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Notre ambition est de vous proposer une vue informée de la réalité russe d’aujourd’hui à travers analyses, décryptages et informations originales souvent de première main, mais aussi débats et prises de position. Trop peu de médias francophones produisent cette information et, quand ils le font, la place est trop souvent comptée, ou bien leur contenu n’est accessible qu’à condition de s’acquitter d’un abonnement. Il est notamment rare de savoir par leur truchement ce qui se passe à la télévision et sur les réseaux sociaux en Russie. Celles et ceux qui ne suivent pas régulièrement les informations offertes par les organisations de droits de l’homme connaissent aussi mal le sort de milliers de Russes qui subissent la répression, bien au-delà du cas d’Alexeï Navalny.

« Il faut comprendre la Russie ». L’expression est très souvent employée par les défenseurs du régime dirigé depuis 21 ans par Vladimir Poutine pour laisser croire que ces actions doivent être « comprises », c’est-à-dire légitimées. Ce discours accorde aussi une place de choix à la théorie de l’humiliation, à l’idée que tous les torts sont du côté de l’OTAN et de l’Occident, et, surtout, plus encore, que finalement le maître actuel du Kremlin incarnerait la Russie et en serait le vrai visage. Ces discours s’ancrent dans l’idée naturaliste et culturaliste d’une « Russie éternelle » et celle, déterministe, d’une continuité historique qui figurerait une forme de « destin russe ».

Il nous importera ainsi de comprendre les bons usages mais aussi les mésusages de l’histoire. Pour comprendre le régime, l’histoire est nécessaire : les pratiques de celui-ci s’ancrent profondément dans la longue histoire de la répression et de la propagande. Il importe d’en comprendre ruptures et continuités. Le Kremlin utilise aussi certains récits encore présents dans l’imaginaire d’une partie de la population russe pour distordre la réalité historique et pratiquer le révisionnisme, dont le culte de Staline, encouragé par le pouvoir, constitue un exemple emblématique. Par l’histoire, il faut comprendre la vulnérabilité d’une partie de la population à ces mythologies qui contribuent à saper l’idée même de droit. C’est d’ailleurs à l’aide de ces récits reconstruits que le régime de Poutine tente de légitimer son invasion de l’Ukraine et l’annexion illégale de la Crimée ou proclame un prétendu droit naturel à considérer des zones d’influence. Parfois aussi, certains dirigeants occidentaux, peu avertis de la propagande du régime, font droit à une histoire longue de la Russie, riche en œuvres d’art et figures remarquables, pour ne pas considérer le régime dans sa spécificité et faire droit au mythe apolitique de cette « Russie éternelle ».

C’est donc à un autre type de compréhension que nous recourons ici : non pas une compréhension-légitimation fondée sur la mythologie, mais une compréhension qui repose sur la connaissance et les faits et qui doit tenter, selon l’ancienne leçon de Hannah Arendt, de saisir la logique même d’un système. Il y a bien, en effet, une spécificité du système poutinien irréductible à tout autre. Et c’est faute de cette analyse que, souvent, des gouvernements ne sont pas parvenus à anticiper ses actions.

Notre propos ici sera dès lors constamment de démentir cette conception réductrice d’un déterminisme russe et d’opérer la distinction entre le régime et la Russie, l’appareil de répression et les aspirations et la vie quotidiennes de millions de Russes. Il visera aussi à donner une voix à cette autre Russie, celle des militants pour la liberté et le droit bien sûr, mais aussi des écrivains et des artistes. Il tendra à déjouer les pièges de la propagande, y compris douce, sinon doucereuse, que relaient celles et ceux qui, en France, considèrent qu’il n’y a pas d’autre choix pour la Russie que Poutine, voire, pire encore, que la Russie serait vouée à la dictature en raison d’une prétendue « âme russe » nouée à l’acceptation de la servitude.

Notre souci, on l’aura compris, sera celui de la vérité. Et cette vérité — déjà ancienne leçon de l’affaire Dreyfus — est indissolublement liée à la cause de la liberté. Notre propos sera la clarté des faits, y compris dans la présentation de documents bruts traduits du russe, mais nous n’avons pas la prétention de la neutralité. Notre ambition est d’expliquer.

Alors que Navalny et des milliers de Russes sont emprisonnés, alors que depuis le début du règne de Poutine, les crimes du régime, à l’intérieur et à l’extérieur, se comptent par dizaines de milliers, alors que le régime menace toujours l’Ukraine dont il a envahi et annexé une partie — ce qui est aussi le cas de la Géorgie dont 20 % du territoire sont toujours de facto annexés — et que le Kremlin protège le régime criminel de Loukachenko au Bélarus, il nous semble qu’il y a urgence à mieux informer le public francophone de la nature exacte du régime.

Nous espérons que vous trouverez dans cette lettre des informations qui vous seront utiles pour parfaire votre compréhension de la Russie dans son ensemble et de ses terrains d’action — en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique — et que vous nous accompagnerez longtemps.

Bonne lecture et merci pour votre soutien !