revers absolu ne saurait être un hasard, il n’a pas pour but de brouiller les pistes : il est au contraire calculé avec une exactitude de tireur d’élite. Le but est simple, à l’évidence : il s’agit de faire preuve du plus profond mépris vis-à-vis de la vérité et du reste du monde, ralliant ainsi à sa cause ses compatriotes. Comment ? Justement par le culot et l’amoralité du mensonge. On l’a dit, un simple mensonge s’écarte de la vérité de quelques degrés, un mensonge culotté de 90 °, et Poutine, lui, de 180 ° : il ne masque pas son mensonge, il le gonfle et l’exhibe. Cette attitude goguenarde de tchékiste ou de lascar macho est, semble-t-il, très bien vue dans son milieu professionnel.

Si encore les Russes croyaient à cette propagande mensongère, ce serait un moindre mal. La crédulité est un défaut pardonnable, tandis que la duplicité est un vice bien plus grave. La Russie n’est pas peuplée de nigauds prêts à croire n’importe quoi : ils comprennent qu’on leur ment, cependant ils aiment qu’on leur mente. Pour beaucoup de Russes, c’est même flatteur. Leur faire avaler un « mensonge qui élève3 », cela montre qu’on les tient en estime. Il serait presque indécent de ne pas mentir : les gens croiraient qu’on ne les respecte pas si, alors qu’on commet le pire, on ne prenait pas la peine d’en appeler à leurs meilleurs sentiments. Tout le monde peut comprendre une agression, un pillage, tant qu’on exhorte à l’honneur et à la justice. Plus les actes sont débridés, plus les mobiles et les slogans se doivent d’être bienséants. Un pouvoir qui appelle simplement à l’expansion ne sera pas respecté. Mais si le pouvoir dit : nous défendons le monde contre la junte et les fascistes, alors c’est qu’il nous respecte, et nous le lui rendons bien. Quand on nous farcit les oreilles de discours sur notre grandeur naturelle et spirituelle, et que ce faisant on nous pousse à la rapine et on nous fait comprendre qu’il y a une marge entre la morale et la vie, que c’est comme ça, que c’est le monde réel et qu’on n’y peut rien, alors nous sommes au septième ciel : on nous offre la grandeur morale et la victoire géopolitique, et nous en sortons doublement gagnants.

Si la propagande est à ce point grossière, frénétique, sans scrupules, c’est parce qu’elle sait que c’est précisément ce qu’apprécient les masses, amatrices de ruse et de jeux avec le diable. Le pli a été pris il y a fort longtemps, à l’époque de la Russie ancienne : un schisme s’est produit entre le rituel et le comportement. Tant que la morale est suprême et la parole rituelle respectée, tout est permis. L’abjection réside moins dans la bassesse du comportement que dans la licence d’être en totale discordance avec les mots.

Distinguons toutefois la « doublepensée » soviétique, pour citer Orwell, de celle d’aujourd’hui. À l’époque soviétique, elle prenait la forme d’une dissonance entre la fin et les moyens. On ne peut prétendre bâtir la société du futur sans se salir un peu les mains, il fallait les maculer de boue et de sang ; la pensée, elle, s’envolait vers un avenir sublime et sans défauts, cependant que nous devions servir de guides et de porte-drapeaux à l’humanité. Aujourd’hui, plus question d’avenir, de progrès, d’humanité, ni d’aucune notion universelle, puisqu’il n’y a nul besoin de pensée, même sous la forme d’une « doublepensée ». Il n’y a plus de fin, les moyens se suffisent à eux-mêmes. C’est la violence pour la violence. Le massacre pour le massacre. La conquête d’une terre étrangère pour la conquête. Les Soviétiques avaient encore de temps à autre le sentiment d’un conflit intérieur entre les idéaux et la réalité, à présent tout ceci est arasé, car il n’y a plus aucun fossé entre l’avenir et le présent, entre la fin et les moyens. C’est une guerre sans but, sans idéaux, sans avenir ; une guerre qui incarne la nature de cet État organique affamé, sans cesse à la recherche de chair fraîche.

Nomadisme et sédentarité

Les racines historiques du schizofascisme russe plongent bien plus profondément que dans le terreau d’une douloureuse réaction (le ressentiment) face à l’effondrement du système soviétique. Cette psychopathie sociale, composée de fierté excessive, de panphobie et d’aplaventrisme de masse, qui sert de toile de fond émotionnel à tout ce qui se passe en Russie, était observable aussi à des époques plus lointaines, comme pendant l’opritchnina d’Ivan le Terrible. Avec son roman Journée d’un opritchnik, Vladimir Sorokine montre bien, dans un texte prémonitoire, la renaissance de cet appareil « terrible » au XXIe siècle.

Alexandre Yanov, remarquable historien récemment disparu, a pris part en 2017 dans la revue Snob à un débat sur la question du schizofascisme. Il confirme le caractère particulier de cette pathologie sociale : « […] je ne connais aucun autre cas, dans l’histoire mondiale, de pathologie de masse ORGANISÉE. Imaginez-vous un massacre de la Saint-Barthélemy, mais qui se poursuivrait pendant des années ! »

Pourquoi donc la Russie était-elle prédisposée à ce destin funeste ? Tournons-nous brièvement vers l’histoire. Après que la principauté de Moscou, qui s’était soumise à la Horde d’or, eut refusé de payer le tribut, elle fomenta en 1480 ce qu’on appellerait aujourd’hui un coup d’État, pacifique de surcroît, en se postant sur le « Maïdan » de l’époque, la rivière Ougra. Ainsi commença l’histoire d’un nouvel État, la Moscovie, qui devint ensuite l’Empire russe, puis l’Union soviétique.

Cependant, la stratégie russe d’opposition à l’Occident, héritée de la Horde d’or, resta globalement inchangée, bien que les raisons qui la sous-tendaient varient. Du XVIe au XIXe siècle, les raisons invoquées étaient religieuses : Moscou était la « Troisième Rome », le pilier d’une foi orthodoxe véritable contre un Occident catholique et protestant. Ensuite, ce fut la lutte de l’État socialiste le plus progressiste du monde contre le capitalisme, l’exploitation et la propriété privée.

Ces raisons, les unes comme les autres, ont disparu de nos jours. Le capitalisme règne en Russie tout autant qu’en Occident, sous une forme encore plus carnassière, corrompue, et aucun mobile idéologique à la guerre ne se dessine. L’affrontement religieux a lui aussi perdu son sens, puisque la cible première de cette guerre, l’Ukraine, est orthodoxe comme la Russie.

Ainsi débarrassée de toutes ses raisons d’affronter l’Occident, la Russie revient à l’essence de son État primitif, la Horde d’or : l’expansion comme but en soi. L’instinct archaïque avance désormais à visage découvert. Un ressort comprimé trouve en lui-même la raison de son extension. Difficile de ne pas être d’accord avec l’écrivain et historien Boris Akounine lorsqu’il dit : « La Moscovie, et la Russie après elle, ont hérité du grand rêve mongol d’unir l’Eurasie d’un océan à l’autre4. »

Ce rêve n’a plus besoin de justifications religieuses ou messianiques, ni d’une utopie sociale : le pouvoir nu suffit, secondé par la menace d’un arc à longue portée. Les soldats de Gengis Khan pouvaient atteindre leur cible à une distance de 350 mètres (quand le célèbre arc anglais longbow ne tirait qu’à 250 mètres). Rien qu’avec cet arc, ils sont allés de l’océan Pacifique jusqu’aux rivages de l’Atlantique. Que l’on se représente un grand khan muni d’une arme nucléaire… Il peut faire l’économie de toute considération idéologique, religieuse ou même simplement de cause à effet. […]

Les racines historiques des « -ismes » russes plongent donc très loin. La Horde d’or nomade, à partir de laquelle s’est formé l’État russe, court encore dans ses veines et s’oppose aux valeurs d’une civilisation sédentaire. Le philosophe et écrivain Piotr Tchaadaïev faisait remarquer : « Nous sommes comme en bivouac dans nos maisons ; nous faisons figure d’étrangers dans nos familles ; dans nos villes, nous sommes tels des nomades, pire même que des nomades qui font paître le bétail dans les steppes, car eux sont plus attachés à leurs déserts que nous ne le sommes à nos villes5. »

On considère généralement que la base d’un État nomade n’est pas son infrastructure (les épicentres du commerce et de l’artisanat sur les territoires pris), mais la conquête des terres, l’expansion dans l’espace, l’assimilation de territoires toujours nouveaux. De même que pour le nomadisme archaïque, l’essentiel pour la Russie d’aujourd’hui est la terre et ses entrailles, et non ce qui se dresse dessus. Mieux vaut gagner encore un morceau de territoire (l’Ossétie, la Transnistrie, la Crimée et le Donbass, et toute l’Ukraine à présent) que de bâtir une civilisation sédentaire et évoluée dans les immensités déjà siennes. Au XXIe siècle, après avoir essuyé l’échec d’un « empire orthodoxe », puis d’une « superpuissance communiste », la Horde d’or qui porte le nom de Fédération de Russie a abandonné toutes les couches européennes dont elle s’était couverte si consciencieusement, grâce aux efforts multiséculaires de philosophes, d’écrivains, de savants, et s’est redressée, tournant vers l’Europe sa « gueule asiatique6 ».

Cette schizophrénie historique s’est aggravée après les tentatives de Pierre le Grand d’européaniser le pays : la Russie s’est scindée en deux parties, « l’européenne » et « l’asiatique », non seulement sur le plan social et culturel, mais sur le plan psychique également, presque en chaque individu. Et cela a constitué un pas supplémentaire vers un schisme intérieur, comme les réformes du patriarche Nikon menées quelque temps auparavant. La première faille s’était creusée il y a toutefois bien plus longtemps, lorsque l’État nomade, à la charnière entre la Horde d’or et la Moscovie, ou plutôt entre son ère mongole et son ère moscovite, s’était sédentarisé. Dans le débat cité plus haut, Alexandre Yanov explique : « […] le problème réside dans la nature hybride de l’autocratie, mi-européenne, mi-mongole. C’est de cela que découle l’opritchnina, c’est aussi de là que vient le marxisme7. » La civilisation et le soulèvement contre celle-ci, le droit et le mépris du droit, la création d’institutions et la méfiance à leur égard ou l’envie de les détruire… Ces deux mentalités, la nomade et la sédentaire, continuent de provoquer ce schisme schizophrénique, cette psychopathie du peuple et de l’État russe.

Le nomadisme, ce n’est pas seulement une expansion territoriale, c’est aussi une chaotisation sociale et psychologique, qui empêche les gens de s’attacher à des lieux, d’établir des liens durables. L’histoire de ces cent dernières années, en Russie, c’est l’histoire d’une nouvelle Horde d’or, dont la guerre actuelle est la dernière phase : les vagues d’émigration, les millions de réfugiés pendant les années de révolution et de guerre ; le déplacement forcé de couches de la société ou de peuples entiers, la « dékoulakisation8 », la « dékazakisation9 » ; le Goulag, les prisons, les colonies pénitentiaires, les colonies composées de millions d’exilés et de prisonniers arrachés à leurs foyers ; le nombre massif d’orphelins, les hospices, les enfants sans parents ou vivant dans des familles monoparentales ; la criminalisation de la population, la quantité de gens qui fuient (la loi autant que l’arbitraire) ; le manque de stabilité, les vents et marées politiques, qui changent trop souvent de direction et chassent les gens aux quatre coins du pays et au-delà. Tout ceci est l’expression d’un régime de Horde, d’un nomadisme intérieur et extérieur. Il n’y a qu’à songer à ce qui se passe aujourd’hui : on mobilise les uns, on relocalise les autres. Et en conséquence, des vagues de nomadisme secondaire subi dans d’autres pays : la fuite de millions de réfugiés d’Ukraine.

L’un des idéologues les plus importants du « ruscisme », Édouard Limonov, décrétait que le nomadisme libre était justement la vocation d’une Russie « différente », « meilleure » : « Nous aurons besoin de terres. La Russie gelée est entre les pattes d’administrateurs stupides et vains, faibles d’esprit. Il va falloir quitter la Russie, construire son nid sur des terres centrales toutes fraîches, les conquérir et y fonder une civilisation sans précédent, composée de guerriers soudés dans une communauté armée. Qui arpenteront les monts et les steppes, qui feront la guerre aux pays méridionaux. […] Peut-être conquerrons-nous le monde entier. Les gens mourront jeunes, mais ce sera joyeux. Nous brûlerons les corps de nos héros. […] Notre Dieu sera celui qui nous offre la mort. Peut-être notre Dieu sera-t-il la Mort elle-même10. »

Or cette Russie immobile, « gelée », et cette « autre » Russie, nomade et scélérate, sont précisément ce qui constitue ce pays aujourd’hui scindé et schizophrénique.

Traduit du russe par Nastasia Dahuron

Lire le chapitre précédent : « Le schizofascisme »

epstein bio

Philosophe russe et américain, philologue, spécialiste des études culturelles, critique littéraire, linguiste, essayiste, auteur de plus de 40 livres et de plus de 800 articles et essais. Vit et enseigne aux Etats-Unis.

Notes

  1. « Poutine met en garde contre la dangerosité du virus du nazisme », Lenta.ru, 14/10/2014 (en russe).
  2. « Poutine : la Russie pourra répondre aux provocations d’autres pays sans entrer dans la course aux armements », TASS, 20/01/2015 (en russe).
  3. L’expression s’inspire d’un vers d’Alexandre Pouchkine (Le Héros, 1930) :
    « […] Mieux que cent vérités fort viles,
    Qu’on nous mente en nous élevant…
    Laisse au héros son cœur ! Qu’est-il
    Sans lui ? Rien d’autre qu’un tyran… […] » [NDT]
  4. Boris Akounine, Une partie de l’Asie. Histoire de l’Empire russe. La Horde d’or, éditions AST, Moscou, 2014, p. 341 (en russe).
  5. Piotr Tchaadaïev, Lettres philosophiques, I, 1829.
  6. Expression tirée d’un vers d’Alexandre Blok dans son poème Les Scythes (1918) :
    « […] Devant l’Europe au visage avenant,
    Partout dans nos forêts rustiques
    Nous partirons nous retirer ! Tournant
    Vers vous nos gueules asiatiques ! […] » [NDT]
  7. Il s’agit plutôt du léninisme. [NDT]
  8. La « dékoulakisation » est une campagne de répression menée en URSS entre 1929 et 1933 et dirigée contre les koulaks, c’est-à-dire les fermiers propriétaires, et qui consistait en des peines d’emprisonnement, des confiscations des terres et des biens, des déportations de masse et des exécutions. [NDT]
  9. La « dékazakisation » est une politique de répression initiée par les bolcheviks pendant la guerre civile et qui s’est poursuivie pendant plusieurs décennies, visant à priver les cosaques, peuple de guerriers semi-nomades, de leurs droits et à les faire disparaître comme peuple, en leur confisquant terres et bétail, en brûlant leurs villages (stanitsa), en montant les populations locales contre eux, en les prenant en otage et en les exécutant massivement. [NDT]
  10. Édouard Limonov, L’Autre Russie, éditions Tsentrpoligraf, Moscou, 2015 (en russe).

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